‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 287 sur 296 · Var. redoutable · texte numérisé non relu

Var. redoutable

3. Ce ils^ redondance oratoire, a été retranché par les éditeurs. Ainsi de plusieurs autres, que nous avons rétalîlis en leur place.

a été donnée avec ce redoutable appareil. Sous l'Évangile, DicHi change bien de langaq^e : y a-t-il rien eu de plus accessible que Ji'SUs-CmusT, rien de plus affable, rien de plus doux ? Il n'éloigne personne d'auprès de lui : bien plus, non seulement il y souffre, mais encore il y appelle les plus grands pécheurs ; et lui-même il va au-devant : [p. 28] Venez à moi, dit-il, et ne craignez pas. « Venez, venez à moi, oppressés, je vous aiderai à porter vos fardeaux {'') ; » venez, malades, je vous guérirai; venez, affamés, je vous nourrirai : pécheurs, publicains, approchez; je suis votre libérateur. Il les souffre, il les invite, il va au-devant. Et que veut dire ce changement, chrétiens ? d'où vient cette aimable condescendance d'un Dieu qui se familiarise avec nous ? Oui ne voit qu'il veut éloigner la crainte servile, et qu'à quelque prix que ce soit il est résolu de se faire aimer ; même, si j'ose parler de la sorte, aux dépens de sa propre grandeur ? Dites-moi, était-ce pour se faire craindre, qu'il a voulu être pendu à la croix ? N'est-ce pas plutôt pour nous tendre les bras, et pour ouvrir autant de sources d'amour comme il a de plaies ? Pourquoi se donne-t-il à nous dans l'Eucharistie ? N'est-ce pas pour nous témoigner un extrême transport d'amour, quand il s'unit à nous de la sorte ? Ne diriez-vous pas, chrétiens, que ne pouvant souffrir nos froideurs, nos indifférences, nos déloyautés, lui-même il veut porter sur nos cœurs des charbons ardents ? Comment donc excuserons-nous notre négligence? Mais où se cachera notre ingratitude ? Après cela, n'est-il pas juste de s'écrier avec le grand Apôtre saint Paul : « Si quelqu'un n'aime pas Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit anathème (^) ? » Sentence autant juste que formidable. Oui, certes, il doit être anathème, celui qui n'aime pas jÉsus- CiiRisT : la terre (') se devrait ouvrir sous ses pas, et l'ensevelir tout vivant dans le plus profond cachot de l'enfer; le ciel devrait être de fer pour lui; toutes les créatures lui devraient ouvertement déclarer la guerre, à ce perfide, à ce déloyal, qui n'aime point Notre-Seigneur Jésus-Chrlst. Maisô malheur! ô ingratitude ! c'est nous qui sommes ces

<i. Afa///i., XI, 29. — /?. I Cor., XVI, 22. I. l^ar. ne devrait pas le porter.

déloyaux. Oserons-nous bien dire que nous aimons Notre- Seigneur Jésus-Christ ? Jésus-Chrlst n'est pas un homme mortel que nous puissions tromper par nos compliments : il voit clair dans les cœurs, et il ne voit point d'amour dans les nôtres. Quand vous aimez quelqu'un sur la terre, rompez-vous toujours avec lui pour des sujets de très peu d'importance ? foulez-vous aux pieds tout ce qu'il vous donne ? manquez-vous aux paroles que vous lui donnez ? Il n'y a aucun homme vivant que vous voulussiez traiter de la sorte: c'est ainsi pourtant que vous en usez envers Jésus-Christ. Il a lié amitié avec vous ; tous les jours vous y renoncez. Il vous donne son corps; vous le profanez. Vous lui avez engagé votre foi; vous la violez. Il vous prie pour vos ennemis; vous le refusez. Il vous recommande ses pauvres; vous les méprisez. Il n'y a aucune partie de son corps que vos blasphèmes ne déshonorent. Et comment donc pouvez-vous éviter cette horrible mais très équitable excommunication de l'Apôtre : « Si quelqu'un n'aime pas Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit anathème ! » Et comment le puis-je éviter moimême, ingrat et impudent pécheur que je suis ? Ah ! plutôt, ô grand Dieu tout-puissant qui gouvernez les cœurs ainsi qu'il vous plaît, si quelqu'un n'aime pas Notre-Seigneur Jésus-Christ, faites par votre grâce qu'il aime Notre-Seigneur Jésus-Christ !

Aimons, aimons, mes frères, aimons Dieu de tout notre cœur. Nous ne sommes pas chrétiens, si du moins nous ne nous efforçons de l'aimer ; si du moins nous ne désirons cet amour, si nous ne le demandons ardemment à ce divin Esprit qui nous vivifie. Je ne veux pas dire que nous soyons obligés, sous peine de damnation éternelle, d'avoir la perfection de la charité. Non, fidèles, nous sommes de pauvres pécheurs : le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ excusera devant Dieu nos défiuts, pourvu que nous en fassions pénitence. Je ne vous dis donc pas que nous soyons obligés d'avoir la perfection de la charité ; mais je vous dis et je vous assure que nous sommes indispcnsablement obligés d'y tendre, selon la mesure qui nous est donnée, ou que (*) nous ne sommes pas

I. Écii'/. i s«ins quoi nous... » Cortcction arbitraire cl inulile.

chrétiens. Courage ! travaillons pour la charité. La charité, c'est tout le christianisme. Quand vous épurez votre charité, vous préparez un ornement pour le ciel. Il n'y a, dit saint Paul, que la charité qui demeure au ciel : la foi se perd dans la claire vue; l'espérance s'évanouit par la possession effective: « il n'y a que la charité qui jamais ne peut être éteinte : » C/iarifas nutiquam cxcidit (f). Non seulement elle est couronnée comme la foi et comme l'espérance : mais elle-même elle est la couronne et de la foi et de l'espérance. La charité seule est digne du ciel, digne de la gloire du paradis ; elle seule sera réservée pour briller éternellement devant Dieu comme un or pur, elle seule sera réservée pour brûler éternellement devant Dieu comme un holocauste de bonne odeur. Commençons à (') aimer sur la terre, puisque nous ne cesserons jamais d'aimer dans le ciel : commençons la charité dès ce monde, afin qu elle soit un jour consommée.

a. I Cor.^ XI II, 8.

I. AV//7. «d'aimer. » Encore une correction qui dépasse les droits d'un éditeur, fût-elle mieux justifiée.

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