‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 191 sur 296 · I. Var. insinue. — 2. Var. dangereux · texte numérisé non relu

I. Var. insinue. — 2. Var. dangereux

famine et de guerre. Sa malice est spirituelle et ingénieuse ; il trompe les plus déliés. Sa haine désespérée et sa longue expérience le rendent de plus en plus inventif: il se change en toutes sortes de formes ; et cet esprit si beau, orné de tant de connaissances si ravissantes, parmi tant de merveilleuses conceptions n'estime et ne chérit que celles qui lui servent à renverser l'homme : Operatio eoruni est Jiominis eversio (f).

Voulez-vous, pour une plus ample confirmation, que je vous fasse voir en raccourci dans notre évangile tout ce que je viens de vous dire ? Il transporte le Fils de Dieu sur le pinacle du temple ; il lui représente en un seul instant tous les royaumes du monde. Qui n'admirerait sa puissance ^, Et le Fils de Dieu le permet de la sorte, afin que nous comprenions ce qu'il pourrait faire sur nous, si Dieu nous abandonnait à sa violence. Jugez, s'il vous plaît, de sa haine et de son orgueil tout ensemble par le conseil qu'il donne à notre Sauveur, de se prosterner à ses pieds et de l'adorer : conseil pernicieux et insolence inouïe. D'ailleurs pouvait-il prendre un dessein plus plausible à l'égard de Notre-Seigneur, que de le tenter de gourmandise après un jeûne de quarante jours, et de vaine gloire après une action d'une patience héroïque ^ Ce sont ses finesses et ses artifices. Mais ce qui nous paraît plus évidemment, est son opiniâtreté. Surmonté par trois fois, il ne peut encore perdre courage : Recessit ab illo usque ad tempiis (^'), remarque le texte sacré : « Il le laisse, dit-il, pour un temps : » non point fatigué ni désespérant de le vaincre, mais attendant une heure plus propre et une occasion plus pressante : jcsqtce ad tempus, O Dieu ! que dirons-nous ici, chrétiens ? Si une résistance si vigoureuse ne ralentit pas sa fureur, quand pourrons-nous espérer de trêve avec lui ? Et si la guerre est continuelle, si cet ennemi irréconciliable veille sans cesse à notre ruine, comment pourrons-nous résister, faibles et impuissants que nous sommes? Toutefois, fidèles, ne le craignez pas. Cet ennemi redoutable, il redoute lui-même les chrétiens. Il tremble au seul nom de Jésus ; et, malgré son orgueil et

a. Tertull., Apolog.^ n. 22, — b. Luc.^ iv, 13.

son arrogance, il est forcé par une secrète vertu de respecter ceux qui portent sa marque : c'est ce que vous allez voir par un beau passage du grand Tertullien ('). d'où je tirerai une instruction importante, qui sera le fruit de tout ce discours. Le grave Tertullien, dans ce merveilleux Apologétique qu'il a fait pour la religion chrétienne, avance une proposition bien hardie aux juges de l'empire romain, qui procédaient contre les chrétiens avec une telle inhumanité (''). Après leur avoir reproché que tous leurs dieux c'étaient des démons, il leur donne le moyen de s'en éclaircir par une expérience bien convaincante. Que l'on produise, dit-il, devant vos tribunaux (je ne veux pas que ce soit une chose cachée), devant vos tribunaux et à la face de tout le monde ; que l'on produise un homme notoirement possédé du diable (il dit notoirement possédé, et que ce soit une chose constante) : après, que l'on fasse venir quelque fidèle : qu'il commande à cet esprit de parler : s'il ne vous dit tout ouvertement ce qu'il est, s'il n'avoue publiquement que lui et ses compagnons sont les dieux que vous adorez; si, dis-je, il n'avoue ces choses,n'osant mentir à un chrétien, là même sans différer, sans aucune nouvelle procédure, faites mourir ce chrétien impudent, qui n'aura pu soutenir par l'effet une promesse si extraordinaire. Ah ! mes frères, quelle joie à des chrétiens d'entendre une telle proposition faite si hautement et avec une telle énergie par un homme si posé et si sérieux, et vraisemblablement de l'avis de toute l'Eglise, dont il soutenait l'innocence ! Quoi donc ! cet esprit trompeur et ce père de mensonge n'ose mentir à un chrétien ; devant un chrétien ce front de fer s'amollit, et, forcé par la parole d'un fidèle, il dépose son impudence ; et les chrétiens sont si assurés de le faire obéir, qu'ils s'y engagent au péril de leur vie, en présence de leurs propres juges ! Eh ! pourquoi craindrions-nous un ennemi si faible et si impuissant? C'est la même foi que nous professons, c'est le même Jésus que nous adorons, c'est la même parole de Dieu que nous avons toujours à la bouche : et si le diable

a. Apolog.^ n. 23.

