Var. rendre ses premières louanges à son l'ère
174 ^UR LA NATIVITl^ DE LA SAINTE VIERGK.
lanq^ue enfantiiu! se sera un peu dénouée ; et quand vous le \errez dans K; particulier de votre maison, souple et obéissant à vos ordres, combien grandes seront vos ardeurs!
Mais disons encore qu'une des plus grandes grâces de Dieu, c'est de penser souvent au Sauveur. Oui, certes, il le faut reconnaître, son nom est un miel à la bouche ; c'est une lumière à nos yeux, c'est une llamme à nos cœurs ('') : il y a je ne sais quelle grâce, que Dieu a répandue et dans toutes ses paroles et dans toutes ses actions : y penser, c'est la vie éternelle. Pensez-y souvent, ô fidèles ; sans doute vous y trouverez une consolation incroyable. C'était toute la douceur de Marie. Nous voyons dans les Evangiles que tout ce que lui disait son Fils, tout ce qu'on lui disait de son Fils, elle le conservait, elle le repassait mille et mille fois en son cœur: Maria auteiii conservabat omnia verba hœc,.. in corde sîio (^\ Il tenait si fort à son âme, qu'aucune force ni violence n'était capable de l'en distraire : car il eût fallu lui tirer de ses veines jusqu'à la dernière goutte de ce sang maternel, qui ne cessait de lui parler de son Fils. Comme on voit que les mères (') prennent une part tout extraordinaire à toutes les actions de leurs fils : quelles admirations de sa vie ! quels charmes dans ses paroles, quelle douleur de sa Passion ! quel sentiment de sa charité! quel contentement de sa gloire ! et après qu'il fut retourné à son Père, quelle impatience de le rejoindre !
Le docte saint Thomas (dans la question XII de sa première partie), traitant de l'inégalité qui est entre les bienheureux, dit que ceux-là jouiront plus abondamment de la présence divine, qui l'auront en ce monde le plus ardemment désirée ; parce que, comme dit ce grand homme, la douceur de la jouissance va à proportion des désirs. Comme une Hèche qui part d'un arc bandé avec plus de violence, prenant son vol au milieu des airs avec une plus grande roideur, entre aussi plus profondément au but où elle est adressée ;
a. S. Bernard. Serm. xv in Cant.^ n. 6. — b. Imc, II, 19.
I. Var. Que si tout ce que fait, — presque tout ce que fait un fils, — un bon fils, — que si pour l'ordinaire ce que fait un bon fils plaît à sa mère, — plaît ordinairement à sa mère.., et les plus sages y sont quelquefois abusées...
de même lame fidèle pénétrera plus avant dans l'abîme de l'essence divine, le seul terme de ses espérances, quand elle s'y sera élancée par une plus grande impétuosité de désirs. Que si le grand apôtre saint Paul, frappé au vif en son âme de l'amour de Notre-Seigneur, brûle d'une telle impatience de l'aller embrasser en sa gloire, qu'il voudrait voir bientôt ruinée cette vieille masure du corps qui le sépare de Jésus- Christ : Desiderium habcns dissolvi et esse cicm Christo (''), jugez des inquiétudes et des douces émotions que peut ressentir le cœur d'une mère. Le jeune Tobie, par une absence d'un an, perce celui de sa mère d'inconsolables douleurs ('') : quelle différence entre mon Sauveur et Tobie !
S'il est donc vrai, saint Enfant qui nous fournissez aujourd'hui un sujet de méditation si pieux, s'il est vrai que votre grandeur doive croître selon la mesure de vos désirs, quelle place assez auguste vous pourra-t-on trouver dans le ciel? Ne faudra-t-il pas que vous passiez toutes les hiérarchies angéliques pour courir à notre Sauveur? C'est là qu'ayant laissé bien loin au-dessous de vous tous les ordres des prédestinés, tout éclatante (') de gloire, et attirant sur vous les regards de toute la cour céleste, vous irez prendre place près du trône de votre cher Fils, pour jouir à jamais de ses plus secrètes faveurs. C'est là qu'étant charmée d'une ravissante douceur dans ses embrassements si ardemment désirés, vous parlerez à son cœur avec une efficacité merveilleuse. Eh! quel autre que vous aura plus de pouvoir sur ce cœur, puisque vous y trouverez une si fidèle correspondance: je veux dire l'amour filial qui sera d'intelligence avec l'amour maternel, qui s'avance pour le recevoir, et qui préviendra ses désirs!
SECOND POINT
Nous voilà tombés insensiblement sur l'amour doni le Fils de Dieu honore la sainte Vierge. Fidèles, que vous tn dirai-je? Si je me suis trouvé empêché à dépeindre l'alfection
a. Phil.^ I, 23. — M s. Ctipio dissolvi... — b. Joi?., V, 23 et seqq.
