Ms. « nommer etc
2. Telle est la leçon du manuscrit. Les éditeurs supposent une inadvertance, et corrigent : Et toi qui... Cette correction est plausible : il n'est pas toutefois évident qu'elle soit absolument nécessaire.
que tu le demandes par l'esprit du christianisme ? Et ne sais-tu pas que l'esprit du christianisme est le Saint-Esprit ? D'ailleurs, ignores-tu que le Saint-Esprit n'agit et n'opère que par charité ? Que si tu méprises la charité, tu ne veux donc pas prier par le Saint-Esprit ? Et si tu ne veux pas prier par le Saint-Esprit, au nom de qui prieras-tu ? par quelle autorité te présenteras-tu à la majesté divine ? Sera-ce par tes propres mérites ? Mais tes propres mérites, c'est la damnation et l'enfer. Choisiras-tu quelque autre patron, qui par son propre crédit te rende l'accès favorable au Père.-^ Ne sais-tu pas que tu ne peux aborder au trône de la miséricorde, sinon par Notre-Seigneur Jésus-Christ ('') ; et que « tu ne peux pas même nommer le Seigneur Jésus, sinon dans le Saint-Esprit {^) ? » Quiconque pense invoquer Dieu en un autre nom qu'en celui de Notre-Seigneur Jésus-Ciirist, sa prière lui tourne à damnation.
Prions donc en charité, chères sœurs, puisque nous prions par le Saint-Esprit : prions avec nos frères, prions pour nos frères ; et quoiqu'ils veuillent rompre avec nous, gardons-leur toujours un cœur fraternel, par la grâce du Saint-Esprit. Songeons que Notre-Seigneur Jésus ne nous a pas, si je l'ose dire, enseigné à prier en particulier ; il nous a appris à prier en corps. « Notre Père qui êtes aux cieux ('), » disonsnous : cette prière se fait au nom de plusieurs. Nous devons croire, quand nous prions de la sorte, que toute la société de nos frères prie avec nous. C'est de quoi se glorifiaient les premiers fidèles : « Nous venons, disait Tertullien, à Dieu comme en troupe : » Quasi manu facta anibinius ; « cette force, cette violence que nous lui faisons, lui est agréable :» hœc vis Deo grata est (''). Voyez, mes sœurs, que les prières des frères, c'est-à-dire, les prières de la charité et de l'unité, forcent Dieu à nous accorder nos demandes. Écoutez ce qui est dit dans les Actes : « Tous ensemble unanimement ils levèrent la voix à Dieu (''). » Et quel fut l'événement de cette prière ? « Le lieu oii ils étaient assemblés trembla, et ils furent remplis du Saint-Esprit (^). "%
a. Hebr.y IV, 16. — b. I Cor., xn, 3. — c. Matth., vi, 9. — d. Apolog.^ n. 39. — e. Ac/., IV, 24. — /. /âû/., 31.
Voilà Dieu forcé par la prière des frères : parce qu'ils prient ensemble, il est comme contraint de donner un signe visible que cette prière lui plaît : Hœc vis Deo grata est. Nous nous plaignons quelquefois que nos prières ne sont pas exaucées : voulons-nous forcer Dieu, chrétiens ? unissons-nous et prions ensemble.
Mais, quand je parle de prier ensemble, songeons que ce qui nous assemble, ce n'est pas ce que nous sommes enclos dans les murailles du même temple, ni ce que nous avons tous les yeux arrêtés sur le même autel. Non, non, nous avons des liens plus étroits. Ce qui nous associe, c'est la charité. Chrétiens, si vous avez quelque haine, considérez celui que vous haïssez. Voulez-vous prier avec lui ? Si vous ne le voulez pas, vous ne voulez pas prier en fidèle; car prier en fidèle, c'est prier par le Saint-Esprit : et comme c'est le même Esprit qui est en nous tous, comme c'est lui qui nous associe, il faut que nous priions en société. Que si vous voulez bien prier avec lui, comment est-ce que vous le haïssez ? N'avons-nous pas prouvé clairement que c'est la charité qui nous met (') ensemble ? Sans elle, il n'y a point de concorde ; sans elle, il n'y a point d'unité. Vous ne pouvez donc prier avec vos frères que par charité ; et si vous les haïssez, comment priez-vous en charité avec eux }
Vous me direz peut-être que votre haine est restreinte à un seul, et que vous aimez cordialement tous les autres. Mais considérez que la charité n'a point de réserve : comme elle vient du Saint-Esprit, qui se plaît à se répandre sur tous les fidèles, aussi la charité, comme étant une onction divine, s'étend abondamment, et se communique avec une grande profusion. Quand il n'y aurait qu'un chaînon brisé, la chaîne (^) est entièrement désunie, et la communication est interrompue. Vivons donc en charité avec tous, afin de prier en charité avec tous : croyons que c'est cette charité qui force Dieu d'accorder les grâces ; et que si elle ne nous introduit près de lui, il est inaccessible et inexorable.
Mais ce n'est pas assez de prier avec tous nos frères, il faut encore prier Dieu pour tous nos frères. La forme nous