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force de notre raison ; et devenant [p. 25] plus superbes, nous deviendrions par conséquent plus malades. Mais quand le vrai fidèle comprend la folie et l'extravagance du christianisme, c'est là que la grâce se fait sentir dans la répugnance de la nature ; à cause qu'il reconnaît que ce n'est pas la chair qui le gagne, ni les intérêts mondains qui l'engagent, ni la philosophie humaine qui le persuade, mais la puissance divine qui le captive. C'est pourquoi, dans la doctrine de l'Evangile, il a plu à notre grand Dieu qu'il y eût tant de choses étranges, dures, incroyables, extravagantes, selon la sagesse du monde (') ; afin que la raison humaine étant confondue, la seule grâce de Jësus-Christ triomphât des cœurs par l'humilité chrétienne.
Mais disons une dernière raison, qui fermera ce discours en nous donnant une instruction importante pour la conduite de notre vie. Certes, il est bien vrai, ô Dieu tout-puissant, ce que le bon Siméon a dit de votre Fils bien-aimé : « qu'il serait posé comme un signe auquel on contredirait ('*). » Toutes ses actions et toutes ses paroles ont été méchamment contredites. Il guérit les paralytiques, les aveugles-nés, et d'autres maladies incurables ; et parce qu'il choisit le jour du sabbat pour faire cette bonne œuvre, on dit qu'il viole la loi de Dieu. II chasse les démons ; on dit que c'est au nom de Béelzébuth, prince des démons. On l'appelle un fou, un séducteur, un impie, un démoniaque. Jamais les docteurs de la loi n'approchaient de lui, qu'afin de l'injurier ou de le surprendre. Enfin ils l'ont pendu a la croix ; et le Rédempteur d'Israël est devenu le scandale de ces infidèles. Les Gentils ont contredit sa parole par toutes sortes de cruautés qu'ils ont exercées sur ses serviteurs. Ils ont pris ses vérités et son Évangile pour la plus grande folie qui ait jamais paru sur la terre. Bien plus. i)armi ceux qui se sont rangés sous sa discipline, combien a-t-il été contredit ! Eh ! mes frères, (juelle indignité ! tous les lontîements de notre salut ont été attaqués par des gens qui faisaient profession du christianisme: le perfide arien a nié la divi-
<t. T.uc.^ n, 34.
I. Duretés dans le j^oût de I\iscal. Ceci toutefois est antérieur au\ I\ti^/ts
nité de Ji'sus ; l'insensé Marcion a nié son humanité ; le nestorien a divisé les personnes ; [p. 26] l'eutychien a confondu les natures : et sur la personne de Jésus-Christ, toutes les inventions diaboliques se sont tellement épuisées qu'il est impossible de s'imaginer une erreur qui non seulement n'ait été soutenue, mais même qui n'ait fait une secte sous le nom du christianisme. Combien d'hérésies se sont élevées contre les vérités de Jésus! Toutes, elles ont heurté contre cette pierre ; et, sans venir au détail, ayant rompu sans aucun sujet la paix et l'unité chrétienne, ne se sontelles pas scandalisées de Jésus, auteur de la paix et de la charité fraternelle ?
Mais allons encore plus avant. Que les Gentils, que les Juifs, que les hérétiques se soient scandalisés du Seigneur Jésus, cela est supportable ; on souffre facilement les injures de ses ennemis. Mais, ô douleur ! que les catholiques, que les enfants de sa sainte Eglise, que les vrais sectateurs de sa foi vivent de telle sorte en ce monde, que l'on ne peut nier que Jésus-Christ ne les choque et que son Evangile ne leur soit un scandale, c'est, mes frères, ce qui est déplorable beaucoup plus que je ne puis vous le dire. Quand l'humilité, quand l'intégrité, quand le mépris des honneurs de la terre, bref quand l'innocence te choque, chrétien, oserais-tu dire que tu n'es pas choqué du Sauveur ? Ignores-tu que sa doctrine n'est pas seulement la lumière de nos esprits, mais qu'elle est le modèle de notre vie ? Si Jésus est le scandale de ceux qui errent dans la doctrine, parce qu'ils n'écoutent pas Jésus- Christ comme notre infaillible docteur ; ne l'est-il pas aussi de ceux qui sont dépravés dans leurs mœurs, puisqu'ils ne veulent pas le connaître comme l'exemplaire de notre vie ? Et qui trouverai-je donc dans le monde, qui ne soit pas scandalisé en notre Sauveur ? Nous aimons les richesses, et Jésus les a méprisées : nous courons après les plaisirs, et Jésus les a condamnés : nous sommes fous du monde, et Jésus l'a surmonté. Et comment pouvons-nous dire que nous aimons Jésus, nous qui n'aimons rien de ce que nous voyons en sa personne, et qui aimons tout ce que nous n'y voyons pas? En vivant de la sorte, peux-tu nier que tu ne sois
choqué de Jésus ? Tu n'en hais pas le nom ; mais la chose [t'] est un scandale. [P. 27] Oui, Jksus t'est un scandale, 6 vindicatif, parce qu'il a pardonné les injures ; Jésus t'est un scandale, ô usurier, parce qu'il est le père et le protecteur des pauvres, auxquels ton impitoyable avarice arrache tous les jours les entrailles ; Jésus t'est un scandale, hypocrite, parce que tu fais servir sa doctrine de couverture à tes mœurs corrompues; Jésus t'est un scandale, ô misérable superstitieux, qui pour des fantaisies particulières abandonnes la piété solide et la dévotion essentielle du christianisme, qui est la croix du Seigneur Jésus ; Jésus t'est un scandale, à toi qui traites la simplicité de sottise, et la sincère piété de bigoterie; à toi enfin qui par ta vie déréglée fais blasphémer son saint nom par ses ennemis. Cela étant ainsi, chrétiens, à qui est-ce que Jésus n'est pas un scandale? «Tous cherchent leurs intérêts et non pas ceux de notre Sauveur, » disait autrefois l'apôtre saint Paul ('^) : ô Dieu ! que dirait-il, s'il revenait maintenant sur la terre? Voyant la licence qui règne au milieu de nous, y voyant triompher le vice, nous prendrait-il pour des chrétiens, ou plutôt ne nous rangerait-il pas au nombre des infidèles ?
Eh ! d'où vient, ô Dieu tout-puissant, d'où vient que vous permettez que votre Fils ait tant d'adversaires, et si peu de vrais serviteurs ? J'entends votre dessein, ô grand Dieu : vous voulez que, dans cette confusion infinie de ceux qui contredisent notre Sauveur, ceux qui l'honorent sincèrement tiennent cette grâce plus chère : vous voulez que leur foi (') soit plus ferme, et leur charité plus ardente parmi les oppositions de tant d'ennemis; et que Jésus retrouve dans le zèle du petit nombre ce qu'il semble perdre dans la multitude innombrable des ingrats et des dévoyés. Par consé(|uent, mes frères, augmentons notre zèle pour son service. D autant plus que nous voyons tous l(\s jours augmenter le nombre de ceux qui blasphèment son l^^vangile ou \)av leurs erreurs, ou par leur niauvaise vie, efforçons-nous d'autant plus à lui plaire et à étendre la gloire de son s liiu nom : tâchons de
a. Philip., n, 21.
I. \'iir. (juc leur foi s'i5chautVo, et (|ue leur chariti' s'ovciluc.