‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 214 sur 296 · Edit. oii il ne nous présente · texte numérisé non relu

Edit. oii il ne nous présente

Sermons de Bossuet.

402 l'ANÉGVRigUK 1)K SAINT BERNARD.

jeunesse, qui semble n'être formée que pour la joie et pour les plaisirs, ah ! elle ne voit (') rien de fâcheux; tout lui rit, tout lui applaudit. Elle n'a point encore d'expérience des maux du monde, ni des traverses qui nous arrivent : de là vient qu'elle s'imagine qu'il n'y a point de dégoût, de disgrâce pour elle. Comme elle se sent forte et vigoureuse, elle bannit la crainte, et tend les voiles de toutes parts à l'espérance qui l'enfle et qui la conduit.

Vous le savez, fidèles, de toutes les passions, la plus charmante, c'est l'espérance. C'est elle qui nous entretient et qui nous nourrit, qui adoucit toutes les amertumes de la vie ; et souvent nous quitterions des biens effectifs, plutôt que de renoncer à nos espérances. Mais la jeunesse téméraire et malavisée, qui présume toujours beaucoup à cause qu'elle a peu expérimenté, ne voyant point de difficulté dans les choses, c'est là que l'espérance est la plus véhémente et la plus hardie : si bien que les jeunes gens, enivrés de leurs espérances, croient tenir tout ce qu'ils poursuivent ; toutes leurs imaginations leur paraissent des réalités. Ravis d'une certaine douceur de leurs prétentions infinies, ils s'imagineraient perdre infiniment, s'ils se départaient de leurs grands desseins ; surtout les personnes de condition, qui, étant élevées dans un certain esprit de grandeur, et bâtissant toujours sur les honneurs de leur maison et de leurs ancêtres, se persuadent facilement qu'il n'y a rien à quoi ils (') ne puissent prétendre.

Figurez-vous maintenant le jeune Bernard, nourri en homme de condition, qui avait la civilité comme naturelle, l'esprit poli par les bonnes lettres, la rencontre {^) belle et aimable, l'humeur accommodante, les mœurs douces et agréaables : ah ! que de puissants liens pour demeurer attaché à la terre ! Chacun pousse de telles personnes : on les vante, on les loue ; on pense leur donner du courage, et on leur inspire l'ambition. Je sais que sa pieuse mère l'entretenait

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