‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 145 sur 296 · I. Var. dont · texte numérisé non relu

I. Var. dont

. 2. * Correction de date postérieure (vers 1665) : « Telle est la pensée... >

diction de toute notre nature, que ses paroles semblent ne pouvoir souffrir aucune limitation. « Tous ont péché, dit-il ; et tous sont morts en Adam, et tous ont péché en Adam (''). » Et il y a beaucoup d'autres paroles semblables, non moins forte*; ni moins générales. Où chercherons-nous donc un asile à la bienheureuse Marie, où nous puissions la mettre à couvert d'une condamnation si universelle ? Ce sera entre les bras de son Fils, ce sera dans la toute-puissance divine, ce sera dans cette source infinie de miséricorde qui jamais ne peut être épuisée. Vous avez, ce me semble, bien compris la difficulté. Je l'ai proposée dans toute sa force ou du moins selon mon pouvoir. Écoutez maintenant la réponse, et suivez attentivement ma pensée. Je dirai les choses en peu de mots, parce que je vois que je parle ici à des personnes intelligentes.

Certes il faut l'avouer, chrétiens : Marie était perdue tout ainsi que les autres hommes, si le Médecin miséricordieux, qui donne la guérison à nos maladies, n'eût jugé à propos de la prévenir de ses grâces. Ce péché, qui, ainsi qu'un torrent, se déborde sur tous les hommes, allait gâter cette sainte Vierge de ses ondes empoisonnées. Mais il n'y a point de cours si impétueux que la toute-puissance divine n'arrête quand il lui plaît. Considérez le soleil, avec quelle impétuosité il parcourt cette immense carrière qui lui a été ouverte par la Providence. Cependant vous n'ignorez pas que Dieu ne l'ait ûxé autrefois au milieu du ciel, à la seule parole d'un homme. Ceux qui habitent près du Jourdain, ce fleuve célèbre de la Palestine, savent avec quelle rapidité il se décharge dans la mer Morte ('), du moins si je ne me trompe [p. 5] dans la description de ces lieux. Néanmoins toute l'armée d'Israël l'a vu remonter à sa source, pour faire passage à l'Arche où reposait le Seigneur tout-puissant. Est-il rien de plus naturel que cette influence de chaleur dévorante qui sort du feu dans une fournaise ? Et l'impie Nabuchodonosor

a. Rom.^ V, 12.

I. C'était d'abord (i dans la mer Noire » que Bossuet faisait se jeter <î le Jordain », comme il écrivait et prononçait à cette date reculée. On comprend qu'il ajoutât : « du moins, si je ne me trompe, etc. » Il a d'ailleurs corrigé lui-même postérieurement, sans effacer la précaution oratoire.

n'a-t-il pas admiré trois bénis enfants qui se jouaient au milieu des flammes, que ses satellites impitoyables avaient vainement irritées ? Nonobstant tous ces exemples illustres, ne peut-on pas dire véritablement qu'il n'y a point de feu qui ne brûle, et que le soleil roule dans les cieux d'un mouvement éternel, et qu'il ne se rencontre aucun fleuve qui retourne jamais à sa source ? Nous tenons tous les jours de semblables propos, sans que nous (') en soyons empêchés par ces fameux exemples, bien qu'ils ne soient ignorés de personne. Et d'où vient cela, chrétiens ? C'est que nous avons accoutumé de parler selon le cours ordinaire des choses; et Dieu se plaît d'agir quelquefois selon les lois de sa toutepuissance, qui est au-dessus de tous nos discours.

Ainsi je ne m'étonne pas que le grand apôtre saint Paul ait prononcé si généralement, que le péché de notre premier père a fait mourir tous ses descendants. En effet, selon la suite naturelle des choses que l'Apôtre considérait en ce lieu, être né de la race d'Adam à la façon ordinaire enfermait infailliblement le péché. Il n'est pas plus naturel au feu de brûler, qu'à cette damnable concupiscence d'infecter tout ce qu'elle touche, d'y porter la corruption et la mort. Il n'est (^) point de poison plus présent, ni de peste plus pénétrante. Mais je dis que (^) ces malédictions si universelles, que toutes ces propositions, si générales qu'elles puissent être, n'empêchent pas les réserves que peut faire le Souverain, ni les coups d'autorité absolue. Et quand est-ce, ô grand Dieu, que vous userez plus à propos de cette puissance (|iii n'a [)oint de bornes, et qui est sa loi elle-même; quand est-ce que vous en userez, sinon [p. 6] pour faire grâce à Marie ?

Je sais bien que quelques docteurs assurent (jue c'est imprudence de vouloir apporter quelques restrictions à des paroles si générales. Cela, disent-ils. tire à conséquence. Mais, ô mon Sauveur, quelle conséquence ! Pesez, s'il vous plaît, ce raisonnement. Ces conséquences ne sont ?i craiiulre qu'où il y peut avoir quelque sorte d'égalité. Par exemple, vous

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