‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 120 sur 296 · Var. de tous les rois · texte numérisé non relu

Var. de tous les rois

2. Var. le véritable tableau de la naissance des princes qui est parti de la main du plus sage de tous les princes.

3. Discours ou poème géncthliaque: c'est-à-dire composé à l'occasion d'une naissance. Ce mot, qui rappelle le goût du XVI'- siècle, ne se retrouvera plus en 1655, dans le passage parallèle.

modestie de la nature, s'enfle et se repaît de doutes et d'espérances.

Mais grâce à la miséricorde divine, nous sommes appelés aujourd'hui à la naissance d'une princesse, qui ne demande point ces vains ornements. Gardons-nous bien, fidèles, de célébrer sa Nativité avec ces recherches téméraires, dont les hommes se servent en de pareilles rencontres. Mais plutôt considérant que celle dont nous parlons est la Mère du Sauveur Jésus, apprenons de son Evangile de quelle manière il désire que nous solennisions la naissance de ses élus. Les parents de saint Jean- Baptiste nous en donnent un bel exemple. Certt^s ils ne pénètrent pas dans les secrets de l'avenir par une curiosité trop précipitée. Toutefois adorant en eux-mêmes les conseils de la Providence, ils ne laissent pas de s'enquérir modestement entre eux de ce que peut devenir cet enfant : « Quel sera-t-il à votre avis ? >) se disaientils les uns aux autres : Qins, putas, ptùer iste e7'it? Or j'ai cru que je pouvais faire pour la Mère de notre bon Maître ce que l'on a pratiqué à la naissance de son Précurseur. Chrétiens, qui voyez aujourd'hui cette incomparable Princesse faire son entrée en ce monde, quel pensez-vous que sera cet enfant .^ Quis, pytas, puer iste erit? Que me répondez-vous à cette question '^ Et moi-même que répondrai-je ? Consulterai-je les astres pour lire dans leurs diverses figures la destinée de Marie .-^ Mais je sais que notre Sauveur est le seul astre qui la domine. Irai-je étudier dans les livres des rhétoriciens les artifices dont ils se servent pour deviner de bonne grâce ? Mais cette innocente (') ne prendra pas plaisir aux afféteries (^) de la rhétorique : elle aime sur toutes choses cette naïve simplicité qui reluit de toutes parts dans l'Evangile de son cher Fils. En effet, puisque la question que je vous ai proposée est prise de l'Evangile, il sera bien à propos que j'en tire aussi la réponse. — De qua iiatiis est Jé.sis qui vocatur Ckristus: « C'est d'elle qu'est né Jésus, qui est appelé Christ, » dit le saint Evangile que nous avons lu ce matin,

1. Première rédaction: cette petite innocente; pctitcA élt^ ctï;ico (^ la sanguine).— Plus haut : rhétoriciens pour rJu'tcurs.

2. Mot cgaleincnt effacé, mais non rcinplacr : ne i)cul donc se supprimer.

l68 SUR LA NATIVITÉ DE LA SAINTE VIERGE.

célébrant les divins mystères. Maintenant interrogez-moi quel sera ce petit enfant : Ouis, piitas, puer istc crit ? J'aurai une belle réponse à vous faire : De qiia nattes est Jesus^ qui vocatur Christns. Viendra, viendra le temps que Jésus, la Sao-esse du Père, le Rédempteur de nos âmes, la lumière du crenre humain, en qui nous sommes comblés de toutes sortes de o-râces, prendra une chair humaine de ce béni (') enfant dont nous honorons la naissance. C'est par cet éloge, fidèles, qu'il nous faut estimer sa grandeur, et juger avec certitude quel sera un jour cet (Mifant.

Mais pour y procéder avec ordre, réduisons tout cet entretien à quelques chefs principaux. Je dis, ô aimable Marie, que vous serez à jamais bienheureuse d'être Mère de mon Sauveur: car, étant Mère de Ji':sus-Christ, vous aurez pour lui une affection sans égale; ce sera votre premier avantage. Aussi vous aimera-t-il d'un amour qui ne souffrira point de comparaison; c'est votre seconde prérogative. Cette sainte société que vous aurez avec lui, vous unira pour jamais très étroitement à son Père; voilà votre troisième excellence. Enfin, dans cette union avec le Père éternel, vous deviendrez la mère des fidèles qui sont ses enfants et les frères de votre Fils : c'est par ce dernier privilège que j'achèverai ce discours.

Je vous vois surpris, ce me semble : peut-être que vous jugez que ce sujet est trop vaste, et que mon discours sera trop long, ou du moins embarrassé d'une matière si ample. Si est-ce néanmoins (^) qu'il n'en sera pas ainsi, moyennant l'assistance divine; nous avancerons pas à pas pour ne point confondre les choses, établissant par des raisons convaincantes la dignité de Marie sur sa maternité glorieuse. Et encore que je reconnaisse que ces vérités sont très hautes, je ne désespère pas de les déduire aujourd'hui avec une méthode facile. J'avoue que c'est me promettre beaucoup; et à Dieu ne plaise, fidèles, que je l'attende de mes propres forces ! J'espère que ce grand Dieu, qui inspire qui il lui plaît, me donnera la grâce aujourd'hui de glorifier son saint nom

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