DE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE
prêché à Metz, le 4 octobre, 1652.
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C'est sous réserve que nous proposons cette date, n'ayant pu retrouver le manuscrit de ce discours. M. Lâchât (Xll, 353) prétend que deux passages lui révèlent la date de 1655. C'est en réalité à M. Floquet qu'il doit cette révélation, comme beaucoup d'autres. Mais les allusions à la guerre qui désolait le pays Messin, et à une récolte abondante (') que la l^rovidence accordait pour compenser tant de calamités, ne conviennent pas moins bien à 1652 qu'à 1655. Le ton et le style de l'œuvre, sa marche un peu incertaine, un reste de goût pour quelques formules naïves, en un mot tous les caractères particuliers d'une composition archaïque, me semblent réclamer la préférence pour la première de ces deux dates (^). On admirera dans cette œuvre, qui n'a rien d'académique, qui abonde au contraire en tours populaires, la vive sollicitude du jeune orateur pour les intérêts des pauvres.
Si qui s videtur iiiter vos sapiens esse iti hoc seculo, siultiis fiât lit sit sapiens.
S'il y a quelqu'un parmi vous qui paraisse sage selon le siède, qu'il devienne fou afin d'être sage (I Cor., m, 18).
LE Sauveur Jésus, chrétiens, a donné un ample sujet de discourir, mais d'une manière bien différente, à quatre sortes de personnes, aux Juifs, aux Gentils, aux hérétiques et aux fidèles. Les Juifs, qui étaient préoccupés de cette opinion si mal fondée, que le Messie viendrait au monde avec une pompe royale, prévenus de cette fausse croyance, se sont approchés du Sauveur : ils ont vu qu'il était réduit dans un entier dépouillement de tout ce qui peut frapper les sens, un homme pauvre, un homme sans faste et sans éclat : ils l'ont méprisé : « Jésus leur a été un scandale : "^ Jniùcis qui-
1. Dans les statistiques que donne M. Floquet (J\tudes..., I, 263, note 3\ je relève ce fait que le blé, qui en 1651 revenait à 32 fr. 15 centimes l'heclolitrc, ne coûtait plus en 1653 que 16 fr. 95 : cela suppose une véritable abondance pendant l'annde intermédiaire, 1652.
2. Cf Histoire critique de la J'rt'dication de lÙKssKet, p. 129.
190 PANT^('.VKT^^ÎT^ DK SAINT FRANÇOIS d'aSSISE.
dci)i scandaluiu, dit le grand Apôtre ("). Les Gentils, d'autre pari, (lui se croyaient les auteurs et les maîtres de la bonne philosophie, et qui depuis plusieurs siècles avaient vu briller au milieu d'eux les esprits les plus célèbres du monde, ont voulu examiner Jksus-Ciirist selon les maximes reçues parmi les savants de la terre ; mais, aussitôt qu'ils ont ouï parler d'un Dieu fait homme, qui avait vécu misérablement, qui était mort attaché (') à une croix, ils en ont fait un sujet de risée : « Jésus a été pour eux une folie : » Gentihis autem stultitiam, poursuit saint Paul.
Après eux sont venus d'autres hommes que l'on appelait dans l'Église manichéens et marcionites, tous feignant d'être chrétiens ; qui, trop émus des invectives sanglantes des Gentils contre le Fils de Dieu, l'ont voulu mettre à couvert des moqueries de ces idolâtres, mais d'une manière tout à fait contraire aux desseins de la bonté divine sur nous. Ces faiblesses de notre Dieu, pusillitates Dei, comme les appelait un ancien ('''), leur ont semblé trop honteuses pour les avouer franchement. Au lieu que les Gentils les exagéraient pour en faire une pièce de raillerie, ceux-ci au contraire tâchaient de les dissimuler, travaillant vainement à diminuer quelque chose des opprobres de l'Evangile, si utiles pour notre salut. Ils ont cru, avec les Gentils et les Juifs, qu'il était indigne d'un Dieu de prendre une chair comme la nôtre, et de se soumettre à tant de souffrances ; et, pour excuser ces bassesses, ils ont soutenu que son corps était imaginaire, et par conséquent que sa nativité, et ensuite sa Passion et sa mort étaient fantastiques et illusoires : en un mot, à les en croire, toute sa vie n'était qu'une représentation sans réalité. Sans doute les vérités de Jésus ont été un scandale à ces hérétiques, puisqu'ils ont fait un fantôme du sujet de notre espérance ; ils ont voulu être trop sages, et par ce moyen ont détruit, selon leur pouvoir, le déshonneur nécessaire de notre foi : Necessa7'iujn dedecus fidei^ dit le grave Tertullien (^).
a. I Cor.^ I, 23. — b. Tertull., Adv. Marcioii.^ lib. il, n. 27. — c. De avne Chr.y n. 5.