CARÊME DE SAINT-GERMAIN. EXORDE D'UN SERMON
Jeudi, 25 mars 1666.
La prédication de ce jour dut remplacer par anticipation celle du lendemain, vendredi. Bossuet semble avoir improvisé sur un mystère fondamental de la religion dont la méditation lui était familière. Il se borna à écrire l'exorde suivant i. Nous y lisons une promesse de ce n'être pas long, » qui vient sans doute de ce qu'il y avait eu sermon la veille.
At uhi lienit plenitudo temporis, misit Deus Filium suum, factum ex millier e.
Le temps étant accompli 2, Dieu a envoyé son Fils, fait d'une femme.
(Galat., IV, 4.)
Comme Dieu est riche en bonté ^, il est magnifique en présents. Il a aimé le genre humain, et son amour libéral s'est signalé par ses dons. Mais un Dieu ne doit rien donner qui ne soit digne de lui ; c'est pourquoi il a résolu de ne nous rien donner de moins que lui-même*. C'est ce qui fait voir aujourd'hui au monde cette merveille inouïe, ce miracle incompréhensible et qui étonne toute la nature, un Dieu fait homme ; et l'Apôtre nous représente cet excès d'amour par les premiers mots de mon texte : « Dieu a envoyé son Fils : Misit Deus Filium suum. »
Mais, Messieurs, il ne suffit pas qu'un Dieu se donne ; il faut encore qu'on le reçoive, sans quoi ^ le don serait
1. Ms. f r. 12825, f° 96. — In-4, « Dieu a voulu se faire aimer de la avec marge. créature raisonnable, et comme il a
2. Var. : Quand le temps a été vu notre nature... )) — Il s'interaccompli. — La conjonction est ra- rompt et efface.
turée. 4. Première rédaction : de ne nous
3. Ms. : bontés. Bossuet commen- donner rien moins que lui-même, çait d'abord par ces mots, qui rap- .5. Var. : autrement.
pellent le début de 1662 (2eexorde):
inutile, et le mystère imparfait. Aussi s'est-il préparé lui-même les plus pures entrailles du monde, et une vierge incomparable le doit recevoir non seulement pour elle, mais pour nous tous et au nom de tout le genre humain ^. Tellement que, pour accomplir le dessein de Dieu, il ne fallait pas seulement qu'il vînt au monde, il fallait encore ^ qu'il y prît naissance ; et c'est pour cela que le même Apôtre, après avoir dit, comme j'ai déjà remarqué, que (c Dieu nous a envoyé son Fils, misît Deus Filium suum, » ajoute, pour nous faire entendre le mystère entier, qu'il a été « fait d'une femme, factum ex muliere. »
Voilà ^ en quoi consiste, si je ne me trompe, tout le mystère de ce jour sacré; et vous en avez l'abrégé en ces deux mots : un Dieu donné, un Dieu reçu. Dieu se donne à nous en la personne du Verbe incarné ; tous ensemble nous le recevons en la personne de la sainte Vierge, qui ne le reçoit que pour nous. Ainsi nous avons deux choses à considérer : en Jésus le présent divin ^, en Marie la respectueuse acceptation ; en Jésus la bonté qui se communique, en Marie la disposition pour s'en rendre digne ; en Jésus de quelle manière Dieu se donne à nous, en Marie, ce qu'il nous [faut] faire pour le recevoir. Et c'est à ces deux point [s] principaux que je réduirai, pour n'être pas long, toute l'économie de ce discours...
1. Yar. : de toute la nature hu- une première rédaction : « Yoici inaine. donc. »