‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 258 sur 296 · Deforis : qui érigent · texte numérisé non relu

Deforis : qui érigent

par ces titres superbes de monuments et de mausolées. Que nous profite, après tout, cette vaine pompe, si ce n'est que le triomphe de la mort est plus glorieux, et les marques de notre néant plus illustres ?

Il n'en est pas ainsi du sépulcre de mon Sauveur. La mort a eu assez de pouvoir sur son divin corps. Elle l'a étendu sur la terre sans mouvement et sans vie ; elle n'a pas pu le corrompre ; et nous lui pouvons adresser aujourd'hui cette parole que Job disait à la mer : « Tu iras jusque-là et ne passeras pas plus outre ; » cette pierre donnera des bornes à ta furie ; et, à ce tombeau, comme à un rempart invincible, seront enfm rompus tous tes efforts : Usque hue venies, et non procèdes amplius ; et hic confringes tumentes fliicttis tuos (").

C'est pourquoi Notre-Seigneur Jésus, après avoir subi volontairement une mort infâme, il veut après cela « que son sépulcre soit honorable, » comme dit le prophète Isaïe : Erit sepulchj'um ejus gloriosum (^'). Il est situé au milieu d'un jardin ; taillé tout nouvellement dans le roc. Et de plus il veut qu'il soit vierge aussi bien que le ventre de sa Mère, et que personne n'y ait été posé devant lui. Davantage, il faut à son corps cent livres de baume des plus précieux, et un linge très ^\\ et très blanc pour l'envelopper. Et après que durant le cours de sa vie, il s'est « rassasié de douleurs et d'opprobres, » Satnratics est (') opprobriis, nous dit le prophète, vous diriez qu'il soit devenu délicat dans §a sépulture. N'est-ce pas pour nous faire entendre qu'il se préparait un lit plutôt qu'un sépulcre.'^ Il s'y est reposé doucement jusqu'à ce que l'heure de se lever fût venue ; mais tout d'un coup il s'est éveillé, et se levant il vient éveiller la foi endormie de ses Apôtres.

Aujourd'hui les trois pieuses Marie étant accourues dès le grand matin pour chercher leur bon Maître dans ce lit tle mort : « Que cherchez-vous ici } leur ont dit les Anges. X'ous cherchez Jésus de Nazareth crucifié ; il n'y est plus ; il est levé, il est ressuscité ; voyez le lieu où il était mis. v> C) jour

a. Job.^ XXXVIII, II. — M s. IUhc proa^rcdieris,... illuc um/rint^is... — b. Is.^ XI, 10.

I. Il y a dans le texte de Jc^réinie : Saturnhitur. (Thren., m, 30.)

de triomphe pour notre Sauveur ! ô jour de joie pour tous les fidèles ! je vous adore de tout mon cœur, ô Jésus victorieux de la mort ! Vraiment c'est aujourd'hui votre pâque, c'est-àdire votre passage, où vous passez de la mort à la vie ; faitesnous la grâce, ô Sauveur J Ésus, que nous fassions notre pâque avec vous, en passant à une sainte nouveauté de vie. Ce sera le sujet de cet entretien.

O Marie, nous ne craindrons pas de nous adresser à vous aujourd'hui. L'amertume de vos douleurs est changée en un sentiment de joie ineffable. Vous avez déjà appris la nouvelle que votre Fils bien-aimé a pris au tombeau une nouvelle naissance, et vous n'avez point porté envie à son saint sépulcre de ce qu'il lui a servi de seconde mère ; au contraire, vous n'avez pas eu moins de joie que vous en conçûtes lorsque l'Ange vous vint annoncer qu'il naîtrait de vous, en vous adressant ces paroles par lesquelles nous vous saluons : Ave..,

C'est (') une doctrine excellente de saint Augustin, prise des Écritures divines, que tout ce que Dieu opère dans l'homme juste, depuis sa première entrée dans l'Église jusqu'à la résurrection générale, n'est que la suite et l'accomplissement du baptême, de sorte que la sainte nouveauté de vie ('), qui se commence dans les eaux salutaires, n'aura sa dernière perfection que dans cette journée bienheureuse en laquelle {^) la mort étant surmontée, nos corps seront faits semblables au corps glorieux de Notre-Seigneur Jésus- Christ. Pour entendre cette doctrine, il faut nécessairement remonter plus haut et reprendre la chose jusques dans sa

source.

L'homme dans la sainteté de son origine avait reçu de Dieu ces trois dons : la justice, la paix, l'immortalité. Car étant formé selon Dieu, il était juste ; régnant sur ses passions, il était paisible en lui-même ; mangeant le fruit de vie, il était immortel. La raison s'étant révoltée contre Dieu, les

1. Mss. 12824, f. 39. (Cf. Lâchât, X. Se reporter de la p. 94 à la p. 138; et plus loin, pour le i^"" point, à la page 481.)

Page 1