I. Var. du grave Tertullien. — M s. Tertullian, /«jjz'w. — Première rédaction effacée : « par lequel je m'en vais entrer dans la troisième partie, c'est-à-dire dans la partie la plus morale et la plus fructueuse de ce discours. >>

est puissant contre nous, il ne le faut attribuer qu'au dérèglement de nos mœurs, qu'à notre vie toute séculière et toute païenne, qu'à la dureté de nos cœurs pour les saintes v^érités du christianisme. C'est pourquoi je ne m'étonne pas si le diable nous est dépeint dans les Ecritures tantôt fort et tantôt faible. « C'est un lion rugissant, » dit saint Pierre ('') : y a-til rien de plus terrible ? « Mais, dit saint Jacques (^), résistezlui, et il s'enfuira :» se peut-il une plus grande faiblesse ? En effet il n'est fort, chrétiens, que par notre lâche condescendance ; et si, au lieu de lui tendre les mains volontairement, nous avions soin de les fortifier par les armes que Jésus notre Maître nous a données, ce loup affamé avec sa rage et ses artifices n'aurait qu'une fureur inutile. Et pour vous dire des choses convenables au temps où nous sommes, le jeûne, mes frères, le jeûne célébré selon l'intention de l'Eglise, c'est un rempart invincible contre ses attaques.

Vous me direz peut-être que c'est dans le jeûne qu'il présente le combat au Sauveur avec une plus grande furie. Mais prenez garde, mes frères : si c'est dans le jeûne que cet ennemi fait ses efforts les plus redoutables, c'est aussi dans le jeûne que Jésus notre capitaine a daigné nous faire paraître sa victoire la plus glorieuse : pour nous apprendre, par son exemple, que ce sera toujours en vain que le diable entreprendra contre nous, quand nous serons armés par le jeûne et par l'abstinence.

Et pour vous en convaincre davantage, remettez, s'il vous plaît, en votre mémoire, ce que je vous disais tout à l'heure, que c'est une envie furieuse qui enfiamme les démons contre nous. Ils voient qu'étant leurs inférieurs [)ar nature, nous les passons de beaucoup par la grâce ; ils ne sauraient considérer, sans un déplaisir extrême, que dans des membres mortels nous puissions par la miséricorde divine approcher de la pureté des substances incorporelles. Et comme ce qui élève les bons chrétiens presque à l'égalité des saints anges, c'est que, dédaignant le commerce du corps, ils conversent en esprit dans le ciel, ces malins et ces envieux n(î tâchent qu'à les abîmer dans la chair, afin d'en faire des bctes brutes ; ;iu

a. I Peu:, v, 8. — b.Jac, IV, J. — Ms. t dit le même s. Pierre. » (Distraction.)

lieu qu'en s'élevant au-dessus de cette masse du corps, ils entrent en société avec les intelligences célestes. C'est pourquoi la sainte Église de Dieu, voulant purifier nos âmes de l'attachement excessif qu'elles ont au corps, nous ordonne une salutaire abstinence. Ce que nous perdons pour la chair, nous le gagnons pour l'esprit. Le jeûne fortifie et engraisse l'àme ; et autant que nous assujettissons nos corps par la mortification et la pénitence, autant diminuons-nous les forces de notre irréconciliable ennemi.

Par conséquent, mes frères, embrassons avec grand courage cette pénitence de quarante jours pour les péchés de toute l'année. Certes, puisque nous offensons tous les jours, aucun moment de notre vie ne devrait être exempt de l'exercice de la pénitence. Mais puisque la sainte Eglise a choisi particulièrement ce temps pour nous recueillir en nous-mêmes, faisons pénitence sans murmurer. Ne nous plaignons pas des incommodités du carême. C'est par la mortification et la patience, et non pas par les voluptés et par les délices, que nous désarmerons et le diable et ses satellites. Et que ne dirai-je donc point de ces délicats, à qui la moindre peine fait tomber incontinent le courage ; qui par des excuses frivoles méprisent l'observation d'un jeûne si universel, ou bien qui vivent de sorte que s'ils jeûnent de corps, ils abhorrent le jeûne en esprit ?

