Edit. au corps et en la vie. (Faute de lecture
2. Var. (r^ rédaction, reprise en partie plus loin) : J'entends quelquefois les chrétiens soupirer après les délices du paisible état d'innocence Justement,
notre Maître ressuscité, nous presse si fort de ressusciter avec lui. Jusques ici, dit-il, la vie de mon Maître était cachée sous ce corps mortel ; nous ne connaissions pas encore ni la beauté de cette vie, ni la grandeur de nos espérances : à présent je le vois tout changé, il n'y a plus d'infirmité en sa chair, il n'y a rien qui sente le péché ni sa ressemblance: MortuîLs est peccato ('"): il a dépouillé cette mortilité qui cachait sa gloire : la divinité qui anime son esprit s'est répandue sur son corps ; je n'y vois paraître que Dieu, parce que je n'y vois plus que gloire et que majesté. Il ne vit qu'en Dieu, il ne vit que de Dieu, il ne vit que pour Dieu : (Jiwd autem vivit, vivit Deo i^'). Je sais que, si je commence à vivre avec lui sur la terre, son Esprit qui me fera vivre, me renouvellera selon son image. Courage, dit-il, mes frères; ce que la foi nous fait croire en la personne du F'ils de Dieu, elle nous le doit faire espérer pour nousmêmes. Jésus est ressuscité comme les prémices et les premiers fruits de notre nature ; « Dieu nous a fait voir dans le grain principal, qui est Jésus-Christ, comment il traiterait tous les autres : » De uno (^^ principali grano datiuji est cxperimentum, dit saint Augustin ('). Jugez de la moisson par ses premiers fruits. Priinitiœ Christus ("').
a. Rom.^ VI, 10. — b. Ibid.^ i r. — c. Serm. CCCLXI, n. 10. — d.\ Cor., xv, 23.
certes, car la vie en était bien heureuse. Sachez néanmoins que vous n'êtes pas chrétiens, si vous n'aspirez à une condition plus haute. Posséder cette félicité, c'est ctrc tout au plus comme Adam ; et l'Apôtre nous dit que nous devons tous être comme Jésus-Christ. Il est monté au ciel, et en sa personne ont élé consacrées les prémices de notre nature, c'est-à-dire comme les premiers fruits du pore de famille, priinitiœ Christus, quand le laboureur achèvera sa récolte et recueillera tout son grain, c'est-à-dire tous les fidèles. Cependant considérez comme il a traité le grain principal cpii est Jésus-Christ ; c'est ainsi (|u'i! s'appelle lui-même \/oan., xn, 24] ; et jugez du reste de la moisson par les premiers fruits : Datuin est cxpcrintiiitio/i in pri/i.ipidi i^ra/iit, dit saint .Augustin {Scr/n. ceci. XI, 11. 10). C'est pourquoi saint Paul, considérant aujourd'hui noire Maître vaincjueur de la mon, ne peut plus retenir sa joie. Je le vois, je le voi>, dit-il, dans un bien autre appareil (pi'il n'était sur la terre. Il n'y a plus rien c[ui sente le péché ni sa ressemblance : Peccato mot tu us est. 11 a dépouillé cette mortalité qui cachait sa gloire. La divinité dont son esprit et. ut animé parait de tous côtés sur son corps : [p. 35] il ne vit i)lus cpie de Dieu et pour Dieu : Quod autein vivit, inint Deo. Je ne vois plus (|ue Dieu on lui, jiarce que je n'y vois plus cjuc gloire et c[ue majesté. Je sais que si je conimcnce à vivre avec lui sur la terre, sou Esprit qui me fera vivre me renouvellera sur son image. I. lAs. Dcduin est cxpcrimentum in principaii ^rano.
