Edit. rien qui soit digne
en son sein des trésors et des richesses immenses; mais c'est la miséricorde qui ouvre ce sein, pour les faire inonder sur les créatures. La puissance est comme la source, et la [p. 4] miséricorde est comme un canal. La puissance fournit ce que distribue la miséricorde; et c'est du mélange de ces deux choses que naît ce divin éclat que nous appelons la gloire de Dieu.
Ce qui a fait dire ces beaux mots au Psalmiste (dans le Psaume lxi) : <i Dieu, dit-il, a parlé une fois. » J'entends ici par cette parole le bruit de la gloire de Dieu, qui retentit par tout l'univers, selon ce que dit le même Psalmiste : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament publie la grandeur de ses œuvres (''). » Dieu donc a parlé une fois, dit David : et qu'est-ce qu'il a dit, grand prophète ? « 11 a parlé une fois ; et j'ai, dit-il, entendu ces deux choses, qu'à Dieu appartient la puissance, et qu'à lui appartient la miséricorde {^'). » Par où vous voyez manifestement que Dieu ne se glorifie que de sa puissance et de sa bonté. C'est la véritable gloire de Dieu, parce que la miséricorde divine, touchée de compassion de la bassesse des créatures, et sollicitant en leur faveur la puissance, en même temps qu'elle orne ce qui n'a' aucun ornement par soi-même, elle fait retourner tout l'honneur à Dieu, qui seul est capable de relever ce qui n'est rien par sa condition naturelle.
Ces choses étant ainsi supposées, passons outre maintenant, et disons : La gloire de notre Dieu est en sa puissance et en sa bonté, ainsi que nous l'avons vu fort évidemment : or, c'est en la croix que paraissent le mieux la puissance et la miséricorde divine ; ce que je me propose de vous faire voir, avec la grâce du Saint-Esprit. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul, qui dit « que tout l'Évangile consiste en la croix, » appelle l'Evangile « la force et la puissance de Dieu (^). » Et d'ailleurs il ne nous prêche autre chose, sinon que « la croix nous rend Dieu propice, et nous assure sa miséricorde par Notre-Seigneur Jésus-Christ ('^). » Par conséquent il est vrai [p. 5] que la croix est la gloire des chrétiens ; et
a. Ps., XVIII, 2. — â. Ibid.^ LXI, 12, 13. — c. I Cor.^ i, 17, 18. — d. Ephes.^ Il, 16, 18 ; Coloss.^ I, 20.
quand je vous aurai montré dans le supplice de notre Maître ces deux qualités excellentes, je pourrai dire avec l'apôtre saint Paul : « Mes frères, à Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de Jésus! » C'est le sujet de cet entretien. Je considère aujourd'hui comme les deux bras de la croix du Sauveur Jésus : dans l'un je me représente un trésor infini de puissance, et dans l'autre, une source immense de miséricorde.
Inspirez-nous, ô Seigneur Jésus! afin que nous célébrions dignement la gloire de votre croix. Et vous , ô peuple d'acquisition (''), vous que le sang du prince Jésus a délivré d'une servitude éternelle, contemplez attentivement les merveilles de la mort triomphante de notre invincible libérateur. Commençons avec l'assistance de Dieu, et glorifions sa toute-puissance dans l'Exaltation de sa croix.
PREMIER POINT
Si vous voyez Notre-Seigneur Jésus-Ciirist abandonné à la fureur des bourreaux, s'il rend l'âme parmi des douleurs incroyables, ne vous imaginez pas, chrétiens, qu'il soit réduit à cette extrémité par faiblesse ou par impuissance. Ce n'est pas la rigueur des tourments qui le fait mourir : il meurt, parce qu'il le veut; « et il sort du monde sans contrainte, parce qu'il y est venu volontairement : » Abccssit poicslatc ('), quia non venerat necessitatc (''). La mort dans les animaux est une défaillance de la nature : la mort en Jésus- Christ est un effet de puissance. C'est pourquoi lui-même parlant de sa mort (en saint Jean, chapitre x) : « J'ai, dit-il, [p. 6] la puissance de quitter la vie, et j'ai la puissance de la reprendre. »Où vous voyez manifestement qu'il met en même rang sa résurrection et sa mort; et qu'il ne se glorifie i)as moins du pouvoir qu'il a de mourir, que de celui cju'il a de ressusciter.
Et, en effet, ne fallait-il pas qu'il eût en lui-mcme un préservatif infaillible contre la mort, i)uisque par sa seule parole il faisait revivre des cori:)s pourris et ranimait la corruption.-^
a. I /V/r., H, 9. — /;. S. Aii^^, in Jotut. Trart. XXXI, n. 6. I. Ms. voluntatc. Le mol est mcMne en surcharge.
Ce jeune mort de Naïm, et la fille du prince de la Synago^^ue, et le Lazare déjà puant (^), n ont-ils pas ressenti la vertu de cette parole vivifiante? Celui donc qui avait le pouvoir de rendre la vie aux autres, avec quelle facilité pouvait-il se la conserver à lui-même? En vain s'efforcerait-on de faire tarir (') les fontaines d eau vive : à mesure que vous en otez ('), la source toujours féconde répare sa perte par ellemême, et s'enrichit continuellement de nouvelles eaux : ainsi était-il (3) du Sauveur jÉsus. Il avait en lui-même une source éternelle de vie, je veux dire le Verbe divin; et cette source est trop abondante pour pouvoir être jamais épuisée. Frappez tant que vous voudrez, ô bourreaux ! faites des ouvertures de toutes parts sur le corps de mon aimable [p. 7] Sauveur, afin de faire, pour ainsi dire, écouler cette belle vie : il en porte la source en lui-même; et comme cette source ne peut tarir, elle ne cessera jamais de couler, si lui-même ne retient son cours. Mais ce que votre haine ne peut pas faire, son amour le fera pour notre salut. Lui qui commande, ainsi qu'il lui plaît, à la santé et aux maladies, il commandera à la vie de se retirer pour un temps de son divin corps. Il ne veut pas que la nécessité naturelle ait aucune part dans sa mort, parce qu'il en réserve toute la gloire à la charité infinie qu'il a pour les hommes. Par où vous voyez, chrétiens, « que notre Maître est mort par puissance, et non pas (^) par infirmité : » Potestate mortuus est, dit saint Augustin (^).
Aussi l'évangéliste saint Jean observe une chose qui mérite d'être considérée : c'est que le Sauveur, étant à la croix, fit (5) une revue générale sur tout ce qui était écrit de lui dans les prophéties ; et voyant qu'il ne lui restait plus rien à faire, que de prendre ce breuvage amer que lui promettait le Psalmiste, il demanda à boire, « afin que toutes choses fussent accomplies (^). » « J'ai soif, dit-il aussitôt, puis, après
a. Luc, VII, 15 ; Marc, V, 42 ; Joan., XI, 44. — b. De Nat. et Grat., n. 26. — cjoan., XIX, 28.
1. Var. (introduite dans le texte par les éditeurs, avec un mot ajouté) : de faire sécher les grandes rivières.