Yar. : tant que j'ai vécu — toute ma vie
Sermon non prêché ; destiné au mercredi de la 2^ semaine, 16(i6.
Pour faire entendre les graves leçons qui précèdent, Bossuet eut à sacrifier un autre discours i tout préparé, qu'il avait écrit avec beaucoup de soin. Ce qui prouve sans réplique qu'il ne fut pas prononcé, c'est non seulement la présence d'un autre discours pour le vendredi suivant, mais, en outre, cette particularité significative, que l'auteur a fait passer toute la doctrine de son second point dans le sermon sur la Haine de la vérité, au dimanche de la Passion, onze jours plus tard.
Malgré la beauté de ce manuscrit 2, qui est, selon toute apparence, une mise au net, les anciens éditeurs ne l'ont pas reproduit sans y commettre plusieurs erreurs, quelquefois volontaires. Les modernes, enchérissant encore, ont imputé à l'orateur des paroles que les circonstances ne lui permettaient plus d'adresser à Louis XIV en 1666. Au lieu de laisser à sa place la péroraison qu'on y lisait en toutes lettres, on l'a remplacée par celle qui survit seule des trois discours perdus de 1662 sur le même sujet. C'était une allocution au Roi ! comment n'aurait -elle pas embelli un discours ?
D'autres additions illégitimes, qui du moins n'entraient pas dans le texte, étaient données en note sous forme de variantes. Ce sont des emprunts à une esquisse manifestement postérieure à notre sermon, puisqu'elle y renvoie. Du reste, elle porte une date autographe ; et on la trouvera ci-après avec les sermons de l'année indiquée, 1669.
Une phrase du second point du présent discours surprendra peut-être plus d'un lecteur : on y lit une allusion explicite aux taches du soleil ^.
1. Il est intitulé sur l'enveloppe : la largeur de la page. Très beau 3' se»i[à«?e], 2^ ser[mon'\. Charité manuscrit.
fraternelle. 3. Elles étaient d'ailleurs connues
2. Ms. fr. 12822, f. 247-262. In-4, dès le temps de Galilée (cf. Arago, marge d'environ un cinquième de Astronomie populaire., t. II, p. 43).
Ubi sunt duo vel très congregati in nomine meo, ihi swn in tnedio eorum. (Matth., XVIII, 20.)
Où il y a deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je serai là au milieu d'elles.
[P. 1] Ce ^ que dit saint Augustin est très véritable : qu'il n'y a rien ni de si paisible ni de si farouche que l'homme ; rien de plus sociable par sa nature, ni rien de plus discordant et de plus contredisant par son vice : Nihil est enim quam hoc genus tam discordiosiivi vitio, tam sociale natura^. L'homme était fait pour la paix, et il ne respire que la guerre. Il s'est mêlé dans le genre humain un esprit de dissension et d'hostilité qui bannit pour toujours le repos du monde. Ni les lois, ni la raison, ni l'autorité ne sont pas capables d'empêcher que l'on ne voie toujours parmi nous la confiance tremblante et les amitiés incertaines, pendant que les soupçons sont extrêmes, les jalousies furieuses, les médisances cruelles, les flatteries malignes, les inimitiés implacables.
Jésus-Christ s'oppose dans notre évangile au cours et au débordement de tant [p. 2] de maux ; et il y établit la concorde et la société entre les hommes par trois préceptes admirables, qui comprennent les devoirs les plus essentiels de notre mutuelle correspondance. Premièrement il ordonne que l'on s'unisse en son nom, et se déclare le i)rotecteur d'une telle société : Ubi sunt duo vel très congregati in nomine meo, ihi sum in medio eorum ^. En second lieu, il nous enseigne de nous corriger mutuellement par des avis charitables : ce Corripe £um inter te et ipsum solum ^: Reprenez, dit-il, votre frère entre vous et lui. » Enfin il commande expressément de pardonner les injures, et il ne donne aucunes bornes à cette indulgence : Pardonnez, dit-il, les offenses, je ne dis pas jusqu^à sept fois, mais « jusqu'à septante [fois] sept fois ; c'est-à-dire jusqu'à l'infini
1. Pas d'avant-propos. L'auteur xxvii. — Ms. : Nihil est humano «n ayant réservé la rédaction pour génère tam...
le dernier moment, s'est ensuite abs- 3. Matth., xvill, 20. — Ms. : Uhi
tenu, quand il a renoncé à prêcher fuerint... -ce discours. 4. Ibid., 15.