J'entends quelqutîfois les chrétiens soupirer après les délices de l'heureux état d'innocence: Oh! si nous étions comme dans le paradis terrestre! — Justement certes, car la vie en était bien douce, [p. 36J Et l'Apôtre vous dit que vous n'êtes pas chrétiens, si vous n'aspirez à quelque chose de plus. Posséder cette félicité, c'est être tout au plus comme Adam ; et il vous enseii^ne que vous devez tous être comme jÉsus- CiiKisT ("). On ne vous promet rien moins que d'être placés avec lui dans le même trône : Qui vicerit, dabo ci scdcrc incaini in throno meo, dit le Sauveur dans l'Apocalypse (') : « Celui qui sera vainqueur, je le placerai dans mon trône. »
Attendez-vous après cela, chrétiens, que je vous apporte des raisons pour vous faire voir que cette vie doit être immortelle ? N'est-ce pas assez de vous en avoir montré la beauté et les espérances, pour y porter vos désirs } Certes, quand je vois les chrétiens qui viennent dans le temps de Pâques puiser cette vie dans les sources des sacrements, et retournent après à leurs premières ordures, je ne saurais assez déplorer leur calamité. Ils mangent la vie, et retournent à la mort ; ils se lavent dans les eaux de la pénitence, et puis après au bourbier ; ils reçoivent l'Esprit de Dieu, et 'vivent comme des brutes. Fous, insensés ! Eh (') ne comprenez-vous pas la perte que vous allez faire '^ Que de belles espérances vous allez tout à coup ruiner ! Conservez chèrement cette vie : peut-être que, si vous la perdez cette fois, elle ne vous sera jamais rendue. Dans la première intention de Dieu, elle ne se devait donner ni se perdre qu'une seule fois. Considérez cette doctrine. Adam l'avait perdue : c'en était fait pour jamais ; si le Fils de Dieu ne fût intervenu, il n'y avait plus de ressource. Enfin il nous la rend par [p. 37] le samt baptême. Et si même nous venons à violer l'innocence baptismale, il se laisse aller, à la considération de son Fils, à nous rendre encore la grâce par la pénitence. Mais il ne se relâche pas tout à fait de son premier dessein. Plus nous
a. Coloss.^ III, 4. — b. Apoc, m, 21.
I. Kdit. Et ne comprenez-vous pas... ? — Mais Bossuet e'ciit souvent et pour eh !
la perdons de fois, et plus il se rend difficile. Dans le baptême il nous la donne aisément : à peine y pensonsnous. Venons-nous à la perdre, il faut avoir recours aux larmes et aux travaux de la pénitence. Que s'il est vrai qu'il se rende toujours plus difficile, ô Dieu ! où en sommesnous, chrétiens, nous qui l'avons tant de fois reçue et tant de fois méprisée ? Combien s'en faut-il que notre santé ne soit entièrement désespérée ? Tertullien dit que ceux qui craignent d'offenser Dieu après avoir reçu la rémission de leur faute, « appréhendent d'être à charge à la miséricorde divine : » Nolunt iterurn divinœ 7msericordiœ cneri esse ("). Donc ceux qui ne le craignent pas sont à charge à la miséricorde divine (').
Tu crois[, pécheur endurci,] que Dieu sera toujours bien aise de te recevoir : sache que tu es à charge à sa miséricorde ; qu'il ne te fait, pour ainsi dire, du bien qu'à regret; et que si tu continues, il se défera de toi, et ne te permettra pas de te jouer ainsi de ses dons.
C'est une parole effroyable des Pères du concile d' El vire : « Ceux, disent-ils, qui après la pénitence retourneront à leur faute, qu'on ne leur rende pas la communion même à l'ex-
a. De Pœnit.^ n. 7.
I. Passage retranché : « Comment cela se fait-il ? Un exemple familier. Un pauvre homme presse de misère vous demande votre assistance : vous le soulagez selon votre pouvoir ; mais vous ne le tirez pas de la nécessité : il revient à vous avec crainte ; à peine ose-t-il vous parler ; il ne vous demande rien ; sa nécessité, sa misère, et plus que tout cela sa retenue vous demande: il ne vous importune pas, il ne vous est pas à charge ; tout votre regret, c'est de ne pouvoir pas le soulager davantage. Voilà le sentiment d'un bon cœur. Mais un autre vient à vous qui vous presse, qui vous importune ; vous vous excusez honnêtement : il ne vous prie pas comme d'une grâce ; mais il semble exiger, comme si c'était une dette : sans doute il vous est à charge ; vous cherchez tous les moyens pour vous en défaire. Il en est de même à l'égard de Dieu. Un chrétien a succombé [p. 38] à quelque tentation ; la fragilité de la chair l'a emporté : incontinent il revient : (2u'ai-je fait ? où me suis-je engage .'' La larme à l'œil, le regret dans le cœ'ur, la confusion sur la face, il vient crier miséricorde; il en devient plus soigneux : ah ! je l'ose dire, il n'est point à charge à la miséricorde divine. Mais toi, pécheur endurci, qui ne rougis pas d'apporter toujours les mêmes ordures aux eaux de la pénitence; il y a tant d'années que tu charges des mêmes [récils] les oreilles d'un confesseur: situ avais bien con«^u que la grâce ne t'est point due, tu appréhenderais plus de la perdre ; tu craindrais qu'à la fin Dieu ne retirât sa main. Mais que tu y reviennes si souvent sans crainte, sans tremblement, il faut bien que tu t'imagines (jucllc te soit duc. » — Les mots pcchcur endurai sont nécessaires ilans ce qui suit.
