‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 272 sur 296 · Var. si inaccessible · texte numérisé non relu

Var. si inaccessible

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tuairc, qui étaient honorés en ce temps-là, comme je l'ai dit, de l.'i présence particulière de Dieu, étaient couverts d'un voile mystérieux, pour nous faire entendre ce que dit l'Apôtre : que « Dieu habite une lumière inaccessible {"), » et que l'essence divine est cachée par le voile d'un impénétrable secret. Et d'autant que les hommes, parleurs péchés, s'étaient exclus éternellement de la vue de Dieu, ce qui a fait dire si souvent au vieux peuple : « Si nous voyons Dieu, nous mourrons f); » de là vient que l'entrée du sanctuaire était interdite sous peine de mort à tous les enfants d'Israël, par une espèce d'excommunication générale, qui représentait à ceux qui étaient éclairés que, sans la grâce de notre Sauveur, nonobstant les services, les victimes et les cérémonies de la Loi, tous les hommes étaient excommuniés du vrai sanctuaire du Dieu vivant, c'est-à-dire, de son royaume céleste. Et cette interprétation, chrétiens, n'est pas une invention de l'esprit humain : l'Apôtre nous l'enseigne en termes exprès, quand il dit (aux Hébreux, chapitre ix) que, par cette rigoureuse défense d'entrer et de regarder dans le sanctuaire, le Saint- Esprit nous voulait montrer que le chemin des lieux saints n'était point ouvert, tant que le premier tabernacle était en état ('). » L'Apôtre veut nous apprendre que tant que ce tabernacle sera en état, c'est-à-dire, tandis que l'on n'aura point de meilleures hosties que les animaux égorgés, le chemin des lieux saints, c'est-à-dire la porte du ciel, nous sera fermé.

Mais, mes frères, réjouissons-nous : le sang de Notre- Seigneur Jésus a levé cette excommunication de la Loi. Ecoutez l'apôtre saint Paul, qui vous dit qu'il a pénétré au dedans du voile {'^). Vous entendez maintenant, ce me semble, ce que signifie le dedans du voile : il entend que Jésus est monté dans le ciel, qu'il est entré en ce divin sanctuaire, et que cette secrète et inaccessible demeure de Dieu, dont les hommes étaient exclus pour jamais, a été ouverte à Jésus- Christ homme, qui y a porté les prémices de notre nature. Et voyez cette vérité figurée par une admirable cérémonie de la Loi, que l'Apôtre nous explique mot à mot dans le

a. I Tim., VI, i6. — â. Judic.^ XIH, 22. — c. Hebf.^ IX, 8. — d. Hebr., vi, 19.

même chapitre neuvième aux Hébreux. Je vous prie, rendezvous attentifs, et écoutez la plus belle figure, la plus exacte, la plus littérale, qui nous ait jamais été proposée.

Ce lieu si caché, si impénétrable, était ouvert une fois l'année ; mais il n'était ouvert qu'un moment et à une seule personne, qui était le grand sacrificateur. Car, d'autant que la fonction du pontife, c'est de s'approcher de Dieu pour le peuple, il semblait bien raisonnable, mes sœurs, que le souverain prêtre de l'ancienne loi entrât quelquefois dans le sanctuaire, où Dieu daignait bien habiter pour lors. Aussi lui est-il ordonné, dans le Lévitique (''), d'entrer dans le Saint des saints une fois l'année. Mais d'autant que le pontife des Juifs était lui-même un homme pécheur ; avant que de s'approcher de ce lieu, que Dieu avait rempli de sa gloire, il fallait qu'il se purifiât par des sacrifices. Représentez-vous toute cette cérémonie, qui est comme une histoire du Sauveur Jésus : figurez-vous que cet unique moment est venu, où le pontife doit entrer dans le Saint des saints, qu'il ne reverra plus de toute l'année, de peur qu'il ne meure : car telle est la rigueur de la loi. Voyez-le dans le premier tabernacle, qui sacrifie deux victimes, pour ses péchés, et pour les péchés du peuple qui l'environne ; considérez-le faisant sa prière, et se préparant d'entrer en ce lieu terrible {^). Après ces sacrifices offerts, lui reste-t-il encore quelque chose à faire ; et ne peut-il pas désormais s'approcher de l'arche ? Non, fidèles: s'il s'en approche ainsi, il est mort ; la majesté de Dieu le fera périr. Comment donc ? Remarquez ceci, je vous prie : qu'il prenne le sang de la victime immolée, qu'il le porte avec lui devant Dieu dans le sanctuaire, qu'il y trempe ses doigts, et Dieu le regardera d'un bon œil ; ensuite il priera devant l'arche pour ses péchés et pour ceux des Israélites, et sa prière sera agréable. Oui ne voit ici, chrétiens, que ce n'est point par son propre mérite que l'accès lui est donné dans le sanctuaire ? C'est le sang delà victime immolée qui l'introduit et qui le fait agréer. Je vous prie, voyez le mystère : l'hostie est offerte hors du sanctuaire, mais son sang est porté dans le Saint des a, Levit.^ xvi, 34. — b. Levit.^ xvi, i et seq.

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saints ; par ce sang le pontife pénètre au dedans du voile, par ce sang il approche de Dieu, parce sang ses prières sont exaucées. ^Dites-moi, fidèles, quel est ce sang ? Le sang des bctes brutes est-il capable de réconcilier l'homme ? notre Dieu se plaît-il si fort dans le sang des animaux égorgés, qu'il ne puisse souffrir son pontife devant sa face, s'il n'est, pour ainsi dire, teint de ce sang ? A travers de ces ombres, ne découvrez-vous pas le Seigneur Jésus qui, par son sang, ouvre le sanctuaire éternel ? Mais il faut vous le faire toucher du doio-t. Je vous demande quel est ce pontife dont la dignité est si relevée, que lui seul peut {') entrer dans le sanctuaire ; dont l'imperfection est si grande, qu'il n'y peut entrer qu'une fois l'année, qu'il n'y peut introduire son peuple, et qu'il n'y est lui-même introduit que par le sang d'un bouc ou d'un veau? C'était les victimes que l'on offrait ('). Quelle est la majesté de ce sanctuaire où on entre avec tant de cérémonie ? mais quelle est l'imperfection de ce sanctuaire, dont l'entrée, si sévèrement interdite, est ouverte enfin par ^le sano- d'une bête sacrifiée ? Enfin quelle est la vertu et tout ensemble l'imbécillité de ce sang qui donne la liberté d'approcher de l'arche, mais qui ne la donne qu'au pontife seul, qui ne la lui donne que pour un moment, et laisse après cela l'entrée défendue par une loi éternelle et inviolable ?

Dites-nous, ô Juifs aveugles, qui ne voulez pas croire au Sauveur Jésus, d'où vient cet étrange assemblage d'une dignité si auguste et d'une imperfection si visible : tout cela ne vous prêche-t-il pas que ce sont des figures ? Parce que vos cérémonies sont des ombres, elles ont de l'imperfection ; et elles ont aussi de la dignité, à cause des mystères de Jésus qu'elles représentent. Ce sang, ce pontife, ce Saint des saints, ne vous crient-ils pas : Peuple, ce n'est pas ici ton pontife qui t'introduira au vrai sanctuaire ; ce n'est pas ici le vrai sang qui doit purger tes iniquités ; ce n'est pas ici ce grand sanctuaire où repose la majesté du Dieu d'Israël : Dieu t'enverra

1. Edit. pût entrer. (Erreur de lecture : il y a bien peul, €zx\\. petist^ comme dans peiist être ou peust estre^ à cette date.)

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