‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 70 sur 532 · De Civit. Dei. lib. XII. cap · texte numérisé non relu

De Civit. Dei. lib. XII. cap

88 a\RÊME DE SAINT-GERMAIN.

et sans aucunes limites : Usqiie septuagies septies ^. » Je trouve dans ces trois préceptes tout ce qu'il y a de plus important dans la charité fraternelle. Car trois choses étant nécessaires, d'en établir le principe, d'en ordonner l'exercice, d'en surmonter les obstacles, Jésus- Christ établit le principe de l'amitié chrétienne dans l'autorité de son nom : In nomine meo ; [p. 3] il en prescrit le plus noble et le plus utile exercice dans les avertissements mutuels: Corripe eum; enfin il en surmonte le plus grand obstacle par le pardon des injures : Non dico tihi usque septies, sed usque septuagies septies. C'est le sujet de ce discours. Entrons d'abord en matière, et montrons avant toutes choses, dans le premier point, que Dieu seul est le fondement de toute amitié véritable.

Premier Point.

Quoique l'esprit de division se soit mêlé bien avant dans le genre humain, il ne laisse pas de se conserver au fond de nos cœurs un principe de correspondance et de société mutuelle, qui nous rend ordinairement assez tendres, je ne dis pas seulement à la première sensibilité de la compassion, mais encore aux premières impressions de l'amitié. De là naît ^ ce plaisir si doux de la conversation, qui nous fait entrer comme pas à pas dans l'âme les uns des autres. Le cœur s'échauiïe, se dilate ; on dit souvent plus qu'on ne veut, si l'on ne se retient avec soin; et c'est peut-être pour cette raison que le Sage dit quelque part, si je ne me trompe ^, que la conversation enivre, parce qu'elle pousse au dehors le secret de l'âme par une certaine chaleur et presque sans qu'on y pense. Par là nous pouvons comprendre que cette puissance divine, qui a comme partagé la nature humaine entre tant de particuliers, ne nous a pas tellement détachés les uns des autres qu'il ne reste toujours dans nos cœurs un lien secret et un certain esprit de

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