Ps. XLviii, 21. mots sont effacés
7. Yar. : que leur reproche avec 12. Ms. : sicw^. Mais Bossuet citait raison un ami de Job, — que leur exactement cette même phrase quelreprochait le saint homme Job, ques lignes plus haut.
pas ainsi que vous devez vous considérer. Vous êtes nés libres, je le confesse; mais certes votre liberté ne doit pas être abandonnée à elle-même : autrement vous la verriez dégénérer en un égarement énorme ^ . Il faut vous donner des lois parce que vous êtes capables de raison et dignes d'être gouvernés par une conduite [p. 13] réglée : « Constitue, Domine, legislatorem super eos, ut sciant gentes quoniam homines sunt ^ : O Seigneur, envoyez un législateur à votre peuple ; » donnez-lui ^ premièrement un Moïse, qui leur apprenne leurs premiers éléments et conduise leur enfance ; donnez-leur ensuite un Jésus-Christ, qui les enseigne dans l'âge plus mûr, et les mène à la perfection, et ainsi vous ferez connaître que vous les traitez comme des hommes, c'est-à-dire comme des créatures que vous avez formées à votre image, et dont vous voulez aussi former les mœurs selon les lois de votre vérité éternelle*.
Que ^ s'il est juste et nécessaire que Dieu nous donne des lois, confessez qu'il ne l'est pas moins que notre volonté s'y soumette, [p. 14] C'est pour cela que la sainte Vierge nous montre aujourd'hui un si grand exemple d'une parfaite obéissance. Plus pure que les rayons du soleil, elle se soumet à la loi de la purification. Le Sauveur lui-même est porté au Temple, parce que la Loi le commande ; et le Fils ne dédaigne pas d'être assujetti à la loi qui a été établie pour les serviteurs*^. A cet exemple, Messieurs, n'aimons notre li-
1. Var. : (correction effacée): pro- lieu de ce long alinéa de quarante
digieux. - Énorme f^emhle signlûer: lignes, le discours pris à Taudition
(( qui s'éloigne de la règle : )) sens en résume les pensées dans les six
étymologique. —Dans cette phrase, lignes suivantes: « Par où vous
nn trait à la sanguine sous mais, et voyez manifestement que la liberté
un autre sous nn, étaient apparem- convenable à l'homme n'est pas de
ment antérieurs anx corrections; vivre sans lois, mais qu'il faut que
car ces deux mots paraissent néces- Dieu nous en établisse pour con-
saires dans la rédaction définitive. server la dignité de notre natui'e et
(Certes est une addition.) nous traiter enfin comme des honi-
iy p ()-, mes, c'est-à-dire comme des ani-
"■■■''■'■ maux capables de raison et d'intel-
B. Var. : donnez-leur. — La pre- ijgence et dignes d'être gouvernés
mière rédaction portait : « envoyez- . ^^g conduite réglée. »
/ewr un législateur, donnez-leur...» 5 ^^ ^^g ^je Saint-Pétersbourg
— Le pluriel revient ensuite, et abrège les développements de cet
s'accorde par syllepse, avec peuple. alinéa et du suivant, et intervertit
4. Var. : et que vous voulez aussi l'ordre des pensées. (Cf. Revue Bos-
rendre conformes, par vos saintes suet, p. 94 et 95.)
lois à votre vérité éternelle. — Au »î. Var. : et (un Dieu) ne dédaigne
POUR LA FÊTE DE lA PURIF^ICATION. 9
berté que pour la soumettre à Dieu ; et ^ ne nous persuadons pas que ses saintes lois nous la ravissent. Ce n'est pas s'opposer à un fleuve, ni à la liberté de son cours, que de relever ses bords de part et d'autre, de peur qu'il ne se déborde et ne perde ses eaux dans la campagne; au contraire, c'est lui donner le moyen de couler plus doucement dans son lit et de suivre plus certainement son cours naturel. Ainsi ce n'est pas perdre ^ la liberté que de lui imposer des lois^, de lui donner des bornes deçà et delà pour empêcher qu'elle ne s'égare : c'est l'adresser plus assurément à la voie qu'elle doit tenir. Par une telle précaution, on ne la gêne pas, mais on la conduit ; on ne la force pas, mais on la dirige. Ceux-là la perdent, ceux-là la détruisent, qui détournent son cours naturel, c'est-à-dire sa tendance au souverain bien.