Sermons de Bossuct. 9
trémité de la vie ; de peur qu'ils ne semblent se jouer de nos saints mystères, » ne /us/sse de Doininica commitnione vidcantur ("). Cette raison est bien effroyable, et encore plus si nous venons à considérer que cette communion dont ils parlent était une chose, en ce temps, dont on ne pouvait abuser que deux fois. On la donnait par le baptême : la perdait-on par quelque crime, encore une seconde ressource dans la pénitence ; après, en violer la sainteté par deux fois, ils appelaient cela s'en jouer.
O Dieu ! si nous avions à rendre raison de nos actions dans ce saint concile, quelles exclamations feraient-ils 1 Comment éviterions-nous leurs censures ? Ces évêques nous orendraient-ils [p. 39] pour des chrétiens, nous dont les pénitences sont aussi fréquentes que les rechutes; qui faisons de la communion, je n'oserais presque le dire, comme un jeu d'enfant : cent fois la quitter, cent fois la reprendre ? C'est pourquoi éveillons-nous, chrétiens, et tâchons du moins que nous soyons cette fois immortels à la grâce avec le Sauveur. Ne soyons pas comme ceux qui pensent avoir tout fait quand ils se sont confessés : le principal reste à faire, qui est de changer ses mœurs et de déraciner ses mauvaises habitudes. Si vous avez été justifiés, vous n'avez plus à craindre la damnation éternelle ; mais pour cela ne vous imaginez pas être en sûreté, de peur qu'une fausse sécurité ne produise en vous une funeste négligence, » ne accepta securitas indiligentiam pariât. Craignez le péché, craignez vos mauvaises inclinations, craignez ces fâcheuses rencontres dans lesquelles (') votre innocence a tant de fois fait naufrage : que cette crainte vous oblige à une salutaire précaution. Car la pénitence a deux qualités également nécessaires. Elle est le remède pour le passé, elle est une précaution pour l'avenir : la disposition pour la recevoir comme remède du passé, c'est la douleur des péchés que nous avons commis ; la disposition pour la recevoir comme précaution de l'avenir, c'est une crainte filiale de ceux que nous pouvons commettre et des occasions qui nous y en-
a. Can. ni, Lab., t. i, col. 971.
I . Var. dans lesquelles vous avez tant de fois éprouvé vos infirmités.
traînent. Dieu nous puisse donner cette crainte, qui est la garde de l'innocence!
Ah ! chrétiens, craignons de perdre Jésus qui nous a gagnés par son sang. Partout où je le vois, il nous tend les bras. Jésus crucifié nous tend les bras : Viens-t'en, dit-il, ici mourir avec moi ; il y fait [bon] pour toi, puisque j'y suis. Jésus ressuscité nous tend les bras, et nous dit : Viens vivre avec moi, tu seras tel que tu me vois; je suis glorieux, je suis immortel : sois immortel à la grâce, et tu le seras à la gloire (').
I. Ici se termine ce qui nous a été conservé des compositions de Bossuet à Navarre. Notons, pour la chronologie des Œuvres complètes, qu'à la même époque appartiennent des Extraits d'Aristote,que les éditeurs ont eu la bizarre idée de faire entrer dans les Pensées chrétiennes et inorales^ appendice des Serjnons (I)eforis, VII, 556-559; Lâchât, X, 625, 627-629). En outre, ce dernier éditeur nous les présente une seconde fois, et comme une découverte, dans les Œuvres d'éducation (XXVI, 23, 31). Cette prétendue découverte avait été faite avant lui par M. Nourrisson {Essai sur la Philosophie de Bossuet, avec des fragments inédits; Paris, in-8°, 1852). En réalité, l'écriture et l'orthographe de ces pages (Meaux, D, 14) ne ressemblent pas plus à ce qui a été écrit par Bossuet, précepteur du Dauphin, que s'il s'agissait de deux auteurs différents. Ces notes, accompagnées dans l'original de longues citations en grec, prouvent que Bossuet joignit, dès le collège, l'étude des philosophes à celle des historiens, des orateurs et des poètes, dont parle Ledieu dans ses Mémoires (p. 14).