‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 426 sur 532 · Var. : par les occasions. dant avant le remaniement · texte numérisé non relu

Var. : par les occasions. dant avant le remaniement

loppent leur intelligence ^ dans l'obscurité d'une intrigue impénétrable : ils seront découjverts au jour arrêté ; leur cause sera portée devant le tribunal de Jésus-Christ, où leur conviction ne pourra être éludée par aucune excuse, [p. 13] ni leur peine retardée par aucunes plaintes.

Mais j'ai à vous découvrir de plus profondes vérités. Je ne prétends pas seulement faire appréhender aux pécheurs les rigueurs du jugement dernier, ni les supplices insupportables du siècle à venir. De peur que le repos où ils sont dans la vie présente ne serve à nourrir en leur cœur aveugle et impénitent l'espérance de l'impunité, le Saint-Esprit nous enseigne ^ que leur repos même est une peine. Pécheurs, soyez ici attentifs. Voici une nouvelle manière de se venger, qui n'appartient qu'à Dieu seul : c'est de laisser ses ennemis en repos, et de les punir davantage par leur endurcissement et par leur sommeil léthargique, que s'il exerçait sur eux un châtiment exemplaire. Il est donc vrai. Chrétiens, qu'il arrive ^ souvent qu'à force d'être irrité, Dieu renferme en lui-même toute sa colère ; en sorte que les [p. 14] pécheurs, étant étonnés eux-mêmes de leurs longues prospérités et du cours fortuné de leurs affaires, s'imaginent n'avoir rien à craindre et ne sentent plus aucun trouble dans leur conscience. Voilà ce pernicieux assoupissement, voilà ce sommeil de mort dont j'ai déjà tant parlé. C'est, mes Frères, le dernier fléau que Dieu envoie à ses ennemis, c'est le comble de tous les malheurs, c'est la plus prochaine disposition à l 'impénitence finale et à la ruine dernière et irrémédiable *. Pour l'entendre, il faut remarquer que c'est une excellente maxime des saints docteurs, « qu'autant que les pécheurs sont rigoureux censeurs de leurs vices, autant Dieu se relâche en leur faveur de la sévérité de ses jugements : In quantum non peperceris tîhî, in tantiim tihi Deus, crede^ parcet^. » [p. 15] En effet, comme il est écrit que Dieu aime la justice et déteste l'iniquité, tant qu'il y a quelque chose en nous qui crie

1. Intelligence, amitié, accord. S. Var. : Je dis donc qivil arrive.,

2. Var. : j'entreprends de leur faire 4. Var. : inévitable, voir... 5. Tertull., de Pœnit., n. 10.

SERMON SUR l'endurcissement. 557

contre les péchés et qui s'élève ^ contre les vices, il y a aussi quelque chose qui prend le parti de Dieu ; et 43 'est une disposition favorable pour ' le réconcilier avec nous. Mais dès que ^ nous sommes si malheureux que d'être tout à fait d'accord avec nos péchés, dès que, par le plus indigne des attentats, nous en sommes venus â ce point que d'abolir en nous-mêmes la sainte vérité ■de Dieu, l'impression de son doigt et de ses lumières, la marque de sa justice souveraine, en renversant cet auguste tribunal de la conscience qui condamnait tous les crimes, c'est alors que J'empire de Dieu est détruit, que l'audace de la rébellion est consommée, et que nos maux n'ont presque plus de remède ^. C'est pourquoi ce grand Dieu vivant, [p. 16] qui sait que le souverain bonheur, c'est ^ de le servir et de lui plaire, et que ce qui reste de meilleur à ceux qui se sont éloignés de lui par leurs crimes, c'est d'être troublés et inquiétés du malheur de lui avoir déplu ; après qu'on a méprisé longtemps ses grâces, ses inspirations, ses miséricordieux ^ avertissements et les coups par lesquels il nous a frappés de temps en temps, non encore pour nous punir à toute rigueur, mais seulement pour nous réveiller, prend enfin cette dernière résolution pour se ■venger des hommes ingrats et trop insensibles : il retire ses saintes lumières, il les aveugle, il les endurcit ; et, leur laissant oublier ses divins préceptes, il fait qu'en même temps ils oublient et leur salut et eux-mêmes. Encore que cette doctrine paraisse assez établie sur l'ordre des jugements de Dieu, [p. 17] il faut que je TOUS montre dans son Écriture le progrès d'un si grand mal ^. Le prophète Isaïe nous le représente tenant en sa main une coupe, qu'il appelle la coupe de sa colère * : Bihisti de manu Domini calicem irœ ejus^. Elle est, dit-il, remplie d'un breuvage qu'il veut faire boire aux

1. Anciennes édit. : et s'élève. 7. Var. : je penserai n'aroir riea

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