‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 105 sur 296 · Ms. 'Y^x\.\x\\\\x\\ passini · texte numérisé non relu

Ms. 'Y^x\.\x\\\\x\\ passini

1 ]o l'^'UU LE SAMEDI-SAINT.

cffrcnécs (jiii loin toiii le iroubU' cl toutes les tempêtes delà vie humaine : Oiiod na/uni es/ ix carne, caro est ; et voyez, s'il vous plaît, o\\ va cette conséquence.

Les philosophes enseignent que la naissance et la mort [p.9 [conviennent aux mêmes sujets. Tout ce qui meurt prend naissance, tout ce qui prend naissance peut mourir : c'est la mort qui nous ôte ce que la naissance nous donne. Vous êtes homme par votre naissance ; vous ne cessez d'être homme que par la mort ; l'union de Tâme et du corps se fait par la naissance; aussi est-ce la mort qui en fait la dissolution. Or, jusqu'à ce que la nature soit guérie, être homme et être pêcheur c'est la même chose : l'âme ne tient pas plus au corps, que le péché et ses mauvaises inclinations s'attachent, pour ainsi dire, à la substance de 1 ame. Que si le péché a sa naissance, il aura par conséquent sa vie et sa mort. Il a sa naissance par la nature corrompue, sa vie par nos appétits déréglés ; ce n'est donc pas sans raison que nous appelons une mort la guérison qui s'en fait par la grâce médicinale qui délivre notre nature : par où vous voyez que ce n'est pas sans raison que la conversion du pécheur s'appelle une mort. C'est pourquoi je ne m'étonne plus, grand Apôtre, si vous la nommez ordinairement de la sorte : vous nous voulez faire entendre combien nos blessures sont profondes, combien le péché et l'inclination au mal nous est devenue naturelle, et que naissant avec nous, il ne faut rien moins qu'une mort pour l'arracher de nos âmes.

Voilà déjà, ce me semble, quelque éclaircissement de la pensée de saint Paul, tiré, à la vérité, non des maximes orgueilleuses de la sagesse du siècle, mais des principes soumis et respectueux de l'humilité chrétienne. Nous n'avons point de [p. lo] honte d'avouer les infirmités de notre nature : que ceux-là en rougissent qui ne connaissent pas le Libérateur. Pour nous, au contraire, nous osons nous glorifier de nos maladies, parce que nous savons et la miséricorde du Médecin et la vertu du remède. Ce remède, comme vous le savez, c'est la mort de Notre-Seigneur ; et puisque nous voilà tombés sur la considération du remède, il est temps désormais que nous entendions raisonner l'apôtre saint Paul: « Le Fils

POUR LE SAMEDI-SAINT. I i i

de Dieu, dit-il, est mort au péché;» niortuiis est peccato; <^ ainsi estimez, conclut-il, que vous êtes morts au péché, » ita et vos existimate . . mortuos quideni esse peccato i^). Que veut-il dire, que Notre-Seigneur est mort au péché, lui qui dès le premier moment de sa conception a toujours vécu à la grâce ? Pour pénétrer sa pensée, il est nécessaire de reprendre la chose de plus haut, et de vous mettre devant les yeux quelques points remarquables de la doctrine de saint Paul, dans lesquels j'entre par cet exemple.

[P. 1 1] Si jamais vous vous êtes rencontrés dans une place publique où l'on aurait exécuté quelque criminel, n'est-il pas vrai que, par la qualité de la peine, vous avez souvent jugé de l'horreur du crime, et qu'il vous a semblé voir quelque idée de leurs forfaits dans les marques de leurs supplices et dans leurs faces défigurées ? Vous êtes surpris peut-être que je vous propose un si funèbre spectacle : c'est pour vous faire avouer qu'il y a dans la peine quelque représentation de la coulpe. Oserons-nous bien maintenant, mon Sauveur, vous appliquer cet exemple? Il le faut bien, certes, puisque vous avez paru sur la terre comme un criminel. Vous avez désiré vous rendre semblable aux pécheurs; et n'ayant point de péché, vous avez voulu néanmoins en subir toutes les peines pendant votre vie : votre sainte chair a été travaillée des mêmes incommodités que le péché seul avait attirées sur la nôtre ; c'est pourquoi saint Paul ose dire, que vous vous êtes fait «semblable à la chair du péché, » in snni/itudinc^n carnis peccati i^). Quelle bonté, chrétiens ! Ce n'a pas été assez au Fils du Père éternel de revêtir sa divinité d'une chair humaine ; cette chair plus pure que les rayons du soleil, qui méritait d'être ornée d'immortalité et de gloire, il la couvre encore, pour l'amour de nous, de l'image de notre péché: n'est-ce pas de quoi nous confondrePQue sera-ce donc, si nous venons à considérer cjue c'est parce moyen que nos péchés sont guéris '^ C'est ici, c'est ici le trait le plus merveilleux de la miséricorde divine.

On rapporte ([ue parfois les magiciens, possédés en leur âme d'un désir furieux de vengeance, font des images de

a. Roin.^ VI, lo, ii. — b. Roin.^ VUI, 3.

cire de leurs ennemis, sur lesquelles ils murmurent quelques paroles d'eni hantcMneiU ; et après, ajoute-t-on, frappant ces statues, la blessure, parmi fatal contre-coup, en retombe sur l'orii^inal. Est ce fable ou vérité, je vous le laisse à juger : seulement sais je bien qu'il s'est passé quelque chose de semblable en la personne de mon Maître {').

Ou était l'imai^e du péché ? En sa chair bénie. Oi:i était le péché même ? En vous et en moi, chrétiens. La chair du Sauveur, celte image innocente du crime, a été livrée entre les [p. 1 3] mains des bourreaux, pour en faire à leur fantaisie : ils l'ont frapi)ée, le.s coups ont porté sur le péché ; ils l'ont crucifiée, le péché a été crucifié ; ils lui ont arraché la vie, le péché a perdu la sienne: et voilà justement ce que l'Apôtre veut dire. Le Sauveur, selon sa doctrine, est mort au péché, parce (jue, abandonnant à la mort sa chair innocente qui en était l'image, il a anéanti le péché. Mais pourrons-nous conclure de là « qu'il faut que nous mourions avec lui, » ùa et vos existiniatc, mortuos qtiideni esse peccato ? Certainement, chrétiens, la conséquence en est bien aisée ; il ne faut que lever les yeux, et regarder notre Maître pendu à la croix. O Dieu ! comment a-t-on traité sa chair innocente ! Quelque part où je porte ma vue, je n'y saurais remarquer aucune partie entière. Quoi ! parce qu'elle portait l'image du péché, il a bien voulu qu'elle fût ainsi déchirée, et nous épargnerons le péché même qui vit en nos âmes ! nous ne mortifierons point nos concupiscences : (') au contraire, nous nous y laisserons aveuglément emporter ! Gardons-nous-en bien (^), chrétiens; il nous faut faire aujourd'hui un aimable échange avec le Sauveur. Innocent qu'il était, il s'est couvert de l'image de nos crimes, subissant la loi de la mort ; criminels que nous sommes, imprimons en nous-mêmes la figure de sa sainte mort, afin de participer à son [p. 14] innocence. Car lorsque nous portons la figure de cette mort, par une opération merveilleuse de l'esprit de Dieu sa vertu nous en est appli-

1. Ce paragraphe est barré dans le manuscrit ; apparemment parles éditeurs modernes. Deforis le donne sans aucun avis au lecteur.

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