I. Âls. toute éclatante. — Bossuet ccrira de nicmc plus loin au pluriel masculin : tous éclatants et tous purs — pour : tout éclatants, etc. (\'i>y. /\\nhu /ucs sur la grammaire et le vocabulaire^ à la tin de l'Introduction.)
tic la Mère selon son mérite, je le serai encore davantage à (') vous représenter celle du Fils ; parce que je suis assuré ([u'autant que Notre-Seigneur surpasse la sainte Vierge en toute autre chose, d'autant est-il meilleur fils qu'elle n'était bonne mère. Mais en demeurerons-nous là, chrétiens ? Cherchons, cherchons encore^ quelque puissante considération dans la doctrine des Evangiles : c'est la seule qui touche les cœurs ; une seule parole de l'Evangile a plus de pouvoir sur nos âmes, que toute la véhémence et toutes les inventions de l'éloquence profane. Disons donc, avec l'aide de 1 )ieu, quelque chose de l'Evangile; et qu'y pouvonsnous voir de plus beau, que ces admirables transports avec lesquels le Seigneur Jésus a aimé la nature humaine ? Permettez-moi en ce lieu une briève digression : elle ne déplaira pas à Marie, et ne sera pas inutile à votre instruction ni à mon sujet.
Certes, ce nous doit être une grande joie de voir que notre Sauveur n'a rien du tout dédaigné de ce qui était de l'homme. Il a tout pris, excepté le péché ; je dis tout jusques aux moindres choses, tout jusques aux plus grandes infirmités. Je ne le puis pardonner à ces hérétiques qui, ayant osé nier la vérité de sa chair, ont nié par conséquent que ses souffrances et ses passions fussent véritables. Ils se privaient eux-mêmes d'une douce consolation : au lieu que, reconnaissant que toutes ces choses sont effectives, quelque affliction qui me puisse arriver, je serai toujours honoré de la compagnie de mon Maître. Si je souffre quelque nécessité, je me souviens de sa faim et de sa soif, et de son extrême indigence ; si l'on fait tort à ma renommée, « il a été soûlé d'opprobres, » comme il le dit lui-même (') : si je me sens abattu par quelques infirmités, il en a souffert jusques à la mort : si je suis accablé d'ennuis, que je m'en aille au jardin des Olives ; je le verrai dans la crainte, dans la
1. Edit. si je n'ai pu dépeindre l'affection de la Mère selon son me'rite, je pourrai encore moins...
2. C'est Jérémie Thren.^ ni, 30, qui avait dit du Sauveur ; Sahirabitur oppro- Mzj.Deforis corrige, adoucissant les expressions trop rudes : « Il a été rassasié d'opprobres, comme il est dit de lui. » Bossuet, dont la plume court cette fois un peu au hasard, n'a pris le temps ni d'être exact, ni de polir ses expressions.
tristesse, dans une telle consternation, qu'il sue sang et eau dans la seule appréhension de son supplice. Je n'ai jamais oui dire que cet accident fût arrivé à d'autres personnes qu'à lui ; ce qui me fait dire que jamais homme n'a eu les passions ni si tendres, ni si délicates, ni si forte[s] que mon Sauveur, bien qu'elles aient toujours été extrêmement modérées, parce qu'elles étaient parfaitement soumises à la volonté de son Père.
Mais de là, me direz-vous, que s'ensuit-il à notre propos (') ? C'est ce qu'il m'est aisé de vous faire voir. Quoi donc! notre Maître se sera si franchement revêtu de ces sentiments de faiblesse qui semblaient en quelque façon être indignes de sa personne, ces langueurs extrêmes, ces vives appréhensions ; il les aura pris si purs, si entiers, si sincères: et que sera-ce après cela de l'affection envers les parents ; étant très certain que dans la nature même il n'y a rien de plus naturel, de plus équitable, de plus nécessaire.^ Particulièrement à l'égard d'une mère telle qu'était l'heureuse Marie. Car, enfin, elle était la seule en ce monde à qui il eilt obligation de la vie ; et j'ose dire de plus qu'en recevant d'elle la vie, il lui est redevable et d'une partie de sa gloire, et même en quelque façon de la pureté de sa chair : de sorte que cet avantage, qui ne peut convenir à aucune autre mère qu'à celle dont nous parlons, l'obligeait d'autant plus à redoubler ses affections.
Et n'appréhendez pas, chrétiens, que je veuille déroger à la grandeur de mon Maître par cette proposition, qui n'en est pas moins véritable bien qu'elle paraisse peut-être un peu extraordinaire, du moins au premier abord : mais je prétends l'établir sur une doctrine si indubitable de l'admirable saint Augustin, que les esprits les plus contentieux seront contraints d'en demeurer d'accord. Ce grand homme considérant que la concupiscence se mêle dans toutes lt*s générations ordinaires, ce qui n'est (jue trop véritable i)i)ur notre malheur (), en tire cette conséquence : cjuc cette maudite concupiscence, qui corrompt tout ce qu'elle touche,
1. Edit. pour le sujet que nous traitons. — Ils traduisent ainsi l'oriji^inal.