‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 2 sur 296 · I. Pâques, i68i, 3e point. — 2. T. IV, p · texte numérisé non relu

I. Pâques, i68i, 3e point. — 2. T. IV, p

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connexes et si saintement alliées, qu'il n'y a pas moyen de les séparer (i). » « On veut de la morale dans les sermons, s'écriera-t-il devant l'assemblée du clergé, et on a ra-ison, pourvu qiCon entejide que la morale chrétienne est fondée sur les mystères du christianisme {f). » Chose admirable ! déjà les ébauches de Navarre, qui ouvrent la série des sermons distribués chronologiquement, nous montreront comme une revue anticipée de ces vérités fondamentales, dont la méditation doit occuper avant toutes choses l'âme d'un prédicateur de l'Evangile : le néant de la vie présente en face de l'éternité ; les desseins de Dieu sur ses élus ; les grandeurs de la sainte Vierge, son crédit et sa bienveillance maternelle; notre justification par jÉSUS-CllRIST, et les devoirs qu'elle nous impose.

A Navarre, Bossuet comptait parmi ses auditeurs des théologiens, ses condisciples ou ses maîtres. Son génie, aussi humble que grand, savait profiter de leurs conseils. Il dira dans l'oraison funèbre de Nicolas Cornet: « Puis-je.., lui dénier quelque part dans mes discours, après qu'il en a été si souvent le censeur et l'arbitre ?» A Metz, il n'aura garde de se confiner dans les hautes considérations, de perdre de vue son auditoire, ou de chercher à l'éblouir. Un profond sentiment de ses devoirs de ministre de la parole sainte le prémunira toute sa vie contre une semblable tentation. Tous les témoins autorisés, Saint-Simon, comme l'abbé Ledieu, qui suivit Bossuet pendant vingt ans de paroisse en paroisse, nous assurent qu'il excellait à mesurer ses instructions à la capacité des auditeurs.

Il n'attendit pas à être pasteur pour se rapetisser ainsi, comme le prophète ressuscitant l'enfant de la Sunamite. Y a-t-il rien de plus simple que les allocutions catéchistiques, qu'il adressait, à Metz, aux Nouvelles Catholiques, et à leurs humbles directrices, les religieuses de la Propagation^ dont il était le Supérieur ? Quelle éloquence plus populaire que celle du Panégyrique de saint François d'Assise, le pauvre volontaire, dont les pauvres par nécessité envahissaient l'église, au jour de sa fête ? Qu'on lise l'œuvre entière à des bonnes gens, et en particulier ce que le jeune orateur (il n'y avait pas encore un an qu'il était prêtre) dit de la pauvreté : ils seront à leur tour saisis dans les profondeurs de leur âme ; car il n'y a pas là un seul mot qui ne soit à la portée des plus illettrés.

C'étaient de telles compositions qui scandalisaient certains classiques étroits de la fin du siècle dernier et du commencement de celui-ci. Comment eussent-ils goûté l'emploi tout simple du mot propre, rude ou archaïque, eux qui avaient été élevés dans le culte des «termes généraux,» chers à Buffon, et (|ui, préoccupés par dessus tout de la noblesse du style, faisaient bon marché de la pré-

