‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 89 sur 532 · Var. : absorber · texte numérisé non relu

Var. : absorber

6. Environ trente ans plus tard, Bossuet écrira : «... Plus on avance à connaître Dieu, plus on voit, pour ainsi parler, qu'on n'y connaît rien qui soit digne de lui ; et en s'élevant au-dessus de tout ce qu'on en a jamais pensé ou qu'on en pourrait penser dans toute l'éternité, on le loue dans sa vérité incompréhensible, et on se perd dans cette louange,

Voilà l'idée véritable ; voyons maintenant l'idole que l'homme abusé se forme. Je ne veux pas dire, Messieurs, que nous pensions pouvoir comprendre la Divinité : il v a peu d'hommes assez insensés pour avoir une telle audace. Mais celui que nous confessons être inconcevable dans sa nature, nous ne laissons pas toutefois de le vouloir [p. 7] comprendre dans ses pensées et dans les desseins de sa sagesse. Quelques-uns ont osé reprendre l'ordre du monde et de la nature ; plusieurs se veulent faire conseillers de Dieu, du moins en ce qui regarde les choses humaines ; mais tous, presque sans exception, lui demandent raison pour eux-mêmes et veulent comprendre ses desseins en ce qui les touche. Les hommes se sont formé une certaine idole de fortune que nous accusons tous de nous être injuste ^ ; et sous le nom de la fortune, c'est la sagesse divine dont nous accusons les conseils ^, parce que nous ne pouvons pas en savoir le fond. Nous voulons qu'elle se mesure à nos intérêts et qu'elle se renferme dans nos pensées ^. Faible et petite partie du grand ouvrage de Dieu, nous prétendons qu'il nous détache du dessein total pour nous traiter à notre mode, au gré de nos fantaisies ; comme si cette profonde sagesse composait ses desseins par pièces, à la manière des hommes ; et nous ne concevons pas que, si Dieu n'est pas comme nous, il ne pense pas ^ comme nous, il ne résout pas comme nous, il n'agit pas comme nous; tellement que ce qui répugne [p. 8] à notre raison s'accorde nécessairement à une raison plus haute, que nous devons adorer, et non tenter vainement de la comprendre.

D'autant plus^ que cette nature incompréhensible est en second lieu une nature souveraine, mais d'une

et on tâche de réparer, en aimant, définitive.

ce qui manque à la connaissance ; 4. Edit. : non plus comme nous. —

quoique tout cela soit une espèce de Les deux premiers mots sont effacés, connaissance, et une lumière d'au- 5. Yar. ; Après avoir bien connu

tant plus grande que son propre et'- que Dieu est une nature incompré-

f et est d'allumer un saint et éternel hensible, il faut connaître en second

amour. )) {Médit, sur V Évangile; la lieu que c'est une nature souve-

Cène, Ile partie, xxxvill« jour.) raine ,. — Les éditeurs ont préféré

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