‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 129 sur 296 · Var. d'où lui venaient · texte numérisé non relu

Var. d'où lui venaient

2. Assurément ces considérations préliminaires sont un peu longues. Mais n'est-ce pas une chose admirable que de rencontrer dès maintenant l'ébauche de ces fortes pensées ([uc l'auteur, vingt-cinq ans plus tard, exprimera d"une façon si magistrale dans le Discours sur PHis/oire Universelle / \ Dieu a\ait introduit l'homme dans le monde, où, de ciucU[ue côté cju'il tournât les yeux, la sagesse du Créateur reluisait dans la grandeur, ilans la richesse et dans

la dispobition d'un si bel ouviage. L'homme cependant l'a méconnu in

ouvrui^e dojit il entendait la sas^es'ie ne l\i point touclu' ; un autre ouvra^^e tut est présenté^ on son raisonnement se perd^ et oit tout lui parait folie; âeit la croix de Ji-svs-CiiKisT. » (11^' partie, ch. XXV.)

Sermons lU: lios.Mict. 13

194 PANÉGYRIQUE DE SAINT FRANÇOIS d'aSSISE.

foiule, qui paraît à tes yeux sous une folie apparente. Je te vois, ce me semble, réduite à de merveilleuses extrémités, parce que de côté ou d'autre la folie t'est inévitable : car dans la croix de Notre-Seigneur, et dans toute la conduite de rÉvane^ile, les pensées de Dieu et les tiennes sont opposées entre elles avec une telle contrariété, que, si les unes sont sages, il faut par nécessité que les autres soient extravagantes.

Que ferons-nous ici, chrétiens .^ Si nous cédons à l'Évangile, toutes les maximes de prudence humaine nous déclarent fous et de la plus haute folie. Si nous osons accuser de folie la sagesse incompréhensible de Dieu, il faudra que nous soyons nous-mêmes des furieux et des démons. Ah ! plutôt démentons toutes nos maximes, désavouons toutes nos conséquences, plions sous le joug de la foi; et, dépouillant cette fausse sagesse dont nous sommes vainement enflés, devenons heureusement insensés pour l'amour de notre Sauveur, qui, étant la sagesse du Père, n'a pas dédaigné de passer pour fou en ce monde, afin de nous enseigner une prudence céleste : en un mot, s'il y a quelqu'un parmi nous qui prétende à la véritable sagesse, «qu'il soit fou afin d'être sage, » stultusfiat ut sit sapiens, dit le grand Apôtre (^).

La voilà, la voilà, chrétiens, cette illustre, cette généreuse, cette sage et triomphante folie du christianisme, qui dompte tout ce qui s'oppose à la science de Dieu, qui rend humble ou qui renverse invinciblement la raison humaine, et toujours en remporte une glorieuse victoire. La voilà, cette belle folie, qui doit être le seul ornement du panégyrique de saint François, selon que je vous l'ai promis, et qui fera aujourd'hui son éloge.

Pour cela vous remarquerez, s'il vous plaît, qu'il y a une convenance nécessaire entre les mœurs des chrétiens et la doctrine du christianisme. Cette folie apparente, qui est dans la parole du Fils de Dieu, doit passer par imitation dans la vie de ses serviteurs. Ils sont un Évangile vivant. L'Évangile qui est écrit dans nos livres, et celui que le Saint-Esprit daigne écrire dans l'âme des saints, que l'on peut lire dans

a. I Cor.^ ni, i8.

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