Var. Cette victoire me semble plus glorieuse
2. Bossuet montre ailleurs que c'est aussi le capital e«ncmi de l'homme. (Voy. Traité de la Concupiscence^ ch. XXI IL)
En effet, n'est-ce pas l'orgueil, chrétiens, qui a [p. lo] soulevé contre lui tout le monde? L'orgueil est premièrement monté dans le ciel, où est le trône de Dieu, et lui a débauché ses anges; il a porté jusques dans son sanctuaire le flambeau de rébellion ('). Après, il est descendu dans la terre, et ayant déjà gagné les intelligences célestes, il s'est servi d'elles pour dompter les hommes. Lucifer, cet esprit superbe, conservant sa première audace, même dans les cachots éternels, ne conçoit que de furieux desseins. Il médite de subjuguer l'homme, à cause que Dieu l'honore et le favorise : mais sachant qu'il n'y peut réussir tant que les hommes demeureront dans la soumission pour leur Créateur, il en fait premièrement des rebelles, afin d'en faire après cela des esclaves. Pour les rendre rebelles, il fallait auparavant les rendre orgueilleux. Il leur inspire donc l'arrogance qui le possède : de là (^) l'histoire de nos malheurs ; de là cette longue suite de maux qui affligent notre nature, opprimée par la violence de ce tyran.
Enflé de ce bon succès, il se déclare publiquement le rival de Dieu : il abolit son culte par toute la terre ; il se fait adorer en sa place par les hommes qu'il a assujettis à sa tyrannie. C'est pourquoi le Fils de Dieu l'appelle « le prince du monde (''), » et l'Apôtre encore plus énergiquement, « le dieu de ce siècle ('''). » Voilà de quelle sorte l'orgueil a armé le ciel et la terre, tâchant d'abattre le trône de Dieu. C'est lui qui est le père de l'idolâtrie : car c'est par l'orgueil que les hommes, méprisant l'autorité légitime, et devenus amoureux d'eux-mêmes, se sont fait des divinités [p. i i] à leur mode. Ils n'ont point voulu de Dieu (') que ceux qu'ils faisaient ; ils n'ont plus adoré que leurs erreurs et leurs fantaisies : dignes, certes, d'avoir des dieux de pierre et de bronze, et de servir aux créatures inanimées, eux qui se lassaient du culte du Dieu vivant, qui les avait formés à sa ressemblance. Ainsi toutes les créatures, agitées de l'esprit d'orgueil cjui domi-
a.Joan.^xu, 31. />. II Cor., iv, 4.