‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 510 sur 532 · Mais, bien plus, que dis-je ? Sauveur · texte numérisé non relu

Mais, bien plus, que dis-je ? Sauveur

Cet emploi oratoire de mais, si 2. Ip., lii], 2.

fréquent, a déconcerté les anciens 3. T. IV, p. 247.

éditeurs. Trouvant cela inintelli- , 4. Yar. : ses ennemis déclarés. —

gible, ils ont cru devoir compléter : Edit. : Si ses ennemis déclarés, si ses

((. serait-il permis aux hommes envieux... furieux d'en priver leurs sembla-

innocents ; en ne lui rendant pas le bien pour le bien, ils sont injustes et ingrats ; mais ils lui rendent le mal pour le bien : tant d'outrages pour tous ses bienfaits! Ha ! il n'y a plus de parole parmi les hommes qui puisse exprimer leur fureur.

Peut-être que ses amis du moins lui seront fidèles ? Non, mes Frères : Maudit Vhomme qui met sa confiance en Vhomme ^ ! Aimez vos amis dans l'ordre de la charité, mais n'y établissez pas votre confiance. Tous ses amis l'abandonnent. Celui qui mangeait le pain avec lui, à qui il avait commis la conduite de sa famille, c'est celui-là qui le trahit, qui le vend, qui le livre à ses ennemis. Celui qu'il a choisi pour être le fondement de son Église le suit quelque temps, et puis après le renie, ce commencement de fidélité, cette première chaleur de son zèle ne servant qu'à lui renouveler dans la suite la douleur d'un abandon si universel et si lâche. Ne mettez donc pas votre appui sur vos amis. Jésus a perdu les siens : que reste-t-il au Sauveur ? Rien que Dieu et son innocence. Et encore son innocence lui reste, non pour le mettre à couvert des insultes et des injustices ~ ; Dieu lui demeure, non pour le protéger sur la terre, car, au contraire, c'est lui qui le livre, c'est lui qui le délaisse et l'abandonne. Il s'en plaindra bientôt par ces paroles : Deus meus, Deus meus... ut quid^ ? Il ne retrouvera ce Dieu, qui l'a délaissé^, que quand il rendra le dernier soupir. Alors : In manus tuas ^ ; afin que nous entendions que la sainteté, l'innocence. Dieu même, et tous les biens véritables qu'il donne à ses serviteurs ne leur sont pas donnés pour la vie présente, mais qu'ils ne regardent que la vie future.

N'aimez donc pas le monde, ni ce qui est dans le monde ^ ; n'aimez pas même la vertu parce que le monde l'estime et la considère. Le chrétien est un homme transporté de la terre au ciel ; tout ce qui plaît au monde, en tant qu'il plaît au monde, est condamné à

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