‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 86 sur 296 · TROISIEME POINT. (CONCLUSION · texte numérisé non relu

TROISIEME POINT. (CONCLUSION

Après de si grands desseins de la Providence sur les bienheureux, après que Dieu s'est intéressé lui-même à leur grandeur, et s'y est intéressé par ce qu'il aime le plus, prenez garde, chrétiens, lorsqu'on vous p.irlera du royaume céleste, de ne vous le pas représenter à la façon de ces choses basses qui frappent nos sens, ou de ces plaisirs périssables cjui trompent plutôt notre imagination qu'ils ne la contentent :

a. Apoc.y ni, 21. — Ms. ni sedcaf in f/i/ono juro.

tout nous y semblera nouveau, nous n'aurons jamais rien vu de semblable : A^ova facto omnia (^). Comme Dieu, sans avoir égard à ce qu'il a fait des choses, ne considérera plus que ce qu'il en peut faire ; comme il ne suivra plus leur disposition naturelle, et ne prendra loi que de sa puissance et de son amour, ce ne serait pas une moindre témérité de prétendre concevoir ce qu'il fait dans les bienheureux que si nous voulions comprendre sa toute-puissance. Mettre les choses dans cet état naturel où nous les voyons, cela était bon pour commencer les ouvrages de Dieu. Mais s'il veut faire des saints quelque chose digne de lui, il faut qu il travaille /;/ nianu forti et brachio extento (^') : il faut, dis-je, qu'il étende son bras ; il faut qu'il les tourne de tous côtés pour les façonner entièrement à sa mode, et qu'il n'ait égard à leur disposition naturelle qu'autant qu'il faudra pour ne leur point faire de violence. Ce sera pour lors qu'il donnera ce grand coup de maître, qui rendra les saints à jamais étonnés de leur propre gloire. Ils seront tellement embellis (') des présents de Dieu, qu'à peine l'éternité leur suffira-t-elle pour se reconnaître. Est-ce là ce corps autrefois sujet à tant d'infirmités .'^ est-ce là cette âme, qui avait ses facultés si bornées? Ils ne pourront comprendre comment elle était capable de tant de merveilles. La joie y entrera avec trop d'abondance pour y passer par les canaux ordinaires. Il faudra que la main de Dieu ouvre les entrées, et qu'il leur prête, pour ainsi dire, son Esprit, comme il les fera jouir de sa félicité. Je vous prie de considérer un moment avec moi ce que c'est que cette béatitude.

Notre âme dans cette chair mortelle ne peut rien rencontrer qui la satisfasse : elle est d'une humeur difficile, elle trouve à redire partout. Quelle joie (") d'avoir trouvé un bien infini, une beauté accomplie, un objet qui s'empare si doucement de sa liberté, qui arrête à jamais toutes ses affections,

a. Is.^ XMii, 19. Apoc.,x.y.i, 5. — b. Deut.^Y^ 15. — Ms. m manu potenti.

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