Idées déjà exprimées dans le sermon des Deux AUiiVices
[P. 23] C'est pourquoi le grand Augustin parlant de ceux qui gardaient la Loi par ia seule terreur de la peine, non par l'amour de la véritable justice, il prononce cette terrible mais très véritable sentence : « Ils ne laissaient pas, dit-il, d'être criminels, parce que ce qui paraissait aux hommes dans l'œuvre, devant Dieu, à qui nos profondeurs sont ouvertes, n'était nullement dans la volonté : au contraire, cet œil pénétrant de la connaissance divine voyait qu'ils aimeraient beaucoup mieux commettre le crime, s'ils osaient en attendre l'impunité : » Coram Deo non erat in voluntate, quod coram Jioniinibus apparebat in opcre : potiusque ex illo rei tenebantur quod eos noverat Deus malle, si fier i po s set impune, committere ("). Donc, selon la doctrine de ce grand homme, la crainte n'est pas capable de changer le cœur. Considérez, je vous prie, cette pierre sur laquelle Dieu écrit sa loi ; en estelle changée, pour contenir des paroles si vénérables ? en a-t-elle perdu quelque chose de sa dureté ? Qui ne voit (') que ces saints préceptes ne tiennent qu'à une superficie extérieure ? D'où vient que la loi mosaïque est ainsi écrite, sinon parce que c'est une loi de crainte ? Et Dieu ne veut-il pas nous faire entendre que si la loi ne nous touche que par la crainte, il en est de nos cœurs comme d'une pierre ; qu'ainsi notre dureté n'est point amollie, et que la loi demeure sur la surface ? De là vient que le concile de Trente parlant de la crainte des peines définit très bien, à la vérité, contre la doctrine des luthériens, que « c'est une impression de l'Esprit de Dieu : » car puisque cette crainte est si bien fondée sur les redoutables jugements de Dieu, pourquoi ne viendraitelle pas de son Saint-Esprit ? mais ces saints Pères s'expliquent après et nous disent « que c'est une impression de l'Esprit de Dieu, qui n'habite pas encore au dedans ; mais qui meut seulement, et qui pousse : » Spiritus sancti impul- S7im, non adhuc qindem inhabitantis, sed tantum moventis (^). D'où il s'ensuit manifestement que la seule crainte des peines ne peut imprimer la loi dans les cœurs.
a. De Spirit. et littera^ n. 13. — b. Sess. XIV, cap. iv.
I. Var. (F^ rédaction) : Ainsi en est-il de nos cœurs, quand la loi n'y entre que par crainte ; elle ne touche que la surface, et notre dureté n'est point amollie.
Certes, il le faut avouer ('), il n'y a que la charité qui les amollisse. Notre maladie, chrétiens, c'est de nous attacher à la créature : donc nous attacher à Dieu, c'est notre santé. C'est un amour pervers qui nous gâte ; il n'y a donc que le saint amour qui nous rétablisse. [P. 24] Un plaisir désordonné nous captive; il n'y a qu'une sainte délectation qui soit capable de nous délivrer : la seule affection du vrai bien peut arracher l'affection du bien apparent ; il n'y a proprement que l'amour qui ait, pour ainsi dire, la clef du cœur. Il faut donc qu'un saint amour dilate le nôtre, qu'il l'ouvre jusqu'au fond pour recevoir la rosée des grâces divines. Ainsi notre âme sera tout autre ; ce ne sera plus une pierre sur laquelle on écrira au dehors, ce sera une cire toute pénétrée et toute fondue par une céleste chaleur.
Par là vous voyez la loi gravée dans les cœurs, selon l'oracle de Jérémie. Y a-t-il rien de plus avant en nos cœurs que ce qui nous plaît ? Ce que nous aimons nous tient lieu de loi ; et ainsi je ne me tromperai pas quand je dirai que l'amour est la loi des cœurs. Et partant un saint amour doit être la loi des héritiers du Nouveau Testament ; parce qu'ils doivent porter leur loi dans leurs cœurs. La loi ancienne a été écrite sur de la pierre ; il n'est rien de plus immobile ; aussi est-ce une loi morte et inanimée. Il nous faut, il nous faut une loi vivante. Et quelle peut être cette loi vivante ; sinon le vif amour du souverain bien, que le doigt de Dieu, c'est-à-dire, son Saint-Esprit, écrit et imprime au fond de nos âmes, quand il y répand l'onction de la charité, selon ce que dit l'apôtre saint Paul : « La charité est répandue en nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous est donné (') ?» La charité est donc cette loi vivante qui nous gouverne et qui nous meut intérieurement. Et c'est pourquoi l'Esprit vivifie; parce qu'il imprime en nous une loi vivante, qui est la loi de la nouvelle alliance, c'est-à-dire la loi de l'amcMir de Dieu. Par conséquent qui pourrait douter que la charité ne soit l'esprit de la loi nouvelle, et l'âme, pour ainsi dire, du christianisme; puisqu'il a été prédit si longtemps avant la naissance de
a. 7\of/i., V, 5.