I. Cœci vident, 1665, 2^' point. — 2. Sur l' IhiHé de V Église, i*"" point.

VIII INTRODUCTION

cision, de même qu'ils saciifiaicnt voioiUicis, dans la composition même, l'ordre réel et nécessaire à ini faux-semblant de régularité et de symétrie ? Nous trouverons assez souvent dans nos deux premiers volumes surtout au début, des exemples de la prétendue rouille qu'on reprochait à notre auteur. Aujourd'hui, au contraire, il ne manquerait pas de L^ens disposés à admirer, comme une audace transcendante, tout ce qui ressemble à une anomalie. C'est un autre excès, qui n'est <^ui'vc plus raisonnable ;et les retouches de l'auteur, oïl il n'y a pas seulement des embellissements, mais aussi des corrections reconnues nécessaires, nous avertissent de temps en temps de ne pas admirer aveuL^lément tout ce qui est sorti de sa plume. Santeul écrivait : « Le grand Corneille me dit très souvent, lui dont le théâtre est si bien paré, qu'il sera un jour habillé à la vieille mode (•). > Bossuet et Pascal auraient pu faire la même plainte. Et le premier n'a-t-il pas dit, dans son Discours de réception à V Académie fraucai se : « Comment peut-on confier des actions immortelles à des langues toujours incertaines et toujours changeantes ? et la nôtre en particulier pouvait-elle promettre l'immortalité, elle dont nous voyons tous les jours passer les beautés, et qui devenait barbare à la France me nie dans le cours de peu d'années?1> Il parlait ainsi cm 671, et il aurait pu alléguer ce qu'il avait plus d'une fois expérimenté, depuis plus de vingt ans que les chaires de la province ou de la capitale entendaient sa voix. On est tenté de se demander si ses exemples n'auraient pas eu à eux seuls plus d'efficacité pour fixer la langue que l'autorité de tous les académiciens réunis, et si nombre de locutions qui ont vieilli auraient éprouvé cette décadence, à supposer qu'il eût fait imprimer ses sermons. On avait si peu de prose classique cà l'époque où la plupart furent prononcés ! Leur éclat n'eût-il pas anobli certaines façons de s'exprimer, qui tombèrent bientôt dans la langue parlée, et qu'on ne vit plus écrites, dans l'âge suivant, que dans la correspondance de quelques érudits, gens très intelligents, mais qui ne suivent jamais la mode que de loin ?

Quoi qu'il en soit, nous admirerons du moins une vie et une couleur intenses dans tous ces discours d'une puissante simplicité. Elles débordent, pour ainsi dire, dans les sermons de 1653, pour la Circoncision.'suv W Loi de Dieu, sur V Exaltation delà sainte Croix^ ou dans le Panégyrique de saint Bernard. Une particularité digne de notre attention, c'est l'accent personnel si prononcé dans la plupart de ces discours ; c'est, je ne dis pas le ton de sincérité, (il est de toutes les épocjues chez l^ossuet),mais le ton d'enthousiasme, qui est surtout frappant au début de sa prédication. Manifestement il est ravi, au lendemain de son ordination sacerdotale,d'être le ministre de la Religion

I. R(i LiiiL u ia crilique des inscriptions faites pour l'arsenal de Brest (1679)

INTRODUCTION. IX

que Dieu même a instituée, d'être le héraut d'une si belle et si sainte doctrine : c'est de tout son cœur et de toutes les énergies de son âme qu'il est prêtre et prédicateur.

Ce qu'il faut remarquer encore, c'est la richesse, la surabondance même de pensées dans ses premières œuvres. De là en partie la longueur démesurée des exordes. L'usage comportait, il est vrai, ces interminables préparations. Elles étaient abusives cependant ; et de bonne heure Bossuet en sentit l'inconvénient. Il les avait corrigées pour sa part, plus de vingt ans avant que la Bruyère en fît la critique (^). De là aussi des digressions qui, bien qu'instructives et intéressantes, sont peut-être accueillies par l'auteur avec trop de complaisance.

