Ms. des sincères... (Distraction, à ce qu'il semble
2. Ms. « loiians et celebrans la munificence... » Voy. Remarques sur la grammaire^ etc., à la fin de l'Introduction.
choses. La charité est comme la main qui lui présente nos oraisons ; et comme il n'y a que cette main qui lui plaise, tout ce qui vient d'autre part ne lui agrée pas.
Et pour le prouver par des raisons invincibles, je considère trois choses dans nos oraisons, qui toutes trois ne peuvent être sans la charité pour nos frères : le principe de nos prières, ceux pour qui nous prions, celui à qui nos prières s'adressent. Quant au principe de nos oraisons, vous savez bien, mes sœurs, qu'elles ne viennent pas de nous-mêmes : les prières des chrétiens ont une source bien plus divine. « Que pouvons-nous de nous-mêmes, sinon le mensonge et le péché, » dit le saint concile d'Orange ('') ? Le plus dangereux effet de nos maladies, c'est que nous ne savons pas même demander comme il faut l'assistance du Médecin : « Nous 'ne savons, dit l'apôtre saint Paul ('''), comment il nous faut demander. »
Eh ! misérables que nous sommes, qui nous tirera de cet abîme de maux, puisque nous ne savons pas implorer le secours du Libérateur .'^ Ah! dit l'Apôtre ('), «l'Esprit aide nos infirmités. » Et comment ? « C'est qu'il prie pour nous, dit saint Paul, avec des gémissements incroyables. » Eh quoi! mes sœurs, cet Esprit qui est appelé notre Paraclet, c'est-àdire Consolateur, a-t-il lui-même besoin de consolateur.'* Que s'il n'a pas besoin de consolateur, comment est-ce que l'Apôtre nous le représente priant et gémissant avec des gémissements incroyables ? C'est que c'est lui qui fait en nous nos prières ; c'est lui qui enflamme nos espérances ; c'est lui qui nous inspire les chastes désirs; c'est lui qui forme en nos cœurs ces pieux et salutaires gémissements qui attirent sur nous la miséricorde divine. Nous retirons ce bonheur de notre propre misère que, ne pouvant prier par nous-mêmes, le Saint-Esprit daigne prier en nous, et forme lui-même nos oraisons en nos âmes. De là vient que le grave Tertullien {') parlant des prières des chrétiens : « Nous offrons à Dieu, dit-il, une oraison qui vient d'une conscience innocente, et d'une chair pudique, et du Saint-Esprit, » (ù carne pudica,
a. Concil. Arausic, H, can. xxu. — à. /\(Wt., viii, 26. — c. Ibid. I. Ms. Terlullian.
de aniiNa innocaiti, de Spiritii sando profectami^). Ce serait peu que la conscience pure et que la chair pudique, s'il n'y ajoutait, pour comble de perfection, qu'elle vient de l'Esprit de Dieu.
En effet, nos oraisons, ce sont des parfums ; et les parfums ne peuvent monter au ciel, si une chaleur pénétrante ne les tourne en vapeur subtile, et ne les porte elle-même par sa vigueur. Ainsi nos oraisons seraient trop pesantes et trop terrestres, venant de personnes si sensuelles, si ce feu divin, je veux dire le Saint-Esprit, ne les purifiait et ne les élevait. Le Saint-Esprit est le sceau de Dieu, qui, étant appliqué à nos oraisons, les rend agréables à sa majesté. Car c'est une chose assurée : que nous ne pouvons prier, sinon par Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Il n'y a point d'autre nom [sous le ciel, donné aux hommes, en qui nous devions être sauvés (^)]. » D'ailleurs il n'est pas moins vrai que « nous ne pouvons pas même nommer le Seigneur Jésus, sinon dans le Saint-Esprit (^) ; » et si nous ne pouvons nommer (') [Jésus sinon dans le Saint-Esprit], à plus forte raison prier au nom de Jésus : donc nos prières sont nulles, si elles ne naissent du Saint-Esprit.
Examinons maintenant quel est cet Esprit. C'est lui qui est appelé le Dieu charité (^). » C'est lui qui lie le Père et le Fils; c'est lui qui se répandant sur les hommes, les lie et les attache à Dieu par un nœud sacré : c'est lui qui nous lie les uns avec les autres ; c'est lui qui, par une opération vivifiante, nous fait frères et membres du même corps. Osculum Patris et Filii {')... Que si c'est cet Esprit qui opère en nos âmes la charité, celui-là ne prie pas par le Saint-Esprit, qui a rompu l'union fraternelle, et qui ne prie pas en paix et en charité. C'est toi (^) qui empoisonnes ton cœur par des inimitiés irréconciliables : n'as-tu rien à demander à Dieu? Et si tu le veux demander, ne faut-il pas
a. Apolog.^ n. 30. — b. Act.^ iv, 12. — c.\ Cor.^ xii, 3, — ci. \ Joan.^ IV, 8, 16. — e. S. Bernard., de divers.^ serm. LXXXix, n. \. In Cantic. serm. Vili.