‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 240 sur 296 · Ms. ab initio · texte numérisé non relu

Ms. ab initio

3. Ce développement est identique à ce que nous avons lu dans le sermon sur la Bonté et la rigueur de Dieu (Voy p. 137) ; mais ce qui suit va être traité d'une manière plus concise qu'en 1652 (Cf. p. 138).

mus, de nostro justus {^). Il est donc vrai, ce que nous disions, que Dieu n'a pu commencer ses ouvrages que par un épanchement général de sa bonté sur les créatures, et que c'est là par conséquent sa plus grande gloire.

Maintenant je vous demande, le Sauveur Jésus, notre amour et notre espérance, notre pontife, notre avocat, notre intercesseur, pourquoi est-il monté sur la croix } pourquoi est-il mort sur ce bois infâme ? qu'est-ce que nous en apprend le grand Apôtre saint Paul (^) ? N'est-ce pas « pour renouveler toutes choses en sa personne, » pour ramener tout à la première origine, pour reprendre les premières traces de Dieu son Père, et réformer les hommes selon le premier dessein de ce grand ouvrier } C'est la doctrine du christianisme. Donc ce qui a porté le Sauveur à vouloir mourir en la croix, c'est qu'il était touché de ces premiers sentiments de son Père; c'est-à-dire, ainsi que je l'ai exposé tout à l'heure, de clémence, de bonté, de charité infinie.

En effet, n'est-ce pas à la croix qu'il a présenté devant le trône de Dieu, non point des génisses et des taureaux, mais sa sainte chair, formée par le Saint-Esprit, oblation sainte et vivante pour l'expiation de nos crimes .-^ N'est-ce pas à la croix qu'il a réconcilié toutes choses, faisant par la vertu de son sang la vraie purification de nos âmes {') ? Les hommes étaient révoltés contre Dieu, ainsi que nous le disions dans la première partie ; et d'autre part, la justice divine était [p. 21] prête à les précipiter dans l'abîme en la compagnie des démons, dont ils avaient suivi les conseils et imité la présomption ; lorsque tout à coup notre charitable poniife paraît entre Dieu et les hommes. Il se présente pour porter les coups qui allaient tomber sur nos tctes. Posé sur l'autel de la croix, il répand son sang sur les hommes, il élève à Dieu ses mains innocentes ; et ainsi, « [pacifiant le ciel et la terre ("'), » il arrête le cours de la justice divine, et change une fureur implacable en une éternelle miséricorde.

En suivant l'audace des anges rebelles, nous leur avions vendu nos corps et nos âmes, par un détestable marché ; et

a. De Resiirr. Carn., n, 14. — b. Ephcs., I, 10; Coioss.y III, lO. — c. IhitL^

I, 2C. — d. Ibiii.^ I, 20.

Dieu, sur ce contrat, avait ordonné que nous serions livrés en leurs mains. Dieu l'avait prononcé de la sorte par une sentence dernière et irrévocable. Mais qu'a fait le Sauveur Jésus ? « Il a pris, dit l'apôtre saint Paul (''), l'original de ce décret donné contre nous, et il l'a attaché à la croix. » Pour quelle raison ? C'est afin, ô Père éternel, que vous ne puissiez voir la sentence qui nous condamne que vous ne voyiez le sacrifice qui nous absout ; afin que si vous rappeliez en votre mémoire (') le crime qui vous irrite, en même temps vous vous souveniez du sang qui vous apaise et vous adoucit. Ainsi a été accompli cet oracle du prophète Isaïe (au chapitre xxviii) : « Votre traité avec la mort sera annulé, et votre pacte avec l'enfer ne tiendra pas : » Delebitur fœdus vestruni cum morte, et pachtm vest^^ttm cum inferno non stabit. Jésus a rompu ce damnable contrat par une [p. 22] meilleure alliance : dès là nos espérances se sont relevées. Le ciel, qui était de fer pour nous, a commencé de répandre ses grâces sur les misérables mortels : Jésus nous l'a ouvert par sa croix.

C'est pourquoi je la compare à cette mystérieuse échelle qui parut au patriarche Jacob, « où il voyait les anges monter et descendre (^). » Que veut dire ceci, chrétiens.^ N'est-ce pas (^) pour nous faire entendre que la croix de notre Sauveur renoue le commerce entre le ciel et la terre ; que par cette croix les saints anges viennent à nous comme à leurs frères et leurs alliés, et en même temps nous apprennent que, par la même croix, nous pouvons remonter au ciel avec eux, pour y remplir les places que leurs ingrats compagnons ont laissées vacantes?

Donc, où mettrons[-nous] notre gloire, mes frères, si ce n'est en la croix de Jésus ? Car, comme dit l'apôtre saint Paul, « si lorsque nous étions ennemis. Dieu nous a réconciliés par la mort de son Fils unique ; maintenant que nous avons la paix avec lui parle sang du Médiateur, comment ne nous comblera-t-il pas de ses dons ?» Et si, étant pécheurs,

a. Coloss., II, 14. — b. Gen., xxviii, 12.

Page 1