‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 242 sur 296 · Var. de l'autel · texte numérisé non relu

Var. de l'autel

2. La page 24 ayant été marquée 23 par erreur, les suivantes sont aussi en retard d'une unité. Le sommaire toutefois a désigne exactement les p. 25, 26, en tenant compte de la rectification nécessaire.

maux égorgés, mais nos esprits remplis de l'Esprit de Dieu, et « nos corps qui sont les temples du Dieu vivant, et nos membres qui sont devenus les membres de Jésus-Christ('').»

C'est donc une chose trop assurée, que la croix de Jésus n'est pas notre gloire : car si elle était notre gloire, nous glorifierions-nous, comme nous faisons, dans les vanités ? Pourquoi pensez-vous que l'apôtre saint Paul ne dise pas en ce lieu qu'il se glorifie en la sagesse de Jësus-Ciirtst, en la puissance de Jésus-Christ, dans les miracles de Jésus- Christ, en la résurrection de Jésus-Christ; mais seulement en la mort et en la croix de Jésus-Christ ? A-t-il parlé ainsi sans raison ? ou plutôt ne vous souvenez-vous pas que je vous ai dit, à l'entrée de ce [p. 26] discours, que la croix était un assemblage de tous les tourments, de tous les opprobres, et de tout ce qui paraît non seulement méprisable, mais horrible, mais effroyable à notre raison ? C'est pour cela que saint Paul nous dit, « qu'il se glorifie seulement en la croix du Sauveur Jésus ; » afin de nous apprendre l'humilité, afin de nous faire entendre que nous autres chrétiens nous n'avons de gloire que dans les choses que le monde méprise.

Eh! dites-moi, mes frères, le signe du chrétien, n'est-ce pas la croix ? « N'est-ce pas par la croix, dit saint Augustin {^), que l'on bénit et l'eau qui nous régénère, et le sacrifice qui nous nourrit et l'onction sainte qui nous fortifie ? » Avezvous oublié que l'on a imprimé la croix sur vos fronts, quand on vous a confirmés par le Saint-Esprit ? Pourquoi riin[)rimer sur le front ? N'est-ce pas que le front est le siège delà pudeur? Jésus-Christ par la croix a voulu nous durcir le front contre cette fausse honte, qui nous fait rougir des choses que les hommes estiment basses, et (jui sont grandes devant la face de Dieu. Combien de fois avons-nous rougi de bien faire ? Combien de fois les emplois les plus saints nous ont-ils semblé bas et ravalés ? La croix imprimée sur nos fronts nous arme d'une généreuse impudence contre cette lâche pudeur ; elle nous aj^prend (jue les honneurs de la terre ne sont pas pour nous.

Quand les magistrats veulent rendre les personnes [p. 27]

a. I Cor.y VI, 15, 19 ; Ephes.^ V, 30. — b. In Joan. Tract., cxviii, n. 5.

infâmes et indignes des honneurs humains, souvent ils leur font imprimer sur leurs corps une marque honteuse, qui découvre à tout le monde leur infamie. Vous dirai-je ici ma pensée ? Dieu a imprimé sur nos fronts, dans la partie du corps la plus éminente, une marque devant lui glorieuse, devant les hommes pleine d'ignominie, afin de nous rendre incapables de recevoir aucun honneur sur la terre. Ce n'est pas que ('), pour être bons chrétiens, nous soyons indignes des honneurs du monde ; mais c'est que les honneurs du monde ne sont pas dignes de nous. Nous sommes infâmes selon le monde, parce que selon le monde la croix, qui est notre gloire, est un abrégé de toutes sortes d'infamies.

Cependant, comme si le christianisme et la croix de Jésus étaient une fable, nous n'avons d'ambition que pour la gloire du siècle : l'humilité chrétienne nous paraît une niaiserie. Nos premiers pères croyaient qu'à peine les empereurs méritaient-ils d'être chrétiens : les choses à présent sont changées : à peine croyons-nous que la piété chrétienne soit digne de paraître dans les personnes considérables. La bassesse de la croix nous est en horreur ; nous voulons qu'on nous applaudisse et qu'on nous respecte.

Mais ma charge, me direz-vous, veut que je me fasse honorer (^) : si on ne respecte les magistrats, toutes choses iront en désordre. [P. 28] Apprenez, apprenez quel usage le chrétien doit faire des honneurs du monde : qu'il les reçoive premièrement avec modestie, connaissant combien ils sont vains ; qu'il les reçoive pour la police, mais qu'il ne les recherche pas pour la pompe ; qu'il imite l'empereur Héraclius, qui déposa la pourpre, et se revêtit d'un habit de pauvre, pour porter la croix de Jésus. Ainsi, que le fidèle se dépouille de tous les honneurs devant la croix de notre bon Maître ; qu'il y paraisse comme pauvre, comme nu et comme mendiant : qu'il songe que, par la naissance, tous les hommes sont ses égaux ; et que les pauvres, dans le christianisme, sont en quelque façon ses supérieurs. Qu'il considère que l'honneur qu'on lui rend n'est pas pour sa propre grandeur,

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