‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 91 sur 532 · Var. : secours étranger. 5. Var. : ne le connaît pas · texte numérisé non relu

Var. : secours étranger. 5. Var. : ne le connaît pas

2. Jerem., iv, 23 et seq. 6. Var. : dans ses conseils. B. Var. : l'ayant tiré. 7. Var. : pour le persuader. 4. Is., XLVi, 10. 8. Var. : de sa protection.

Sermons de Bossuet. — V. 8

lui étiez nécessaire. C'est méconnaître votre souverain et traiter avec lui d'égal à égal. Car, encore que vous ajoutiez : Votre volonté soit faite, si vous consultez votre cœur, vous demeurerez convaincu que vous regardez ces paroles, non comme la règle de vos sentiments, mais comme la forme de la requête ; et, permettez-moi de le dire ainsi, vous mettez à la fin de la prière : Votre volonté^ comme à la fin d'une lettre : Votre serviteur. Vous vous êtes échaufïé ^ dans la prière, à force de recommander à Dieu vos intérêts ; et si les choses succèdent contre vos désirs, ne vous voit-on pas revenir, non avec ces plaintes respectueuses qu'une douleur soumise répand devant Dieu pour les faire mourir ^ à ses pieds, mais avec de secrets murmures et avec un dégoût qui tient du dédain ? Chrétien, vous vous oubliez. Ce Di^u que vous priez n'est plus qu'une idole, dont vous prétendez faire ce que vous voulez, et non le Dieu véritable, qui doit faire de vous ce qu'il veut.

[P. 11] L'oraison, dit saint Thomas ^, est « une élévation de l'esprit à Dieu: Ascensus mentis in Deum. » Par conséquent il est manifeste, conclut ce docteur angélique, que celui-là ne prie pas qui, bien loin de s'élever à Dieu, demande que Dieu s'abaisse à lui, et qui vient à l'oraison, non point pour^ exciter l'homme à vouloir ce que Dieu veut, mais seulement pour persuader à Dieu de vouloir ce que veut l'homme. Ce n'est pas que je ne sache que la divine bonté condescend aussi à nos faiblesses ; et que, comme dit excellemment saint (xrégoire de Nazianze, l'oraison est un commerce où il faut en partie que l'homme s'élève, et en partie aussi que Dieu descende. Mais il est vrai toutefois qu'il ne descend jamais à nous que pour nous élever à lui ; et si cette aigle m3^stique de Moïse se baisse tant soit peu pour mettre ses petits sur ses épaules, ce n'est que pour les enlever bientôt avec elle et leur faire percer les nues, c'est-à-dire toute la nature inférieure, par la ra-

1. Var. : En effet, vous sortez de — Texte des éditions. La rédaction

votre oraison, non plus tranquille, définitive se lit en marge, ni plus résigné, ni plus fervent pour 2. Var. : les abattre,

la loi de Dieu, mais toujours plus 3. lia 11^, Quasst. Lxxxin,art. 1

échauffé pour vos intérêts. Et si... 4. Var. : non pour...

pidité de son vol : Et ^ assiimpsit eiim, atque portavit ^ in humeris suis '\ Ainsi vous pouvez sans crainte, et vous [p. 12] devez même exposer à Dieu vos nécessités et vos peines. Vous pouvez dire avec Jésus-Christ, qui l'a dit pour nous donner exemple : Père, que ce calice passe loin de moi ^ ; » mais croyez que ni vous ne connaissez Dieu comme souverain, ni vous ne l'adorez en vérité, jusqu'à ce que vous ayez élevé votre volonté à la sienne et que vous lui ayez dit du fond du cœur avec le même Jésus : Père, non point ma volonté^ mais la vôtre ^. — Votre volonté soit faite: Fiat ^.

Cette haute souveraineté de Dieu a son fondement sur sa bonté. Car, comme nous venons de dire que son domaine ^ est établi sur le premier de tous les bienfaits, c'est-à-dire sur l'être qu'il nous a donné, il s'ensuit que la puissance suprême qu'il a sur nous dérive de sa bonté infinie, et qu'en cela même qu'il est parfaitement souverain, il est aussi souverainement bon et bienfaisant. Que s'il nous a donné l'être, à plus forte raison devons-nous croire qu'il nous en donnera toutes les suites jusqu'à la dernière consommation de notre félicité, puisqu'on peut aisément penser qu'une nature infinie et qui n'a pas besoin de nous ^ pouvait bien nous laisser dans notre néant ^, mais qu'il est tout à fait indigne de lui, ayant commencé son ouvrage ^^, [p. 13] de le laisser imparfait et de n'y mettre pas la dernière main : d'où il s'ensuit que celui-là même qui a bien voulu nous donner l'être, veut aussi nous en donner la perfection, et par conséquent nous rendre heureux, puisque l'idée de la perfection et celle de la félicité sont deux idées qui concourent, celui-là étant tout ensemble heureux aussi bien que parfait, à qui rien ne manque.

Et c'est la troisième chose qu'il est nécessaire que nous connaissions de Dieu pour l'adorer en vérité, à savoir qu'il est une nature infiniment bonne et bienfai-

1. Le latiu est en marge : mais il 4. Matth., XXA'I. 39. constitue, croyons-nous, une addi- ô. Luc, xxil, 42. tion, et non une note. On n'y voit ♦». fhid.

pas, il est vrai, le signe de renvoi ; 7. Var. : empire.

mais en combien d'endroits ne man- 8. Var. : qui n'a besoin de rien.

que-t-il pas également ! 9. Var. : peut bien s'empêcher de

Page 1