‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 123 sur 296 · Bossuet avait crabonl écrit : vi à notre malheur · texte numérisé non relu

Bossuet avait crabonl écrit : vi à notre malheur

Sermons de Bossuet. la

i;S SUR LA NATIVITl': DE LA SAINTE VIERGE.

infecte Lcllcmeni hi matière qui se ramasse pour former nos corps, que la chair (|ui en est composée en contracte aussi une corruption nécessaire. C'est pourquoi dans la résurrection, où nos corps seront tout nouveaux, c'est-à-dire tout éclatants et tout purs, ils renaîtront, non de la volonté de l'homme ni de la volonté de la chair, mais du souffle de l'Esprit de Dieu, qui prendra plaisir de les animer quand ils auront laissé à la terre les ordures de leur première génération. Or, comme ce n'est pas ici le lieu d'éclaircir cette vérité, je me contenterai de vous dire, comme pour une preuve infaillible, que c'est la doctrine de saint Augustin, que vous trouverez merveilleusement expliquée en mille beaux endroits de ses excellents écrits, particulièrement dans ses savants livres contre Julien le Pélagien.

Cela étant ainsi, remarquez exactement, s'il vous plaît, ce

que j'infère de cette doctrine. Je dis que si ce commerce

ordinaire, parce qu'il a quelque chose d'impur, fait passer en

nos corps un mélange d'impureté, nous pouvons assurer,

au contraire, que le fruit d'une chair virginale tirera d'une

racine si pure une pureté merveilleuse. Cette conséquence

est certaine. Le Philosophe {') a dit que c'est la même loi

des contraires ; et sans me mettre en peine du Philosophe,

c'est une doctrine constante que le saint évêque Augustin a

prise dans les Écritures (") : et d'autant que le corps du

Sauveur, je vous prie, suivez sa pensée, d'autant, dis-je, que

le corps du Sauveur devait être plus pur que les rayons du

soleil, de là vient, dit ce grand personnage, «qu'il s'est choisi

dès l'éternité une mère vierge, afin qu'elle l'engendrât sans

aucune concupiscence par la seule vertu de la foi : » Ideovir-

ginem matrem, pia fide sanctum germen in se fieri proineren-

tein, de qtta crearetitr elegit.

[Car (^) il était bienséant que la sainte chair du Sauveur fût, pour a. De Pecc. inerit., lib. Il, n. 38.

1. Ce curieux passage, où Aristote est allégué d'une manière toute scholastique, mais pour être mis aussitôt hors de cause, a été retranché dans les précédentes éditions.

2. Nouvel emprunt, d'une vingtaine de lignes, au sermon du Rosaire, ainsi indiqué au ms. : <iclci!:it. Et le reste p. 19 -|-, jusques à la marque + dans la même page. Apres, dire ce qui s'ensuit, page suivante celle-ci. » (Après ces grands avantages...) Cf. p. 83.

ainsi dire, embellie de toute la pureté d'un sang virginal, afin qu'elle fût digne d'être unie au Verbe divin, et d'être présentée au Père éternel comme une victime vivante pour l'expiation de nos fautes : tellement que la pureté qui est dans la chair de JÉSUS, est dérivée en partie de cette pureté angélique que le Saint-Esprit coula dans le corps de la Vierge, lorsque, charmé de son intégrité inviolable, il la sanctifia par sa présence, et la consacra comme un temple vivant au Fils du Dieu vivant

Faites maintenant avec moi cette réflexion, chrétiens. Mon Sauveur, c'est l'amant et le chaste époux des vierges : il se glorifie d'être appelé le Fils d'une Vierge ; il veut absolument qu'on lui amène les vierges, il les a toujours en sa compagnie, elles suivent cet Agneau sans tache partout où il va. Que s'il aime si passionnément les vierges, dont il a purifié la chair par son sang, quelle sera sa tendresse pour cette Vierge incomparable qu'il a élue dès l'éternité, pour en tirer la pureté de sa chair et de son sang } ]

Après ces grands avantages qui sont préparés à Marie, ô Dieu, quel sera un jour cet enfant ? Quis, putas, puer iste erit ? Heureuse mille et mille fois d'aimer si fort le Sauveur, d'être si fort aimée du Sauveur! Aimer le Fils de Dieu, c'est une grâce que les hommes ne reçoivent que de lui-même ; et parce que Marie est sa Mère, et qu'une mère aime naturellement ses enfants, ce qui est grâce pour tous les autres lui est comme passé en nature. D'autre part, être aimé du Fils de Dieu est une pure libéralité dont il daigne honorer les hommes : et parce qu'il est Fils de Marie, et qu'il n'y a point de fils qui ne soit obligé de chérir sa mère, ce qui est libéralité pour les autres à l'égard de la sainte Vierge devient une obligation. S'il l'aime de cette sorte, il faudra par nécessité qu'il lui donne. Il ne lui pourra donner autre chose que ses propres biens. Les biens du Fils de Dieu, ce sont les vertus et les grâces. C'est son sang innocent qui les fait inonder sur les hommes. Et à quel autre pensez-vous qu'il donnerait plus de part à son sang, qu'à celle dont il a tiré tout son sang ? Pour moi, il me semble que ce sang précieux prenait plaisir de ruisseler pour elle à gros bouillons sur hi croix, sentant bien qu'en elle était la source de la(juelle il était premièrement découlé. Davantage ('), ne savons-nous

I. Kdit. bien plus. — Nouvelle traduction en français moderne. Hossuet écrit:

d'av an taire.

l8o SUR LA NATIVITI-: DE LA SAINTE VIERGE.

pas (luc le Pcrc cternel ne peut s'empêcher d'aimer tout ce qui touche de près à son Fils? N'est-ce pas en sa personne que le ciel et la terre s'embrassent et se réconcilient? N'est-il pas le nœud éternel des affections de Dieu et des hommes ? N'est-ce pas là toute notre gloire, et le seul fondement de nos espérances ? Comment n'aimera-t-il donc pas la très heureuse Marie, qui vivra avec son Fils dans une société si parfaite ? Tout cela semble établi sur des maximes inébranlables. Mais d'autant que quelques-uns pourraient se persuader que cette sainte société n'a point d'autres liens que ceux de la chair et du sang, mettons la dernière main à l'ouvrage que nous avons commencé: faisons voir en ce lieu, comme nous l'avons promis, avec quels avantages la sainte Vierge est entrée dans l'alliance du Père éternel par sa maternité glorieuse.

TROISIÈME POINT

C'est ici le point le plus haut et le plus difficile de tout le discours d'aujourd'hui, pour lequel toutefois il ne sera pas besoin de beaucoup de paroles; parce que nos raisonnements précédents en facilitent l'entrée, et que ce ne sera que comme une suite de nos premières considérations. Or, pour vous expliquer ma pensée, j'ai à vous proposer une doctrine sur laquelle il est nécessaire d'aller avec retenue, de peur de tomber dans l'erreur ; et plût à Dieu que je pusse la déduire aussi nettement comme (') elle me semble solide. Voici donc de quelle façon je raisonne. Cet amour de la Vierge, dont je vous parlais tout à l'heure, ne s'arrêtait pas à la seule humanité de son Fils. Non, certes, il allait plus avant; et par l'humanité, comme par un moyen d'union, il passait à la nature divine, qui en est inséparable. C'est une haute théologie qu'il nous faut tâcher d'éclaircir par quelque chose plus intelligible. N'est-il pas vrai qu'une bonne mère aime tout ce qui touche la personne de son fils ? J'ai déjà dit cela bien des fois, et je ne le recommence pas sans raison.

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