‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 274 sur 296 · I. lù/iL en apparence · texte numérisé non relu

I. lù/iL en apparence

Sermons de Hossuct. 34

:^^0 POUR LE JOUR DE l'aSCENSION.

ger, » comme dii l'Apôtre ('^), c'est-à-dire, par le sang des victimes ; quelle doit être la gloire de notre pontife «' qui se présente à Dieu en son propre sang ('''), 1> per proprium sangïiuum. dit le même Apôtre ! Et si le pontife selon l'ordre d'Aaron, qui était un homme pécheur, pénètre dans la partie la plus sainte ; qu'y aura-t-il de si sacré dans les cieux, où Jésus ne doive être introduit: Jésus, dis-je, ce pontife si pur, si innocent, c^ui, étant seul agréable au Père, a été seul établi sacrificateur selon l'ordre de Melchisédech (^) ?

Admirons donc maintenant, mes très chères sœurs, l'excellence de la religion chrétienne, par l'éminente dignité de son sacerdoce. Le pontife du Vieux Testament, avant que d'entrer dans le Saint des saints, offrait des sacrifices pour ses péchés et pour les péchés de son peuple ; après, étant au dedans du voile, il continuait la même prière pour ses péchés et pour ceux des Israélites. Jésus-Christ, notre Sauveur, notre vrai pontife, étant la justice et la sainteté même, n'a que faire de victime pour ses péchés ; mais au contraire étant innocent et sans tache, il est lui-même une très digne hostie pour l'expiation des péchés du monde. Si donc il entre aujourd'hui dans le Saint des saints, c'est-à-dire, à la droite du Père, il n'y entre pas pour lui-même ; ce n'est pas pour lui-même qu'il y va prier. C'est pourquoi l'Apôtre dit dans mon texte : « Jésus notre avant-coureur est entré pour nous ; » il veut dire : Le pontife de la loi ancienne avait besoin d'offrir pour lui-même, et d'entrer pour lui-même dans le sanctuaire ; mais Jésus, notre vrai pontife, est entré pour nous. Eh quoi donc! Jésus-Christ Notre-Seigneur n'est-il pas monté dans le ciel pour y recevoir la couronne ? comment donc n'y est-il pas entré pour lui-même? Et toutefois l'Apôtre nous dit: «Jésus, notre avant-coureur, est entré pour nous. » Entendons son raisonnement, chrétiens. Jésus n'avait que faire de sang pour entrer au ciel ; il était lui-même du ciel, et le ciel lui était dû de droit naturel : et toutefois il y est entré par son sang; il n'est monté au ciel qu'après qu'il est mort sur la croix : ce n'est donc pas pour lui-même qu'il

a. Hebr.y IX, 25. — b. Ibid.^ 12. — Ms. in proprio sanguine. — c. Hebr.^ vu, 17,26.

y est entré de la sorte. C'était nous, c'était nous qui avions besoin de sang pour entrer au ciel ; parce qu'étant pécheurs, nous étions coupables de mort (') : notre sang était dû à la rigueur de la vengeance (^) divine, si Jésus n'eût fait cet aimable échange de son sang pour le nôtre, de sa vie pour la vie des hommes. De là tant de sang répandu dans les sacrifices des Israélites, pour nous signifier ce que dit l'Apôtre: que sans « l'effusion du sang il n'y a point de rémission ("), » et ainsi quand il entre au ciel par son sang, ce n'est pas pour lui, c'est pour nous qu'il y entre ; c'est pour nous qu'il approche du Père éternel. D'où nous voyons une autre différence notable entre le sacrificateur du vieux peuple, et Jésus le pontife du peuple nouveau. A la vérité le pontife pouvait entrer dans le sanctuaire ; mais, outre qu'il en sortait aussitôt, il ne pouvait en ouvrir l'entrée à aucun du peuple : c'est à cause qu'étant pécheur lui-même, il n'était souffert que par grâce dans le Saint des saints ; et n'y étant souffert que par grâce, il ne pouvait acquérir aucun droit au peuple. Mais Jésus, qui a droit naturel d'entrer dans le ciel, y veut encore entrer par son sang : [il a] le droit naturel et le droit acquis (3) : le premier droit, il le réserve pour lui; il entre, et il demeure éternellement : le second droit, il nous le transfère. Avec lui, et par lui, nous pouvons entrer ; par son sang, l'accès nous est libre au dedans du voile. De là vient que l'Apôtre l'appelle notre avant-coureur : « Jésus, dit-il, notre avant-coureur, est entré pour nous. »

Les évangélistes remarquent, qu'au moment que Jésus- Christ expira, « ce voile dont je vous ai parlé tant de fois, qui était entre le Lieu saint et le Lieu très saint, fut déchiré entièrement et de haut en bas {^). » O merveilleuse suite de nos mystères! Jésus-Christ étant mort, il n'y a plus de voile. Le pontife le tirait pour entrer ; le sang de

a. Heâr.y IX, 22. — à. Matth.^ XXVll, 51 ; Marc, XV, 38; Luc, xxill, 45.

1. Coupables (Vun crime méritant la mort. Latinisme : rcus mortis.

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