Ps. XII
SUR l'enfant prodigue. 77
gnez le retour du siècle à venir, et le funeste changement dont Jésus-Christ vous menace ; et, de peur que votre joie ne se change en pleurs, cherchez dans la pénitence, avec le prodigue, une tristesse qui se change en joie : c'est par où je m'en vais ^ conclure.
Second Point.
[P. i] Nous lisons dans l'Histoire sainte, c'est au premier livre d'Esdras, que, lorsque ce grand prophète eut rebâti le temple de Jérusalem, que l'armée assyrienne avait détruit, le peuple, mêlant ensemble le triste ressouvenir de sa ruine et la joie d'un si heureux ^ rétablissement, poussait ^ en l'air des accents lugubres, faisait retentir jusqu'au ciel des chants de réjouissance ; en telle sorte, dit l'auteur sacré, « qu'on ne pouvait distinguer les gémissements d'avec les cris d'allégresse : Nec poterat quisquam agnoscere vocem clamoris lœtantium, et vocem fletus populi *. » Ce mélange mystérieux de douleur et de joie est une image assez naturelle de ce qui s'accomplit dans la pénitence. L'âme déchue de la grâce voit le temple de Dieu renversé en elle. Ce ne sont point les Assyriens qui ont fait cet effroyable ravage ; c'est elle-même qui a détruit et honteusement profané ce temple sacré de son cœur, pour en faire un teiTiple d'idoles. Elle pleure, elle gémit, [p. ii] elle ne veut point recevoir de consolation ; mais, au milieu de ses douleurs et pendant qu'elle fait couler un torrent de larmes, elle voit que le Saint-Esprit, touché de ses pleurs ^, commence à redresser cette maison sainte, qu'il relève l'autel abattu ^, et rend enfin le premier honneur à sa conscience, où il veut faire sa demeure ^ : que ju-