‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 141 sur 296 · I. Edit. en cette vie où. (Erreur de lecture · texte numérisé non relu

I. Edit. en cette vie où. (Erreur de lecture

SUR l'Évangile des zizanies. 22

très chères sœurs, que dans une grande maison ce que l'on réserve aux enfants est toujours le plus précieux, et que ce que les serviteurs peuvent avoir de commun avec r.ux est toujours le moins important. Nous sommes les enfants de Dieu, et les méchants n'ont pas seulement l'honneur de pouvoir être nommés ses esclaves : ce sont ses ennemis et les victimes de sa fureur. Et néanmoins les plaisirs et les grands avantages [p. 8 ] après lesquels les mortels abusés ne cessent de soupirer, sont presque pour l'ordinaire en la possession des méchants. Souhaitez-vous des richesses? vous n'en aurez jamais plus que Crésus ; les délices? vous n'en aurez jamais plus que Sardanapale ; le pouvoir? vous n'en aurez jamais plus que Néron, Caligula, ces monstres du genre humain, et néanmoins les maîtres du monde. Où est-ce que l'éloquence, la sagesse mondaine, le crédit des bonnes arts (') a été plus grand que dans l'empire romain? C'étaient des idolâtres... Partant, que l'ami de Jésus, s'il prétend à quelque chose de plus que les ennemis de Jésus, vive avec la grâce de Dieu dans l'attente d'une plus grande félicité. O sainte paix de Sion! ô égalité des anges! ô divine Jérusalem, où il n'y a point de séditieux, point de fourbes, point de malfaiteurs; où il n'y a que des gens de bien, des amis et des frères! ô heureuse égalité des anges ! ô sainte compagnie, où Dieu régnera en paix, où nul ne blasphémera son saint nom, nul ne contreviendra à ses ordonnances! ô sainte Sion, oii toutes choses sont stables! Eh Dieu! qui nous a jetés dans ce Hux et reHux de choses humaines? qui nous [aj précipités dans cet abîme et cette mer agitée de tant de tempêtes? Quand retournerai-je à vous, ô Sion? quand verrai-je vos belles murailles, et vos fontaines d'eaux vives qui sont la félicité éternelle, et votre temple qui est Dieu même, et votre lumière qui est l'Agneau (')?

1. Deforis corrige : « beaux-arts ». Mais Bossiiet, h cette date, gardait encore l'expression latine, et dans cette locution faisait arl du tcniinin : bona- artcSy les bonnes arts. Il disait aussi comme nous : v< les bonnes lettres. »

2. Four compléter sa pensée, liossuet transcrit les paroles suivantes de saint Augustin : Pccuniavi vis a Deo? Iiabet et latro. L'xonntJ'œiUmiitatt'fnjiliorum^ salntcm corporis^ dig/titaiem sœculi / attende quant mttUi inali habcnt. lioi est tôt 11 ni propter quod eioii enl/s / i\u(ahunt pede^ tiu\ /tutabis te sine eaum coUrCy

Sermons de |{os>;ut.t. 15

2 26 SUR l'i':van(;il1': dks /i/.aniks.

[seconde réflexion.]

[P. 9] Cette séparation, mes très chères sœurs, a divers degrés. Premièrement, les élus sont déjà séparés dans la prédestination éternelle: même dans la contagion du siècle,même dans cette masse de corruption où le monde semble les envelopper dans une commune confusion, Dieu les a déjà discernés: « Dieu sait ceux qui sont à lui : » Cognovit Dominusqui S2int ejus{^)\ il les connaît par nom et par surnom: Proprias oves vocat fiominatini C'). 11 en a un rôle (') dans son cabinet; ils sont écrits dans son livre. O joie! ô bonheur incroyable! aimables; brebis de Jésus, quelque part 011 vous erriez dans les chemins détournés de ce siècle, l'œil de votre Pasteur est sur vous ; il vous sépare des autres, non point de corps, mais de cœur; il vous sépare par de saints désirs et par une bienheureuse espérance. Les affections, mes sœurs, ce sont comme les pas de l'âme; c'est par elles qu'elle se remue. Ainsi les enfants de lumière, mêlés ici-bas parmi les enfants des ténèbres, en sortent par de saintes et célestes affections. Ils sont en ce monde,mais leur amour en est détaché. Dieu, qui les a mêlés avec ses ennemis, ne cesse de les en séparer peu à peu par une opération toute-puissante. Il purifie leurs intentions, il les démêle insensiblement des embarras de la terre. Comme ils sont dans un corps mortel, et que néanmoins ils vivent en quelque sorte détachés du corps, et que Dieu rompt peu à peu leurs liens, ainsi que dit l'apôtre saint Paul (^), que « vivant dans la chair, nous ne vivons pas selon la chair ; » de même, bien qu'ils soient parmi les méchants, leur façon de vivre les discerne d'eux.

a. II Tim.^ Il, 19. — b.Joaii.^ X, 3. — ^.11 Cor.^ X, 3.

qiiaiido in eis vides ista qui euin non colunt ? Ergo ista dat omnia etiam nialis^ se soliim servat bonis. (S. Aug., in Psal. Lxxix, n. 4.)

Vivijicabis nos., innovabis nos, viiam interioris homi7Ùs dabis nobis^ et « nomen tiium invocabimus : » idcsi, te diligemus. Tu nobis dulcis eris remissor peccatorum nostrorum^ tu eris tottim prœinimn justificatorimt. <i Domine., Deus virtutu7n^ cojtverte nos; ostende/aciem tuam., et suivi erimus. » (Ibid.) — Deforis traduit ces textes, et les introduit, partie au commencement, partie à la fin de cet alinéa.

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