O ignorance ! ô brutalité ! Dieu par sa miséricorde, mes frères, nous donne de meilleurs sentiments! Jeûnons et d'esprit et de corps. Comme nous ôtons pour un temps à notre corps sa nourriture ordinaire, ôtons aussi à notre âme les vanités dont nous la repaissons tous les jours : retirons-nous un peu des conversations et des divertissements mondains : modérons et nos ris et nos jeux. C'est là le vrai jeûne de l'âme, qui lui fait trouver une nourriture solide dans la méditation des choses célestes. Sanctifions le jeûne par l'oraison, purifions l'oraison par le jeûne. L'oraison est plus pure qui vient d'un corps exténué et d'une âme dégoûtée des plaisirs sensibles. Ainsi nous serons terribles aux diables. Voyez les petits enfants : quand il leur parait quelque chose qui leur semble hideux et terrible, aussitôt ils se cachent au sein de

leur mère. Ainsi considérons, chrétiens, cette bête farouche qui nous menace ; jetons-nous par l'oraison entre les bras de notre bon Père : nous serons à couvert et en assurance. Nous verrons notre ancien ennemi consumer sa rage par de vains efforts ; et soulevés sur ces deux ailes du jeûne et de l'oraison, que nous soutiendrons par l'aumône, au lieu de succomber aux attaques des esprits rebelles et dévoyés, nous irons remplir les places qu'ils ont laissées vacantes au ciel par leur infâme désertion. Dieu nous en fasse la grâce ! Amen.

Sur la RECONCILIATION (■),

V^ dimanche après la Pentecôte, 1653.

Encore une simple exhortation, prononcée dans la chapelle des Sœurs de la Propagation, de Metz. Bossuet n'en a pas tenu compte dans ses sommaires. Toutefois on y trouvera quelque intérêt. C'est pour cela, sans doute, que Lâchât croyait reconnaître ici les caractères de la seconde époque, et assignait cet opuscule à l'année 1661. D'autres éditeurs le retardent jusqu'en i664.{Édit. Guérin, 1870). Le manuscrit nous reporte à une date bien plus reculée; il nous oblige, par tous ses caractères archaïques, notamment par l'orthographe, à ne point franchir l'année 1653. L'œuvre est inachevée.

Si offers viuiius itiiini ad al tare ^ et ibi recordatus ftieris quia f rater tuiis habet aliquid adversum te, relinqiie ibi 7nunus tiiuvi a7ite aliarc^ et vade priîis reconciliari fratri tuo^ et tune veniens offeres vmnus tuu7n.

(Matth., V, 23-24.)

C"^ ERTES la doctrine du Sauveur Jésus est accom- • pagnée d'une merveilleuse douceur, et toutes ses paroles sont pleines d'un sentiment d'humanité extraordinaire; mais le tendre amour qu'il a pour notre nature, ne paraît en aucun lieu plus évidemment que dans les différents préceptes qu'il nous donne dans son Évangile pour entretenir inviolablement parmi nous le lien de la charité fraternelle. Il voyait avec combien de fureur les hommes s'arment contre leurs semblables; que des haines furieuses et des aversions implacables divisent les peuples et les nations; que parce que nous sommes séparés par quelques fleuves ou par quelques montagnes, nous semblons avoir oublié que nous avons une même nature : ce qui excite parmi nous des guerres et des dissensions immortelles, avec une horrible désolation et une effusion cruelle du sang humain.

Pour calmer ces mouvements farouches et inhumains , Jésus nous ramène à notre origine; il tâche de réveiller en nos âmes ce sentiment de tendre compassion que la nature

I, Mss. 12824, ^- 218-225. i^^ti^ ^""f"> "o^^ paginé.

nous donne pour tous nos semblables, quand nous les voyons affligés. Par où il nous fait voir qu'un homme ne peut être étranger à un homme; et que si nous n'avions perverti les inclinations naturelles, il nous serait aisé de sentir que nous nous touchons de bien près. Il nous enseigne que « devant Dieu, il n'y a ni Barbare, ni Grec, ni Romain, ni Scythe (''), » et, fortifiant les sentiments de la nature par des considérations plus puissantes, il nous apprend que nous avons tous une même cité dans le ciel, et une même société sur la terre; et que nous sommes tous ensemble une même nation et un même peuple, qui devons vivre dans les mêmes mœurs, selon l'Evangile, et sous un même monarque qui est Dieu, et sous un même législateur qui est Jésus-Christ.