Ainsi la liberté véritable, c'est de dépendre de Dieu. Car qui ne voit que refuser son obéissance à l'autorité de la loi de Dieu'^, ce n'est pas liberté, mais rébellion ; ce n'est pas franchise, mais insolence ? Ouvrons les yeux. Chrétiens, et comprenons quelle est notre liberté. La liberté [p. 15] nous est donnée, non pour secouer le joug, mais pour le porter avec honneur, en le portant volontairement ; la liberté nous est donnée, non pour avoir la licence de faire le mal, mais afin qu'il nous tourne à gloire de faire le bien ; non " pour dénier à Dieu nos services, mais afin qu'il puisse nous en savoir gré. Nous sommes sous la puissance de Dieu beaucoup plus, sans comparaison, que la loi ne met les enfants sous la puissance paternelle ^. S'il nous a, dit Tertullien ^, comme émancipés en nous donnant notre liberté et la disposition de notre choix, ce n'est pas pour nous rendre indépendants ; mais afin que notre soumission ^ fût volontaire, afin que nous lui rendissions ^ par choix ce que nous lui devons par obligation, et qu'ainsi nos
pas de se soumettre à la loi qu'il a 4. Yar. : à l'autorité légitime,
établie pour ses serviteurs. 5. Var. : ni.
1. Toute la fin de cet alinéa est 6. Var. : que ne sont les enfants une addition marginale,avec renvoi. sous la loi paternelle.
2. Perdre^ ruiner, détruire. 7. Adv. Jlarcion., lib. II, cap. vi. ' o. Var. : que de lui donner, par 8. Var. : dépendance,
les lois, des bornes.., 9. Var. : rendions.
devoirs tinssent lieu d'offrande, et que nos services fussent aussi des mérites. C'est pour cela, Chrétiens, que la liberté nous était donnée.
Mais combien [p. 16] abusons-nous de ce don du Ciel ! et qu'un grand pape a raison de dire que l'homme <( est étrangement déçu par sa propre liberté : Sua in œterniim libertate deceptus ^ y) ! Qu'est-ce à dire, que l'homme est déçu par sa liberté ? C'est qu'il n'a pas su distinguer entre la liberté et l'indépendance ; et il n'a pas vu que, pour être libre, il n'était pas souverain. L'homme est libre comme un sujet sous un prince légitime et comme un fils sous la dépendance de l'autorité paternelle. Il a voulu être libre jusqu'à oublier sa condition et perdre entièrement le respect. C'est la liberté d'un rebelle, et non la liberté d'un enfant soumis et d'un fidèle sujet. Mais la souveraine puissance de celui contre lequel il se soulève ne permet pas à ce rebelle de jouir longtemps de sa liberté licencieuse, [p. 17] Car écoutez ce beau mot de saint Augustin : Autrefois, dit ce grand homme, j'ai voulu être libre de cette manière, j'ai contenté mes désirs, j'ai suivi mes passions insensées ; mais, hélas ! ô liberté malheureuse ^ ! « en faisant ce que je voulais, j'arrivais où je ne voulais pas : Volens quo noUem pei^eneram^ . » Voilà, en ce peu de mots, toute la destinée des pécheurs^.
Considérez cet homme trop libre dont je vous parlais tout à l'heure, qui ne refuse rien à ses passions, ni même à ses fantaisies : il transgresse toutes les lois, il aime, il hait, il se venge suivant qu'il est poussé par son humeur ^, et laisse aller son cœur à Tabandon partout où le plaisir l'attire. Il croit respirer un air plus libre en promenant deçà et delà ses désirs vagues et incertains ; et il appelle liberté son égarement, à la manière des enfants, qui s'imaginent être libres lorsque, s'étant échappés de la maison paternelle, ils courent sans savoir
1. Innocent. I, Epist. xxvi, ad mots... — Vous y voyez. Messieurs. Coyic. (7a ri A. (Labbe, t. II, col. 1285). la commune destinée de tous les