‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 254 sur 296 · IP DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

IP DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE

1654. Reprise de l'allocution sur les Deux Alliances,

Premier point nouveau.

Bossuet, voulant traiter de nouveau ce .sujet devant .sa communauté, se contenta, pour l'ensemble, de méditer ses notes de l'année précédente, écrivant seulement ce qui suit pour le Premier point ('J.

JE dis donc avant toutes choses que la Loi n'a que des ombres et des figures, selon ce que dit l'apôtre saint Paul : « Toutes choses leur arrivaient en figure ('*). » Pour éclaircir cette vérité par la doctrine du saint Apôtre, posons premièrement ce principe. Tout ce qui agit par intelligence se propose nécessairement une fin à laquelle il ( ) rapporte ses actions; et d'autant plus que la cause est parfaite, d'autant plus ce rapport est exact : et la raison en est évidente ; car si la cause est plus excellente, il s'ensuit que l'opération est mieux ordonnée. Or il est certain que l'ordre consiste dans l'accord de la fin avec les moyens; et c'est de ce concert que résulte cette justesse qu'on appelle l'ordre. Cette vérité étant supposée, passons outre maintenant, et disons : La Loi est une œuvre d'intelligence et d'une intelligence infinie ; parce que c'est une œuvre de l'Esprit de Dieu. Par conséquent elle a une fin à laquelle elle est destinée ; et quand nous connaîtrons cettte fin, il ne faudra nullement douter que toutes les parties de la Loi n'y soient rapportées. Or l'apôtre saint Paul nous assure que « Ji'sus-Ciirist est la fin de la Loi ( ) : >:> Finis Legis Cliristus. C'est pourquoi et les [)atriarches et les prophètes soupiraient perpétuellement après sa venue; j)arce qu'il était la fin de la Loi, et le sujet [)rincipal de ses [)rophélies. D'où il s'ensuit manifestement que toutes les cérémonies de

a. I Cor.^ X, II. — b. Kom., x, 4.

1. Mss. 12821, f. 364. Le format, et, ce qui est plus significatif, roilho^raphc. diffèrent d'avec le manuscrit de l'annde pri5ccHlente. Cf. ci-dessus, p. 2S5.

2. Jùiit. elle rapporte. — C'est le reste d'une prctiiiorc rrd.iclion : « Toute cause qui agit par intelligence se propose nc'cessaircmcnt une tin .\ l.iqucllc clic rn|-)i)ortc... »

la Loi, toutes ses solennités, tous ses sacrifices regardaient uniquement le Sauveur ; et qu'il n'y a page dans les Ecritures en laquelle nous ne le vissions, si nous avions les yeux assez épurés.

Et certes, puisqu'il plaisait à notre grand Dieu de se revêtir d'une chair humaine, il était convenable, mes sœurs, que, de même que ce mystère étant accompli, nous en célébrons la grandeur par de pieuses actions de grâces, aussi ceux qui en ont précédé l'accomplissement vécussent dans l'attente de ce bonheur qui devait arrivera notre nature. Il est vrai que le Verbe éternel, en se faisant homme, est né dans un temps limité; car c'est une suite de la condition humaine. L'éternité s'est alliée avec le temps, afin que ceux qui sont sujets au temps pussent aspirer à l'éternité. Mais encore que la venue du Sauveur fût arrêtée à un temps certain par les ordres de la Providence divine; toutefois il faut avouer que le mystère du Verbe fait chair devait rernplir et honorer tous les temps. C'est pourquoi il était à propos qu'où il n'était pas par la vérité de sa présence, il y fût du moins d'une autre manière par des figures très excellentes. Et de là vient que la loi de Moïse est pleine de merveilleuses figures qui nous représentent le Sauveur Jésus.

En effet, je vous demande, mes très chères sœurs, d'où vient tant de sang répandu dans les cérémonies anciennes; sinon pour représenter le sang de Jésus? Pourquoi est-ce que par le sang de l'agneau le peuple est délivré du glaive vengeur qui désola les maisons des Egyptiens ? pourquoi est-ce que l'alliance est signée et ratifiée par le sang ? pourquoi n'y a-t-il point d'entrée dans le sanctuaire, si le pontife n'a les mains teintes du sang des victimes ? pourquoi les crimes sont-ils expiés, les pontifes et leurs vêtements consacrés par le sang versé dans le sacrifice ? le sang des animaux égorgés était-il suffisant pour apaiser Dieu ? était-il capable de purifier l'homme ? Si ce n'est pour nous faire entendre qu'il n'y a ni délivrance, ni consécration, ni alliance, ni expiation, ni salut, que parle sang de l'Agneau sans tache, « qui a été tué, dit saint Jean (^), dès l'origine du monde : »

a. Apoc, xni, 8.

DES DEUX ALLIANXES.

tué, dis-je, dès l'origine du monde, parce que dès l'origine du monde sa mort a été figurée par une multitude infinie de sacrifices sanglants. C'est ce qui fait dire à Tertuliien : O Ckristuj7i in novis veterem (^)\ «Oh! que Jksus-Ciirist est ancien dans la nouveauté de son Évangile! » Ce que nous honorons est nouveau, parce que Jésus-Christ la mis dans un nouveau jour : ce que nous honorons est ancien, parce que la figure s'en trouve dès Itrs premiers temps. La Loi est un Evangile caché; et l'Evangile est une Loi expliquée.

Et c'est ce qu'exprime l'apôtre saint Paul en ces excellentes paroles: « la Loi a l'ombre des choses futures, et non point la vive image (''') des choses ». Que veut dire ce grand Apôtre, que la Loi a l'ombre et non point la vive image .-^ La comparaison est prise de la peinture. Le peintre dessine le portrait du roi. Vous en voyez déjà quelque ressemblance dans les premiers crayons du tableau : ce sont ses traits, c'est sa taille, c'est son air, c'est l'image du prince que vous y voyez : mais q-uand l'ouvrage sera accompli ('), c'est alors que le roi paraîtra avec sa majesté naturelle. Ainsi la Loi avait Jésus-Christ dans des ombres et dans des figures, et comme dans un crayon imparfait; mais elle n'avait pas l'image finie. Et de même que la peinture achevée efface les linéaments imparfaits, ainsi la beauté parfaite de l'Évangile efface l'imperfection de la Loi par des couleurs plus vives et plus éclatantes. C'est pourquoi Jésus-Christ change l'eau en vin, c'est-à-dire, la loi de Moïse en son Évangile.

a. Lib. IV adv. Marcion., Xi.^\. — b. Hebr., X, i.

I. Var. et quand la peinture sera achevée, vous verrez encore le prince avec...

FRAGMENTS d'un SERMON

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