Mais d'autant que la discorde et la haine n'anime pas seulement les peuples contre les peuples, mais qu'elle divise encore les concitoyens, qu'elle désole même les familles, en sorte qu'il passe pour miracle parmi les hommes, quand on voit deux personnes vraiment amies, et que nous nous sommes non seulement ennemis, mais loups et tigres les uns aux autres : combien emploie-t-il de raisons pour nous apaiser et pour nous unir? avec quelle force ne nous presse-t-il pas à vivre en amis et en frères! Et sachant combien est puissant parmi nous le motif de la religion, il la fait intervenir à la réconciliation du genre humain : il nous lie entre nous par le même nœud par lequel nous tenons à Dieu; et il pose pour maxime fondamentale que la religion ne consiste pas seulement à honorer Dieu, mais encore à aimer les hommes. Est-il rien de plus pressant pour nous enflammer à une affection mutuelle? et ne devons-nous pas louer Dieu de nous avoir élevés dans une école si douce et sous une institution si humaine?

Mais il passe bien plus avant. Les injures que l'on nous fait, chères sœurs, nous fâchent excessivement : la douleur allume la colère; la colère pousse à la vengeance; le désir de vengeance nourrit des inimitiés irréconciliables. De là les querelles et les procès, de là les médisances et les calomnies, de là les guerres et les combats, de là presque tous les m.ila. Coloss., m, 11.

heurs qui agitent la vie humaine. Pour couper la racine de tant de maux, je veux, dit notre aimable Sauveur, je veux que vous chérissiez cordialement vos semblables; j'entends que votre amitié soit si ferme, qu'elle ne puisse être ébranlée par aucune injure. Si quelque téméraire veut rompre la sainte alliance que je viens établir parmi vous, que le nœud en soit toujours ferme de votre part; il faut que l'amour de la concorde soit gravé si profondément dans vos cœurs que vous tâchiez de retenir même ceux qui se voudront séparer. Fléchissez vos ennemis par douceur, plutôt que de les repousser avec violence; modérez leurs transports injustes, plutôt que de vous en rendre les imitateurs et les compagnons.

Et en effet, mes sœurs, si l'orgueil et l'indocilité de notre nature pouvait permettre que de si saintes maximes eussent quelque vogue parmi les hommes ; qui ne voit que cette modération dompterait les humeurs les plus altières ? Les courages les plus fiers seraient contraints de rendre les armes, et les âmes les plus outrées perdraient toute leur amertume. Le nom d'inimitié ne serait presque pas connu sur la terre. Si quelqu'un persécutait ses semblables, tout le monde (') le regarderait comme une bête farouche ; et il n'y aurait plus que les furieux et les insensés qui pussent se faire des ennemis. O sainte doctrine de l'Evangile, qui ferait régner parmi nous une paix si tranquille et si assurée, si peu que nous la voulussions écouter! qui ne désirerait qu'elle fût reçue par toute la terre avec les applaudissements qu'elle mérite ?

La philosophie avait bien tâché de jeter quelques fondements de cette doctrine; elle avait bien montré qu'il était quelquefois honorable de pardonner à ses ennemis ; elle a mis la clémence parmi les vertus : mais ce n'était pas une vertu populaire, elle n'appartenait qu'aux victorieux. On leur avait bien persuadé qu'ils devaient faire gloire d'oublier les injures de leurs ennemis désarmés; mais le monde ne savait pas encore qu'il était beau de leur pardonner, avant même que de les avoir abattus. Notre Maître miséricordieux s'était réservé de nous enseigner une doctrine si humaine

I. Var. s'élèverait contre lui comme contre une bête farouche.

et si salutaîre. C'était à lui de nous faire paraître ce grand triomphe de la charité, et de faire que ni les injures ni les opprobres ne pussent jamais altérer la candeur ni la cordialité de la société fraternelle. C'est ce qu'il nous fait remarquer dans notre évangile, avec des paroles si douces qu'elles peuvent charmer les âmes les plus féroces : « Quitte l'autel, dit-il, pour te réconcilier à ton frère. »