De tels défauts du reste sont pleins de promesses dans un débutant. Dès le premier jour, il a des trésors en réserve ; chaque pas qu'il fait lui ouvre des horizons spacieux, vers lesquels son regard tend à s'échapper. Les plus anciens de ses sermons contiennent des plans tout préparés pour une série de discours futurs. Par exemple, du premier sermon de Bossuet prêtre, celui du Samedi- Saint 16^2, sortiront des discours sur la Rcsiirrectioii, soit à Metz (1654), soit à Paris (1660 et 1669) ; en outre, on reconnaît, dans les dernières phrases, comme l'embryon des sermons sur la Pénitence (1656), et sur les Rechutes (1660). On a remarqué, il y a longtemps (2), dans le sermon sur la Bonté et la Rigueur de Dieu, par lequel il inaugure, bientôt après, sa prédication dans la cathédrale de Metz, des pensées qui font songer au Discours sur V histoire universelle ; telle autre, agrandie et développée, trouvera place dans les sermons sur la Providence (1656 et 1662). Nous signalerons, de temps en temps, ces rapprochements, non pour nous substituer à l'intelligence des lecteurs, mais plutôt pour leur rappeler qu'on retrouvera fréquemment la doctrine des Sermons dans les Méditations sur riivangile, dans les Élévations sur les Mystères, dans \ Exposition de la Doctrine catholique, dans les volumineux écrits de controverse, si peu lus et pourtant si profitables à qui voudrait s'instruire à fond des vérités de la foi ; en \\\\ mot, dans les Œuvres complètes de Bossuet. «Je l'ai vu, rapporte l'abbé Ledieu (3), emplo3^er dans sa Politique sur les rois et la royauté des matériaux tirés de ses sermons prêches à la cour, tant il en estimait les principes sûrs et bien établis. »

Nous avons insisté ailleurs (^) sur cette constance de pensées dans toute la vie de Bossuet. On en peut voir des exemples nombreux et frappants dans le commentaire si abondant et si substantiel que M. Jacquinct a donné des six oraisons funèbres classiques. Nous

I. Cdractcrcs..., De la chaire. — 2. Gandar, Bossuet orateur, j). 70 ; Choix de Sermons, p. 10. —i 3. Mémoires, ]). 112. — 4. f/isfoire critii/ne de la Prédication de Bossuet, p. 36S.

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espérons attcindie encore plus coniplctcmcnt le même but en dressant dans notre dernier volume une Table analytique des Sermons. Du reste, cette âme toujours active, cet esprit toujours pensant, ne se résignait ijuère à une reproduction servile des conceptions qu'il avait enfantées. En pensant les mêmes choses, il les pensait mieux de jour en jour ; dans les développements, quelquefois assez étendus, qui passeront d'une ceuvre dans une autre, on aura sans cesse à constater, ne fût-ce que dans le détail, quelques heureuses modifications. Rien de plus légitime en principe que de semblables emprunts. La précocité et la sûreté de son savoir lui permit de se les faire à lui-même de bonne heure. Reportons-nous à l'origine réelle de nos manuscrits et à leur destination véritable. Leur auteur était bien éloigné de songer à les publier. Il n'eut donc pas à se demander si, réunis en volume, ils feraient des redites. Il ne s'agissait pour lui que du ministère quotidien. Un auditoire devait-il être frustré d'une vérité capitale parce qu'un autre auditoire l'avait déjà entendue? Le lecteur sérieux et attentif s'étonnera peu sans doute de ne pas rencontrer un fonds toujours varié dans l'exposition d'une doctrine invariable. Il laissera les désœuvrés s'indigner de ce qu'un développement paraît peu nouveau à leur avide curiosité. Pour lui, il ne sera pas insensible aux nuances délicates d'une nouvelle rédaction, bien qu'elles ne portent que sur des détails. Quand ce développement s'était présenté pour la première fois à ses yeux, il avait probablement été tenté de regarder l'expression comme définitive. Elle l'aurait été pour tout autre ; mais Bossuet trouve dans un fonds inépuisable de quoi enchérir indéfiniment sur lui-même, et nous ménager, lorsque nous croyons tenir son dernier mot, la plus agréable des déceptions. Si le lecteur sérieux, dont nous parlons, est assez vaillant pour suivre d'une manière continue, ou du moins sans de trop longues interruptions, toute l'œuvre oratoire de Bossuet dans l'ordre chronologique, tel que le présente cette édition, il aura plaisir à constater, chemin faisant, les progrès qu'amènent chez lui les années. Là il trouvera la confirmation la plus éclatante de notre classification. Les premiers sermons prononcés en province deviennent eux-mêmes de jour en jour plus serrés, plus vigoureux, plus pressants. En 1655, Bossuet n'est prêtre que depuis trois ans, et il nous offre déjà des œuvres d'une singulière puissance, comme le sermon sur la Trinité^ ou la Vêture MartJia, MartJia, sollicita es,.. L'année suivante, nous ne rencontrons plus seulement des essais fort intéressants, où percent des éclairs de génie, comme les discours qu'on retardait jadis jusqu'à cette époque (^) (sur la Loi de Dieu ; sur les Démons^ i^r sermon ;

