Var. qui deviennent pauvres, de crainte de le paraître
198 PANÉGYRIQUE DE SAINT FRANÇOIS d'aSSISE.
de contribuer de notre part quelque chose pour les secourir, c'est la moindre de nos pensées. Nous nous en déchargeons sur la miséricorde divine, ne considérant pas que c'est par nos mains et par notre ministère, que Dieu a résolu de leur faire cette miséricorde que nous leur souhaitons : tant il est vrai que personne ne se met en peine des pauvres ! Chacun s'inquiète, chacun s'empresse à servir les grands; et il n'y a que Dieu seul à qui les pauvres ne soient point à charge : Tibi de relie tus est !
Cela étant ainsi, comme l'expérience nous le fait voir, quand un homme accommodé dans le siècle, comme saint François, prend la résolution de se plaire dans les bassesses de la pauvreté, ne faut-il pas que ce soit une âme extrêmement touchée du mépris (') de tous ces biens imaginaires, qui remportent parmi nous un si grand applaudissement ? Le voyez-vous, chrétiens, François, ce riche marchand d'Assise, que son père a envoyé à Rome pour les affaires de son négoce, le voyez-vous qui s'entretient avec un pauvre au milieu des rues ? Eh Dieu ! qu'a de commun le négoce avec cette sorte de gens ? Quel marché veut-il faire avec ce pauvre homme ? Ah! l'admirable trafic, le riche et précieux échange! Il veut avoir l'habit de ce pauvre, et pour cela il lui donne le sien; et après, ravi d'avoir fait un si bel échange d'un habit honnête contre un autre tout déchiré, il paraît tout joyeux habillé en pauvre, pendant que le pauvre a peine à se reconnaître sous son habit de bourgeois.
Jésus, mon Sauveur, qui dites que l'on vous habille quand on couvre la nudité de vos pauvres, pourrais-je bien ici exprimer combien cette action vous fut agréable .^ L'histoire ecclésiastique m'apprend que saint Martin, votre serviteur, ayant donné la moitié de son manteau à un pauvre qui lui demandait l'aumône, vous lui apparûtes la nuit dans une vision merveilleuse, paré superbement de cette moitié de manteau, vous glorifiant en la présence de vos saints anges que Martin, encore catéchumène, vous avait donné cet habit. Me permettrez-vous, ô mon Maître, une parole familière, que j'ose ici avancer en suite de ce que vous dites vous-