Deuter., XXXli
INTRODUCTION. XVII
plet développement, et atteignent leur grandeur naturelle. Jusque-là, elles semblaient avoir été rencontrées incidemment. C'étaient des traits heureux jetés en passant dans un commentaire : ils en prenaient le ton général, ici simple et pratique, là subtil et ingénieux. Saint Grégoire le Grand montre dans sa XXIX'^ homélie sur les Evangiles le Sauveur venant comme par bonds à notre Rédemption, idée vraiment grande et majestueuse, qu'il sait parfaitement développer : Quosdam^ ut ita dicam^ salins dédit .. .yi2i\s le beau commentaire où il rencontre le sublime, lui est suggéré par d'heureux rapprochements des textes de l'Ancien Testament avec ceux du Nouveau. Lui seraitil venu en pensée, si sa mémoire ne lui avait rappelé ce verset du Cantique (il, 8) : Ecce iste venit saliens in montibus, transïliens colles ? Dans Bossuet, les vues profondes ne sont point des rencontres accidentelles, qui dépendent des occasions. C'est l'état normal de son âme, sa manière propre de concevoir toutes choses. Comme il s'élève sans effort, il n'a aucune peine à se soutenir ; et il a ainsi, chose bien rare en littérature, le naturel dans la grandeur. Représenter l'Homme-Dieu, allant à son triomphe définitif par une série d'abaissements volontaires, qu'il appelle « des chutes, » c'est aussi une idée qui lui est familière,comme aux Pères, et nous la rencontrons dès son premier opuscule. A-t-on jamais marqué plus fortement que lui l'admirable contraste entre la grandeur essentielle de JÉSUS, dont les humiliations ne sauraient le faire déchoir, et la nécessaire décadence,quidans les grandeurs du monde succède inévitablement aune élévation passagère? «Il est vrai,avouera-t-il en opposant l'histoire du Sauveur à celle des conquérants, il est vrai qu'il y a des chutes : il est comme tombé du sein de son Père dans celui d'une femme mortelle, de là dans une étable, et de là encore, par divers degrés de bassesse, jusqu'à l'infamie de la croix, jusqu'à l'obscurité du tombcau.J'avoue qu'on ne pouvait pas tomber plus bas ; aussi n'est-ce pas là le terme oij il aboutit, mais celui d'oia il commence à se relever. Il ressuscite, il monte aux cieux, il y entre en possession de sa gloire ; et afin que cette gloire qu'il y possède soit déclarée à tout l'univers, il en viendra un jour en grande puissance pour juger les vivants et les morts (»). »
Que le même saint Grégoire, après saint Augustin, ait fait justement remarquer dans les aveugles guéris par jKSUS-CllRlST l'image du genre humain éclairé par la foi : ni l'un ni l'autre ne paraissent avoir attaché une grande importance à cette réflexion semée sur leur chemin. Bossuet la généralise et lui donne toute sa portée : « Ces miracles sensibles, qui ont été faits par le Fils de Dieu sur des personnes particulières et pendant un temps limité, étaient les
I. Exorde du Tune vidcbunt, rédaction de 1665, pour rouvorture de l'Avent du Louvre. Sermons de Bossuet. 1.
,^y,jl INTRODUCTION.
siVnes sacres d'autres miracles spirituels, qui n'ont point de bornes semblables ni pour les temps ni pour les personnes, puisqu ils recrardcnt ë-alement tous les hommes et tous les siècles. » Et le genre humain éclairé par la foi, le genre humain redressé par la morale chrétienne le genre humain guéri de ses plaies et delà mort même par la remission des péchés, c'est le sujet des trois pomts de cet admirable discours composé en 1665, repris exceptionnellement en 166S et \669,s,\.\xUDiviniii'dcJP.siis-CHRisr, qui est comme le Poème de la Relii^ion de l'auteur des Sermons.
En terminant'cctte rapide inspection des sources où Bossuet a puisé, notons une conséquence intéressante de son commerce intime avec les Pères. Comme dans la Bible, il y apprit de bonne heure à tout connaître et à tout dire. Jamais il ne recule devant les explications ou les comparaisons dont la pruderie moderne affecterait le plus de s'effaroucher. Est-il besoin de dire qu'on rencontre en ces endroits un tel parfum de vertu, une si grande horreur des vices, que la lecture et la méditation des passages les plus hardis ne peut être que saine et vivifiante ? sauf peut-être pour ces âmes perverties, dont parle saint Paul, qui, appliquées à chercher des souillures, en trouvent partout, tandis que «tout est pur aux purs : » Ornnia munda jnundis ; coinqninatis autem et infidelibus niJiil est mundum ('). Chez notre orateur la science, même la plus inattendue, ne perd jamais le caractère qu'elle tient de sa vénérable origine ; -et quand nous l'entendrons, dès sa jeunesse, parler à pleine bouche des matières réputées les plus scabreuses, l'extrême franchise de son langage sera elle-même, pour les esprits sagaces, l'indice de cette candeur à laquelle une pieuse veuve, devenue la sœur Cornuau de saint Bénigne, rendit plus tard ce beau témoignage : « Il était pur comme un ange {^). »