I. Nous renvoyons à l'Introduction du second volume tout ce qui concerne la « chronologie contentieuse, » pour nous servir d'une expression de Bossuet.

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pour rAsce7tsion; pour la Pentecôte^ i^'" sermon; la Nativité de la sainte Vierge^ 3^ sermon des éditions, et la Conception, i^^ sermon) ; ce sont maintenant des œuvres qui dénotent un orateur formé : si loin qu'il soit d'avoir donné toute sa mesure, il les marque de son cachet inimitable : le Depositiini ciistodi (l^'" Panégyrique de saint Joseph) ; le Mîindus gaiidebit (sur la Providence) ; et le "çtrQvaxtr Senno)ipo2cr le jour de Noël, sont des discours justement célèbres.

On comprend qu'aussitôt après, la parole ardente du jeune orateur ait trouvé un accueil enthousiaste à Paris, lorsque, pendant un séjour de quelques mois seulement, au commencement de 1657, il y fit entendre, avec le Panégyrique de saint Thomas dAqîmi,(\\XQ nous n'avons malheureusement plus, ceux de saint Paul q\. de saint Victor. De retour à Metz, il redevient plus populaire et plus pathétique que jamais, notamment dans la Mission de 1658, où il prêta son concours aux envoyés de saint Vincent de Paul.

L'année 1659 ouvre l'époque de Paris, c'est-à-dire cette période de dix années oia se placent la plupart des sermons destinés aux auditoires de la ville ou de la cour. Bientôt vont commencer les grandes stations : le Carême des Minimes, en 1660 ; celui des Carmélites, en 166 1 ; le Carême du Louvre, en 1662 ; celui de Saint- Thomas du Louvre, en 1665 ; l'AvENT DU LOUVRE, en 1665 ; le Carême de Saint-Germain (second carême royal), en 1666; VAvent de Saint-Thomas du Louvre, en 1668 ; enfin l'A VENT DE Saint-Germain, en 1669. Bossuet était alors évêque nommé de Condom. Démissionnaire presque aussitôt, il interrompt pendant dix ans le cours de ses prédications, pour se consacrer à la tâche ingrate de précepteur du Dauphin ; sa voix alors se fait entendre si rarement, qu'il peut dire avec vérité que les chaires ne la coitnaissênt plus (ï). Les grandes stations en effet sont à tout jamais finies pour lui; et quand la liberté sera enfin rendue à son éloquence si longtemps captive, il la réservera presque exclusivement au troupeau « qu'il doit nourrir de la parole de vie, » jusqu'à ce que sonne l'heure, lointaine encore, où la France apprendra que sa plus vive lumière s'est éteinte, que sa plus grande voix est tombée.

Lorsque Bossuet, dans sa trente-cinquième année, parut dans la chaire royale, il atteignait, avec la perfection de l'âge, celle de l'art de parler et d'écrire. Le travail et l'expérience avaient mûri le génie si naturellement puissant qu'il avait reçu de la Providence, et qu'il entendait bien consacrer uniquement au salut des âmes. Désormais il se soutiendra, sans fléchir, dans la possession de ses incomparables ressources. On peut dire que, de cette époque jusqu'à sa mort, il ne savait plus faire que des chefs-d'œuvre.

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