‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 125 sur 296 · Var. qui pourra désavouer · texte numérisé non relu

Var. qui pourra désavouer

l82 SUR LA NATIVITÉ DE LA SAINTE VIERGE.

espérance, (luand nous considérons (]uc Jl^.sus, qui est homme tout ainsi que ncnis, est reconnu et aimé de Dieu comme son Fils propre.

Ne vous offensez pas, si je dis qu'il y a quelque chose de pareil dans l'affection de la sainte Vieri^e, et que son amour embrasse tout ensemble la divinité et l'humanité de son Fils,que la main puissante de Dieu a si bien u'.iies. Car Dieu, par un conseil admirable, ayant jugé à propos que la Vierge engendrât dans le temps celui qu'il engendre continuellement dans l'éternité, il l'a par ce moyen associée en quelque façon à sa génération éternelle. Fidèles, entendez ce mystère. C'est l'associer à sa génération, que de la faire mère d'un même Fils avec lui. Partant, puisqu'il l'a comme associée à sa génération éternelle, il était convenable qu'il coulât en même temps dans son sein quelque étincelle de cet amour infini qu'il a pour son Fils. Cela est bien digne de sa sagesse. Comme sa Providence dispose toute chose avec une justesse admirable, il fallait qu'il imprimât dans le cœur de la sainte Vierge une affection qui passât de bien loin la nature, et qui allât jusqu'au dernier degré de la grâce; afin qu'elle eût pour son Fils des sentiments dignes d'une Mère de Dieu, et dignes d'un Homme-Dieu.

Après cela, ô Marie, quand j'aurais l'esprit d'un ange et de la plus sublime hiérarchie, mes conceptions seraient trop ravalées pour comprendre l'union très parfaite du Père éternel avec vous. « Dieu a tant aimé le monde, dit notre Sauveur (''), qu'il lui a donné son Fils unique. » Et en effet, comme remarque l'Apôtre (^), «nous donnant son Fils, ne nous a-t-il pas donné toute sorte de biens avec lui ? » Que s'il nous a fait paraître une affection si sincère, parce qu'il nous l'a donné comme Maître et comme Sauveur, l'amour ineffable qu'il avait pour vous, lui a fait concevoir bien d'autres desseins en votre faveur. Il a ordonné qu'il fût à vous en la même qualité qu'il lui appartient ; et pour établir avec vous une société éternelle, il a voulu que vous fussiez la Mère de son Fils unique, et être le Père du vôtre. O prodige ! ô abîme de charité ! quel esprit ne se perdrait pas dans la considération de ces complaisances incompréhensibles qu'il a eues pour vous, depuis que vous lui touchez de si près par ce commun Fils, le nœud inviolable de votre sainte alliance, le gage de vos affections mutuelles, que vous vous êtes donné amoureusement l'un à l'autre : lui, plein d'une divinité impassible ; vous, revêtu, pour lui obéir, d'une chair mortelle (') ?]

Croissez donc, ô heureux enfant, croissez à la bonne heure ! Que le ciel propice puisse faire tomber sur votre tête

a.Joan.^ iii, i6. — b. Roin.^ viii, 32.

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