‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 256 sur 296 · DUNE NOUVELLE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

DUNE NOUVELLE CATHOLIQUE

faisaient ces hérétiques, dont parle Tertullien (") : Pacem quoque pas si7n cum omnibus mis cent : « Ils entrent en paix avec tous indifféremment : car il ne leur importe pas, ajoute ce grand personnage, d'avoir des sentiments opposés, pourvu qu'ils conspirent à renverser la même vérité : » Nihilenim interest illis, licet diversa tractantibns, dum ad tutius veritatis expMgnationem conspirent.

Ça toujours été l'esprit qui a régné dans les hérésies. Les ariens ne voulaient autre chose, sinon que l'on supprimât le mot de consubstantiel, comme apportant trop grand trouble à l'Église ; et qu'après, en dissimulant le reste de la doctrine, on vécût en bonne intelligence. Ainsi, disent les calvinistes, ne parlons plus de la réalité du corps de Jésus-Ciirist dans l'Eucharistie, sur laquelle nos pères se sont si longtemps combattus ; du reste unissons-nous, et que chacun demeure dans sa croyance. O la nouvelle façon de terminer les schismes, toujours inconnue à l'Eglise, et toujours pratiquée par les hérétiques ! Ils ont trouvé le moyen de s'unir dans le schisme même : Schisma est imitas ipsis, disait le grave Tertullien (''') (') : ils professent une foi contraire, c'est le schisme: ils les reçoivent à la même communion, c'est l'unité. Car si les articles dans lesquels vous différez sont essentiels, pourquoi vous unissez-vous ? et s'ils ne le sont pas, pourquoi avezvous été si longtemps séparés ? Pourquoi est-ce que Calvin, qui est venu le dernier, n'a pas tendu les mains à Luther ? que ne lui a-t-il donné ses Eglises ? pourquoi a-t-il voulu être chef de parti au préjudice de l'Evangile.'* pourquoi a-t-il divisé le troupeau de Jésus ?

Certes, il fallait bien que vos pères crussent que les articles de foi qui vous séparaient fussent importants ; autrement, comment les excuserez-vous de n'avoir p.is accouru à la même unité ? Maintenant de savoir si \(i corps de; J i':sus- CiiKisT est réellem.ent en l'Eucharistie, ou s'il n'y est pas, cela vous semble une chose de peu d'imporiancc! Donc que

a. De prœscripi.^ n. 4. - l>. Ihid.^ n. 42.

I. l'idit. « L'unili- mcmc p.uini eux est un se Iiisinc. > — Cette ir.nliu lion, qui fiiit double emploi et ralentit r.uxunient.ition, est s.ms iloutc une ilc ces îuUlitions c|ue Deforis croyait nécessaires.

de synodes inutiles, que de folles disputes, que de sang répandu vainement pour soutenir qu'il n'y était pas ! Savoir si Jésus y est ou s'il n'y est pas, c'est une chose de peu d'importance : donc un tel bienfait du Sauveur Jésus demeurera dans le doute! Certes, si Jésus y est, il n'y peut être que par un amour infini ; et ainsi ceux qui le nieraient, quel tort ne feraient-ils pas à sa miséricorde, ne reconnaissant pas une grâce si signalée ? Et vous appelez cela une affaire de peu d'importance, contre la dignité de la chose qui crie contre vous ; contre les luthériens mêmes, que vous appelez et qui vous refusent ; contre vos pères qui vous crient qu'ils ont cru cet article important, et que, s'il ne l'était pas, en vain ont-ils apporté tant de troubles au monde !

Ne doutons donc pas, ma très chère sœur, qu'ils ne marchent dans les ténèbres. L'apôtre saint Jean a dit que « qui n'aime pas ses frères, ne sait où il va, et demeure dans l'obscurité (''). » Comment donc ne sont-ils point aveugles, eux qui se sont séparés d'avec nous pour des causes si peu légitimes ; puisque nous les voyons s'ôter à eux-mêmes, dans ces derniers temps, celle que leurs pères et les nôtres avaient toujours cru être la principale ? dignes certainement, après avoir rompu la vraie paix, d'entrer dans une fausse concorde, comme je vous le viens de montrer tout à l'heure ; concorde qui les fortifie peut-être selon la politique mondaine, mais, si nous le savons comprendre, qui les ruine très évidemment, selon la règle de la vérité. Rendez donc grâces à Dieu, ma très chère sœur, qui vous a tirée de la société des ténèbres.

Ah ! qui me donnera des paroles assez énergiques pour déplorer ici leur malheur ? Certes, je l'avoue, chrétiens, il est bien difficile de se départir de la première doctrine dont on a nourri notre enfance. Tout ce qui nous paraît de contraire nous semble étrange et nous épouvante ; notre âme, possédée des premiers objets, ne regarde les autres qu'avec horreur. Que pouvons-nous faire dans cette rencontre ? Rendre grâces pour nous, et pleurer pour eux. Cependant ne laissons pas de les exhorter à rentrer en concorde avec nous; et afin de le faire avec des paroles plus énergiques, em-

a, \ Joan.^ H, ii.

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