Var, par la désobéissance
pouvait la réduire. Mais ce qui est de plus déplorable, c'est que ces convoitises brutales qui s'élèvent dans nos sens, à la confusion de l'esprit, aient si grande part à notre naissance. De là vient qu'elle a je ne sais quoi de honteux, à cause que nous venons tous de ces appétits déréglés qui firent rougir notre premier père. Comprenez, s'il vous plaît, ces vérités, et épargnez-moi la pudeur de repasser encore une fois sur des choses si pleines d'ignominie, et toutefois sans lesquelles il est impossible que vous entendiez ce que c'est que le péché d'origine : car c'est par ces canaux que le venin et la peste se coulent dans notre nature. Oui nous engendre, nous tue. Nous recevons en même temps et de la même racine et la vie du corps, et la mort de l'âme. La masse de laquelle (') nous sommes formés étant infectée dans sa source, elle empoisonne notre âme par sa funeste contagion. C'est pourquoi le Sauveur Jésus, voulant comme toucher au doigt la cause de notre mal, dit (en saint Jean, chapitre m) que « ce qui naît de la chair est chair:» Oîiod natum est ex carne, caro est. La chair en cet endroit, selon la phrase de l'Ecriture, signifie la concupiscence. C'est donc comme si notre Maître avait dit plus expressément : O vous, hommes misérables, qui naissez de cette révolte et de ces inclinations corrompues qui s'opposent à la loi de Dieu, vous naissez par conséquent rebelles contre lui et ses ennemis : Qtwd nattcm est ex carne, caro est. Tel est le raisonnement (") de Notre-Seigneur ; et c'est ainsi, si je ne me trompe, que l'explique saint Augustin (''), celui qui de tous les Pères a le mieux entendu les maladies de notre nature.
[P. 4] Que dirons-nous donc maintenant de la bienheureuse Marie ? Il est vrai qu'elle a conçu étant vierge ; mais elle n'a pas été conçue d'une vierge. Cet honneur n'appartient qu'à son Fils. Pour elle, dont la conception s'est faite par les voies ordinaires, comment évitera-t-elle la corruption qui y est inséparablement attachée ? Car enfin l'Apôtre saint Paul parle en termes si universels de cette commune malc-
a. hijoan. Tract. XI l.