‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 286 sur 296 · I. Var. Certainement il faut l'avouer · texte numérisé non relu

I. Var. Certainement il faut l'avouer

jÉsus-CiiRiST, que les enfants du Nouveau Testament auraient la loi gravée en leurs cœurs par l'inspiraition de l'amour divin ?

Et selon la conséquence (') de ces principes, où je n'ai fait [p. 27] que suivre saint Augustin, qui ne s'est attaché qu'à saint Paul, je ne craindrai pas de vous assurer que quiconque ne se soumet à la loi que par la seule appréhension de la peine, il s'excommunie lui-même du christianisme, et retourne à la lettre qui tue, et à la captivité de la Synagogue. Et pour vous en convaincre, regardez premièrement qui nous sommes. Sommes-nous enfants ou esclaves ? Si Dieu vous traite comme des esclaves, contentez-vous de craindre le maître ; mais s'il vous envoie son propre Fils pour vous dire qu'il daigne bien vous adopter pour enfants, pouvez-vous ne point aimer votre Père ? Or l'apôtre saint Paul nous enseigne que « nous n'avons pas reçu l'esprit de servitude par la crainte ; mais que Dieu nous a départi l'esprit de l'adoption des enfants, par lequel nous l'appelons notre Père (''). » Comment l'appelons-nous tous les jours « notre Père qui êtes aux cieux, » si nous lui dénions notre amour ? Davantage, considérons de quelle sorte il nous a adoptés : est-ce par contrainte ou bien par amour ? Ah ! nous savons bien que c'est par amour, et par un amour infini. « Dieu a tant aimé le monde, dit Notre-Seigneur {^), qu'il a donné son Fils unique pour le sauver. » Si donc notre Dieu nous a tant aimés ; comment prétendrons-nous payer son amour, si ce n'est par un amour réciproque ? <\ D'autant plus, comme dit saint Bernard (au sermon xxxiii (^) sur les Cantiques), que l'amour est la seule chose en laquelle nous sommes capables d'imiter Dieu. Il nous juge, nous ne le jugeons pas ; il nous donne, et il n'a pas besoin de nos dons : s'il commande, nous devons obéir ; s'il [se] fâche, nous devons trembler : et s'il aime, que devons-nous faire ? nous devons aimer, c'est la seule chose que nous pouvons -faire avec lui. » Et combien

a. Ro7n., VIII, 15. — b. Joan., m, 16.

1. Cette belle conclusion était de la première rédaction : elle se rattache en cet endroit à la seconde.

2. M s. LXXXIIF. — Deforis corrige : Ser7n. XXXIII in Cantic.^ n. 4-

sont criminels les enfants qui ne veulent pas imiter un Père si bon !

Est-ce assez considérer Dieu comme père? Considérons-le maintenant comme prince. Comme roi, il nous commande ; mais il ne nous commande rien tant que l'amour. <^ Tu aimeras, dit-il, le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toutes tes forces, de toute ton âme (''). » A-t-il jamais parlé avec une plus grande énergie.'^ Et Jésus-Chrlst (en saint Jean, chapitre xiv) (') : « Qui ne m'aime pas, nous dit-il, n'observe pas mes commandements. » Donc qui n'aime pas Jésus-Chrlst, puisqu'il n'observe pas ses commandements, il viole la majesté de son roi.

Voulez-vous que nous parlions maintenant des dons que Dieu fait à ses serviteurs, et que, par la queilité des présents, nous jugions de l'amour qu'il exige ? Quel est le grand don que Dieu nous fait ? C'est le Saint-Esprit. Et qu'est-ce que le Saint-Esprit ? n'est-ce pas l'amour éternel du Père et du Fils ? Quelle est l'opération propre du Saint-Esprit? n'est-ce pas de faire naître, d'inspirer l'amour en nos cœurs, et d'y répandre la charité ? Et partant, qui méprise la charité, il rejette le Saint-Esprit; et cependant c'est le Saint-Esprit qui nous vivifie. Mais si je voulais poursuivre le reste, quand est-ce que j'aurais achevé cette induction ? Il n'y a mystère du christianisme, il n'y a article dans le Symbole, il n'y a demande dans l'Oraison, il n'y a mot ni syllabe dans l'Evangile, qui ne nous crie qu'il faut aimer Dieu.

Ce Dieu fait homme, ce Verbe incarné, qu'est-il venu faire en ce monde ? avec quel appareil nous est-il venu enseigner? s'est-il caché dans une nuée ? a-t-il tonné et éclairé sur une montagne toute fumante de sa majesté ? a-t-il dit d'une voix terrible (^) : « Retirez-vous; que mon serviteur Moïse approche tout seul; et les hommes et les animaux qui aborderont près de la montagne, ils (') mourront de mort (') ? » La loi mosaïque

a. Deut.^ VI, 5. — b. Exod.^ Xix, 12, 13.

1. Ms. ch. XV. (Voy. la citation, au verset 24; mais Bossuet, comme toujours, cite de mémoire.)

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