I. Var. pendu h une potence, — à un infâme gibet
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Mais les vrais serviteurs de Jésus-Christ n'ont point eu de ces délicatesses ni de ces vaines complaisances. Ils se sont bien gardés de croire les choses à demi, ni de rougir de l'ignominie de leur Maître. Ils n'ont point craint de faire éclater par toute la terre le scandale et la folie de la croix dans toute leur étendue : ils ont prédit aux Gentils que cette folie détruirait leur sagesse. Et quant à ces grandes absurdités que les païens trouvaient dans notre doctrine, nos pères ont répondu que les vérités évangéliques leur semblaient d'autant plus croyables, que selon la philosophie humaine elles paraissaient tout à fait impossibles : Proi'sus credibile est, quia ineptum est ;,,, certum est, quia impossibile est, disait autrefois TertuUien {^). Ainsi notre foi se plaît d'étourdir la sagesse humaine par des propositions hardies, où elle ne peut rien comprendre.
Depuis ce temps-là, mes frères, la folie est devenue une qualité honorable ; et l'apôtre saint Paul a publié, de la part de Dieu, cet édit que j'ai récité dans mon texte : « Si quelqu'un veut être sage, il faut nécessairement qu'il soit fou, » stultus fiât ut sit sapiens. C'est pourquoi ne vous étonnez pas si, ayant entrepris aujourd'hui le panégyrique de saint François, je ne fais autre chose que vous montrer sa folie, beaucoup plus estimable que toute la prudence du monde. Mais d'autant que la première et la plus grande folie, c'està-dire, la plus haute et la plus divine sagesse que l'Evangile nous prêche, c'est l'Incarnation du Sauveur, il ne sera pas hors de propos, pour prendre déjà quelque idée de ce que j'ai à vous dire, que vous fassiez réflexion sur cet auguste mystère, pendant que nous réciterons les paroles que l'Ange adressa à Marie lorsqu'il lui en apporta les nouvelles. Implorons donc l'assistance du Saint-Esprit par l'intercession de la sainte Vierge. Ave,
Cette orgueilleuse sagesse du siècle, cjui, ne pouvant comprendre la justice des voies de Dieu, emploie toutes ses fausses lumières à les contredire, se trouve merveilleusement confondue par la doctrine de TJ^vangile, et parles très saints
a. De carne Chr.^ n. 5.
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mystères du Sauveur Ji':sus. Déjà la toute-puissance divine avait commencé à lui faire sentir sa fail)lesse dès l'origine de l'univers, en lui proposant des énigmes indissolubles (') dans tous les ordres des créatures, et lui présentant le monde comme un sujet éternel de questions inutiles, qui ne seront jamais terminées par aucunes décisions. Et certes il était vraisemblable que ces grands et impénétrables secrets, qui bornent et resserrent si fort les connaissances de l'esprit humain, donneraient en même temps des limites à son orgueil. Toutefois, à notre malheur, il n'en est pas arrivé de la sorte, et en voici la cause qui me semble la plus apparente : c'est que la raison humaine, toujours téméraire et présomptueuse, ayant entrevu quelque petit jour dans les ouvrages de la nature, s'est imaginée découvrir quelque grande et merveilleuse lumière ; au lieu d'adorer son Créateur, elle s'est admirée elle-même. L'orgueil, comme vous savez, chrétiens, a cela de propre, qu'il prend son accroissement de luimême, si petits que puissent être ses commencements, parce qu'il enchérit toujours sur ses premières complaisances par ses flatteuses réflexions.
Ainsi l'homme, s'étant trop plu dans ces belles conceptions, s'est persuadé que tout l'ordre du monde devait aller selon ses maximes. Il s'est enfin lassé de suivre la conduite que Dieu lui avait prescrite, afin de le ramener à lui comme à son principe. Au contraire, il a voulu que la Divinité se réglât selon ses idées ; il s'est fait des dieux à sa mode, il a adoré ses ouvrages et ses fantaisies : et, s'étant évanoui, comme dit l'Apôtre (''), dans l'incertitude de ses pensées, lorsqu'il a cru se voir élevé au comble de la sagesse, il s'est précipité dans une extrême folie: Dicentes eni7n se esse sapientes, sUilti facti sunt (^').
C'est pourquoi cette sagesse éternelle qui prend plaisir de guérir ou de confondre la sagesse humaine, s'est sentie obligée de former de nouveaux desseins et de commencer un nouvel ordre de choses par Notre-Seigneur Jésus-Christ:
a. Rom., I, 21. — b. Rom., i, 22.
I. Nous dirions aujourd'hui insolubles. Mais Deforis doit avoir bien lu ici ; car le même mot se retrouvera dans le sermon sur la Loi de Dieu.
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et admirez, s'il vous plaît, la profondeur de ses jugements. Dans le premier ouvrage que Dieu nous avait proposé, qui est cette belle fabrique du monde, notre esprit y voyait d'abord des traits de sagesse infinie. Dans le second ouvrage, qui comprend la doctrine et la vie de notre Maître crucifié, il n'y découvre au premier aspect que folie et extravagance. Dans le premier, nous vous disions tout à l'heure que la raison humaine y avait compris quelque chose ; et, en étant devenue insolente, elle n'a pas voulu reconnaître celui qui lui donnait (') ses lumières. Dans le second dessein, qui est d'une tout autre excellence, toutes ses connaissances se perdent, elle ne sait du tout où se prendre ; et par là il faudra nécessairement, ou bien qu'elle se soumette à une raison plus haute, ou bien qu'elle soit confondue : et, de façon ou d'autre, la victoire demeurera à la sagesse divine (^).
Et c'est ce que nous apprenons par ce docte raisonnement de l'Apôtre. Notre Dieu, dit ce grand personnage, avait introduit l'homme dans ce bel édifice du monde, afin qu'en admirant l'artifice, il en adorât l'architecte. Cependant l'homme ne s'est pas servi de la sagesse que Dieu lui donnait, pour reconnaître son Créateur par les ouvrages de sa sagesse, ainsi que l'Apôtre nous le déclare : Qicia in Dei sapientia non cognovlt mitndus per sapientiam DeicDi (") : eh bien ! qu'en arrivera-t-il, saint Apôtre ? Pour cela, continuet-il. Dieu a posé cette loi éternelle, que dorénavant les croyants ne pussent être sauvés que par la folie de la prédication : Placuit Deo per stultitiam prœdicationis salvosjacere credenies {^'). A quoi te résoudras- tu donc, ô aveugle raison humaine ? Te voilà vivement pressée par cette sagesse pro-
a. I Cor.^ I, 21. — b. Ibid.