Plusieurs expressions de l'exorde semblent l'insinuer
3. Donné par Lâchât (XI, i), mais avec des erreurs et des omissions.
Seigneur. Demain luira au monde cette sainte et bienheureuse journée en laquelle l'âme de Marie, cette âme prédestinée à la plénitude des grâces, et au plus haut degré de la gloire, fut premièrement unie à son corps, mais à un corps dont la pureté, qui ne trouve rien de semblable, même parmi les esprits angéliques, attirera quelque jour sur la terre le chaste Époux des âmes fidèles. Il est donc bien juste, mes frères, que nous passions cette solennité avec une joie toute spirituelle. Loin de cette conception les gémissements et les pleurs qui doivent accompagner les conceptions ordinaires! Celle-ci est toute pure et toute innocente. Non, non, ne le croyez pas, chrétiens, que la corruption générale de notre nature ait violé la pureté de la Mère que Dieu destinait à son Fils unique. C'est ce que je me propose de vous faire voir dans cette méditation, dans laquelle je vous avoue que je ne suis pas sans crainte. De tant de diverses matières que l'on a accoutumé de traiter dans les assemblées ecclésiastiques, celle-ci est sans doute la plus délicate. Outre la difficulté du sujet, qui fait certainement de la peine aux plus habiles prédicateurs, l'Eglise nous ordonne de plus une grande circonspection et une retenue extraordinaire. Si j'en dis peu, je prévois que votre piété n'en sera pas satisfaite. Que si j'en dis beaucoup, peut-être sortirai-je des bornes que les saints canons me prescrivent. Je ne sais quel instinct me pousse à vous assurer que cette conception est sans tache, et je n'ose vous l'assurer d'une certitude infaillil)le. Il faudra tenir un milieu qui sera peut-être un peu difficile. Disons néanmoins, chrétiens, disons à la gloire de Dieu, que la [p. 2] bienheureuse Marie n'a pas ressenti les atteintes du péché commun de notre nature ; disons-le, autant que nous pourrons, avec force : mais disons toutefois avec un si juste tempérament, que nous ne nous éloignions pas de la modestie. Ainsi, les fidèles seront contents; ainsi FEorlisc sera obéie. Nous satisferons tout ensemble à la tendre piété des enfants, et aux saoes rèi^lements de la mère.
Il y a certaines propositions étranges et difficiles, cjui, pour être persuadées, demandent (\[\r. l'on (.!m[)loicî tous les efforts du raisonnement et toutes k;s inventions de la rhélo-
rique. Au coiitniire il y en a d'autres qui jettent au premier aspect un certain éclat dans les âmes, qui fait que souvent on les aime avant même que de les connaître. De telles propositions n'ont pas presque besoin de preuves. Qu'on lève seulement les obstacles, que l'on éclaircisse les objections {'), l'esprit s'y portera de soi-même, et d'un mouvement volontaire. Je mets en ce rang celle que j'ai à établir aujourd'hui. Que la conception de la Mère de Dieu ait eu quelque privilèo-e extraordinaire, que son Fils tout-puissant l'ait voulu préserver de cette peste commune qui corrompt toutes nos facultés, qui gâte jusquau fond de nos âmes, qui va porter la mort jusqu'à la source de notre vie, qui ne le croirait, chrétiens? qui ne donnerait de bon cœur son consentement à une opinion si plausible? Mais il y a, dit-on, beaucoup d'objections importantes, qui ont ému de grands personnages. Eh bien! pour satisfaire les âmes pieuses, tâchons de résoudre ces objections: par ce moyen j'aurai fait la meilleure partie de ma preuve. Après cela, sans doute il ne sera pas nécessaire de vous presser davantage: sitôt que vous aurez vu les difficultés expliquées, vous croirez volontiers que le péché originel n'a pas touché à Marie. Que dis-je, vous le croirez? vous en êtes déjà convaincus ; et tout ce que j'ai à vous dire ne servira qu'à vous confirmer dans cette pieuse créance.
PREMIER POINT (^)
[P. 3] Il n'est pas, ce me semble, fort nécessaire d'exposer ici une vérité qui ne doit être ignorée de personne. Vous le savez, fidèles, qu'Adam notre premier père, s'étant élevé contre Dieu, il perdit aussitôt l'empire naturel qu'il avait sur ses appétits. La désobéissance fut vengée par une autre désobéissance (^). Il sentit une rébellion à laquelle il ne s'attendait pas ; et la partie inférieure s'étant inopinément soulevée contre la raison, il resta tout confus de ce qu'il ne
1. Les éditeurs ajoutent: «s'il s'en présente quelques-unes.» — Ces mots sont effacés au manuscrit.
2. En réalité, ce discours n'a qu'un point, suivi d'une conclusion. Nous maintenons toutefois le titre apposé ici par les premiers éditeurs, en raison de l'avantage qu'il a de séparer l'exorde d'avec le corps du discours.