Et quel est ce précepte, ô Sauveur Jésus ? et comment nous ordonnez-vous de laisser le service de Dieu, pour nous acquitter de devoirs humains? Est-il donc bienséant de quitter le Créateur pour la créature ? Cela semble bien étrange, mes sœurs ; cependant c'est ce qu'ordonne le Fils de Dieu. Il ordonne que nous quittions même le service divin, pour nous réconcilier à nos frères ; il veut que nos ennemis nous soient en quelque sorte plus chers que ses propres autels, et que nous allions à eux avant que de nous présenter à son Père ; comme si c'était une affaire plus importante. N'est-ce pas pour nous enseigner, chères sœurs, que devant lui il n'est rien de plus précieux que la charité et la paix ; qu'il aime si fort les hommes, qu'il ne peut souffrir qu'ils soient en querelle ; que Dieu considère la charité fraternelle comme une partie de son culte ; et que nous ne saurions lui apporter de présent qui soit plus agréable à ses yeux, qu'un cœur paisible et sans fiel, et une âme saintement réconciliée ? C'est ce que je traiterai aujourd'hui avec l'assistance divine ; et j'en tirerai deux raisons du texte de mon évangile. Notre-Seigneur nous ordonne de nous réconcilier, avant que d'offrir notre présent à l'autel : c'est de ce présent et de cet autel, que je formerai mon raisonnement ; et je tâcherai de vous faire voir que ni le présent qu'offrent les chrétiens, ni l'autel duquel ils s'approchent, ne souffrent que des esprits vraiment réconcilies : ce seront les deux points de cette exhortation (').

I, Bossuet ajoute ici sur son manuscrit un texte de saint Jean Chr\'sostomc, que les premiers éditeurs ont traduit et intercalé un peu plus haut :

« S. Jean Chrysost., hom. xvi : O ineffabiletn crj^a homines amorcm Dci .' Ho- 7iore?n siiufn despicU, ditm in proxinio charitatan ri'quitit. Interntttipatur^ inquit^ cultiis yneus^ ut charitas tua intcQ^retur ; sacn'Jïcium tnihi est f rat ru m reconciliatio.

<i DiniHtc tiobis itcbita nostra.'^ Xcc Piitcr lihentcr cxaudit orationcm quatn

PREMIER POINT

Quand je parle des présents que les fidèles doivent offrira Dieu, ne croyez pas, mes sœurs, que je parle des animaux égorgés qu'on lui présentait autrefois devant ses autels. Pendant que les enfants d'Aaron exerçaient le sacerdoce qu'ils avaient reçu par succession de leur père, les Juifs apportaient à Dieu des offrandes terrestres et corporelles : on chargeait ses autels d'agneaux et de bœufs, d'encens et de parfums, et de plusieurs autres choses semblables. Mais comme nous offrons dans un temple plus excellent, sur un autel plus divin, et que nous avons un pontife duquel le sacerdoce légal n'était qu'une figure imparfaite, aussi faisons-nous à Dieu de plus saintes oblations. Nous venons avec des vœux pieux et des prières respectueuses, et de (') sincères actions de grâces, louant ('') et célébrant la munificence divine, par Notre-Seigneur Jésus-Christ, notre sacrificateur et notre victime. Ce sont les oblations que nous apportons tous dans la nouvelle alliance. Nous honorons Dieu par ce sacrifice, et c'est de cet encens que nous parfumons ses autels ; et afin que nous puissions faire de telles offrandes, Jésus, notre grand sacrificateur, nous a rendus participants de son sacerdoce : « Il nous a faits rois et sacrificateurs à notre Dieu, » dit l'apôtre saint Jean dans l'Apocalypse. Mais puisque ce sacerdoce est spirituel, il ne faut pas s'étonner si notre oblation est spirituelle : c'est pourquoi l'apôtre saint Pierre dit que « nous offrons des victimes spirituelles, acceptables par Notre-Seigneur Jesus-Christ (''). » C'est là ce sacrifice de cœur contrit, sacrifice de louange et de joie, sacrifice d'oraison et d'actions de grâces, dont il est parlé tant de fois dans les Ecritures ; c'est le présent que nous devons à notre grand Dieu : et je dis qu'il ne lui peut plaire, s'il ne lui est offert par la charité fraternelle. Sans elle, il ne reçoit rien; et par elle, il reçoit toutes

a. I Petr.^ Il, 5.

Filius non dictavit. Cognoscit eniin Pater Filii sut sensus et verba; 7tec suscipit quœ usurpatio htwiana excogitavit^ sed quœ sapientia Christi exposuit. {Oper. imperf. iji Matth.^ hom. XIV, inter opéra S. Chrysost.)

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