‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 139 sur 296 · SERMON ESQUISSÉ · texte numérisé non relu

SERMON ESQUISSÉ

SUR «L'ÉVANGILE des ZIZANIES (■)'> ;

17 novembre, 1652 ; chez les Sœurs de la

Sinite utraqtie crescere iisqiie ad tnessetn. (Matth., XIII, 30.)

TOUT autant que nous sommes de chrétiens, nous sommes de pauvres bannis, qui, étant relégués bien loin de notre chère patrie, sommes contraints de passer cette vie mortelle dans un pèlerinage continuel, déplorant sans cesse la misère de notre péché qui nous a fait perdre la douceur et la liberté de notre air natal, seul capable de réparer nos forces perdues et de rétablir notre santé presque désespérée. Cependant, mes très chères sœurs, ce qui adoucit 1rs ennuis

1. Mss. I282i,f. 369-377. C'est dans les éditions le sermon pour le \'' dimanche après l'Epiphanie. En 1653, il était renvoyé, comme il arrive souvent, h la suite des XXIV dimanches après la Pentecôte {Dominica \" quœ superfuit post Epiphaiiiavi).

2. Ce sommaire, qui a échappé aux investi^^■ltions de Lâchât, se trouve joint à celui du 1'^ sermon sur la Providence (1656). — (^.I/jj-. 12824, f 1 19. v'\) - Gandar l'a donné, mais en y faisant une curieuse faute de lecture : < jKSl'S au milieu de sa gloire, >'> au lieu de : « Jérus[alcm] au milieu de lîahylonc. » {Choix de Sermons^ p. loi, note 5.)

2i8 SUR l'Évangile des zizanies.

et les incommodités de notre exil, ce sont les lettres que nous recevons de notre ]:)icnheureuse patrie : vous entendez bien que c'est du ciel que je parle. Ces lettres, ce sont les Écritures divines, que notre Père céleste nous adresse par le ministère de ses saints prophètes et de ses apôtres, et même par son cher Fils, qu'il a envoyé sur la terre pour nous apporter ici -bas des nouvelles de notre pays, et nous donner l'espérance d'un prompt et heureux retour. De sorte que si nous désirons ardemment de voir cette glorieuse cité dont nous devons être les habitants, si nous sommes vivement touchés de l'amour de notre patrie, où notre bon Père nous conserve un grand et éternel héritage : toute notre consolation doit être de lire ces lettres ; nous en devons baiser mille et mille fois les sacrés caractères, et surtout nous en devons nuit et jour ruminer le sens. C'est pourquoi le prophète David chantait à son Dieu, parmi des soupirs amoureux : « O Seigneur, voyez que je suis étranger sur la terre : du moins ne me refusez pas cette unique consolation de méditer votre sainte parole : » Incola ego stuii in ter^ra, non abscondas a me ijiandata tua (''). Ainsi je ne m'étonne pas, mes très chères sœurs, si vous avez une telle avidité d'entendre la parole de Dieu. C'est un effet de ce pieux gémissement que le Saint- Esprit inspire en vos âmes, les sollicitant par de saints désirs. Je m'estimerais bienheureux si je pouvais contribuer quelque chose à satisfaire ces pieux désirs. Ecoutez, écoutez, mes sœurs, les paroles du saint Evangile ; et si je vous semble peu de chose, comme en effet je ne suis rien, songez que c'est la voix de votre Epoux que vous entendez par ma bouche.

[Le royaume (') des cieux est semblable (/-) à un homme qui avait semé de bon grain dans son champ. Mais pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint, et sema de l'ivraie au milieu du blé, et s'en alla. L'herbe ayant donc poussé, et étant montée en épi, l'ivraie commença aussi à paraître. Alors les serviteurs du Père de famille vinrent lui dire : Seigneur, n'avez-vous pas semé de bon grain dans votre champ? d'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ? Il leur répondit : C'est l'homme ennemi qui l'y a semée. Et ses serviteurs lui dirent :

a. Ps., cxvni, 19. — b. Matth.^ xni, 24 et seq.

I. Le ms. contient seulement cette indication : « Le narré de la parabole. »

SUR l'Évangile des zizanies. 219

Voulez-vous que nous allions l'arracher ? Non, leur répondit-îl, de peur qu'en arrachant l'iv^'aie, vous ne déraciniez en même temps le bon grain (').]

Ce grand Père de famille, c'est Dieu qui a répandu de [p. 2] tous côtés sur les hommes ses vérités, comme une semence céleste, qui devait fructifier en bonnes œuvres pour la vie éternelle. Il avait commencé à jeter cette précieuse semence dans l'esprit de l'homme, l'introduisant dans ce paradis de délices, où tout ce qui se présentait à ses yeux ne lui parlait que de son Créateur. Mais pendant qu'il s'endormait dans la considération de ses propres dons, oubliant insensiblement son auteur, auquel seul il doit veiller, et «déçu de la douceur de sa liberté charmante, » sua in œternum libertate deceptus (^\ le serpent frauduleux qui lui parlait au dehors, fit couler intérieurement dans son cœur le venin subtil et délicat de la vaine gloire. Animé de ce bon succès, il n'a cessé de jeter autant qu'il a pu les semences du vice et du désordre, partout où il a vu que la munificence divine répandait celles de ses grâces. Si bien que, par ses artifices, le bon et le mauvais grain, c'est-à-dire, les bons et les mauvais, se sont trouvés mêlés ensemble dans le même champ, c'est-à-dire, ou bien dans le monde, comme Notre-Seigneur l'interprète, ou [dans] la sainte Eglise, comme je le pourrais justifier aisément par d'autres endroits de l'Ecriture. Là-dessus quelques faux zélés se sont élevés, qui ont trouvé ce mélange insupportable: il leur a semblé que la justice divine devait incontinent exterminer les impies, et ouvrir sous eux les plus noirs abîmes pour les engloutir. Mais notre sage Père de famille ne défère pas à leur zèle inconsidéré et superbe : il ordonne que l'on les laisse croître jusques à la moisson, c'est-à-dire, à la fin des siècles : et alors il enverra ses saints anges pour faire cette dernière et éternelle séparation, par laquelle les méchants, séparés pour jamais de la compagnie des bons, seront jetés dans la llamme, pendant (|ue la troupe des justes, toute pure et tout éclatante, fera voir dans le royaume de Dieu autant de soleils (|ue de saints. C'est 1 in-

a. Innocent I, Ep. XXIV, ad Conc. Carth. 1. Traduction des anciens éditeurs.

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terprétation de notre parabole. [Méditons] l'intention de Notre-Seigneur en deux réllexions : la première sur le mélan^^e, la seconde sur la séparation des bons et des mauvais.

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