Var. on n'y parlera
3. Var. (r^ rédaction) : « Messieurs, n'aspirons-nous pas à cette félicité.^ Nous sommes tous chrétiens, nous sommes tous rachetés du sang du Fils de Dieu : voudrions-nous renoncer à un bien qui nous a été acheté par un si grand prix ? Kt si nous y prétendons, comment se peut-il faire que nous ayons la moindre estime pour des choses que nous mépriserons éternellement .'* Filii iwtninum, jisqueqiio i:;ravi corde? ut quid fms. usquequo) d/li^ii/s vanitaton et quœritis /;/^;/<'/a^/ww .^ [Ps., IV, 3.] Jusques à quand nous laisserons-nous séduire par de vaines apparences.'* Ne cesserons-nous jamais de rechercher les biens trompeurs de ce monde, comme si nous n'étions pas nés pour le ciel.-* N'aurons-nous jamais une pensée digne de la grandeur de notre vocation et de la générosité du ciiristianisme,^ Qu'est devenue cette force de l'ancienne Église qui faisait estimer aux fidèles moins que du fumier et de la fange toute la pompe du monde ? Arbitror ut stercora:\V\\\\\^^.^ m, 8.) qui leur faisait dire avec tant de résolution : (Cupio) dissolvi et esse aim Christof [Ibid., i, 23.] qui, dans un état toujours incertain, dans une vie continuellement traversée, mais dans les tourments les plus cruels et dans la mort même, les tenait immobiles par une ferme espérance: Spe jraudenles'^\Kç)\Xi,.^ XII, \2?\^Intclliiçite hœc^^qui obliviscimiui A*/////. [Ps.,XU\, 22.] Je parle à vous, misérable[s], qui oubliez si facilenient votre Dieu: Intei/ii^ite hœc : Quelle honte vous sera-ce d'avoir été appelés .\ la môme félicité et de l'avoir lâchement perdue dans une profonde paix {var. dans une si grande tranquillité), au lieu qu'ils l'ont gagnée parmi les combats et malgré la rage des tyrans et des bourreaux ! Seigneur, notre Dieu et notre Père, qui avez tout
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chose pour nous exciter ? Que restait-il à faire au Père éternel pour nous attirer à lui ? Il nous appelle au royaume de son Fils unique, nous qui ne sommes que des serviteurs, et des serviteuis inutiles. Il ne veut rien avoir de secret ni de réservé pour nous. L'objet qui le rend heureux, il nous l'abandonne. Il nous fait les compagnons de sa gloire, cendre et pourriture que nous sommes ; et il ne nous demande pour cela que notre amour, et quelques petits services qui lui sont déjà dus par une infinité d'obligations que nous lui avons, et qui ne seraient que trop bien payés des moindres de ses faveurs. Cependant qui le pourrait croire, si une malheureuse expérience ne nous l'apprenait ? l'homme insensé ne veut point de ces grandeurs : il embrasse avec autant d'ardeur des plaisirs mortels que s'il n'était pas né pour une gloire éternelle ; et comme s'il voulait être heureux malgré son Créateur, il prend, pour trouver la félicité, une route toute contraire à celle qu'il lui prescrit, et n'a point de contentement qu'en s'opposant à ses volontés. Encore si cette vie avait quelques charmes qui fussent capables de le contenter, sa folie serait en quelque façon pardonnable ! Mais Dieu, comme un bon père qui connaît le faible de ses enfants, et qui sait l'impression que font sur nous les choses présentes, a voulu exprès qu'elle fût traversée de mille tourments, pour nous faire porter plus haut nos affections. Que s'il y a mêlé quelques petites douceurs, c'a été pour en tempérer l'amertune, qui nous aurait semblé insupportable sans cet artifice. Jugez par là ce que c'est que cette vie. Il faut de l'adresse et de l'artifice pour nous en cacher les misères ; et toutefois, ô aveuglement de l'esprit humain ! c'est elle qui nous séduit, elle qui n'est que trouble et qu'agitation, qui ne tient à rien, qui fait autant de pas à sa fin qu'elle ajoute de moments à sa durée.
fait pour les saints, qui avez si puissamment uni leurs intérêts à ceux de votre Fils, afin de vous obliger davantage à les rendre parfaitement heureux, qui avez conçu de si grands desseins à leur avantage, que vous exécutez avec une vertu et une tendresse si admirable, ayez pitié de notre aveuglement, fortifiez-nous dans l'homme intérieur, « illuminez nos yeux, afin que nous connaissions quelle est l'espérance de notre vocation et la magnificence de votre royaume, et ces miracles que vous opérerez en nous par votre puissance ! » \Eph.^ I, i8, 19.] Et vous, âmes bienheureuses, etc. »
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et qui nous manquera tout à coup comme un faux ami, lorsqu'elle semblera nous promettre plus de repos. A quoi est-ce que nous pensons ?
Où est cette générosité du christianisme, qui faisait estimer aux premiers fidèles moins que de la fange toute la pompe du monde : Arbitror ut stercora ('') ; qui leur faisait dire avec tant de résolution : Desiderium habens (') dissohi et esse cum Christo (^) ; qui dans un état toujours incertain, dans une vie continuellement traversée, mais dans les tourments les plus cruels et dans la mort même, les tenait immobiles par une ferme espérance : spe gaudentes {^) } Mais, hélas ! que je m'abuse de chercher parmi nous la perfection du christianisme ! Ce serait beaucoup si nous avions quelque pensée qui fût digne de notre vocation, et qui sentit un peu le nouvel homme. Au moins, messieurs, considérons un peu attentivement quelle honte ce nous sera d'avoir été appelés à la même félicité que ces grands hommes qui ont planté l'Eglise par leur sang, et de l'avoir lâchement perdue dans une profonde paix, au lieu qu'ils l'ont gagnée parmi les combats, et malgré la rage des tyrans, et des bourreaux, et de l'enfer. Heureux celui qui entend ces vérités, et qui sait goûter la suavité du Seigneur ! « Heureux celui qui marche innocemment dans ses voies, qui passe les jours et les nuits à contempler la beauté de ses saintes lois ! Il fleurira comme un arbre planté sur le courant des eaux. Le temps viendra qu'il sera chargé de ses fruits, il ne s'en perdra pas une seule feuille ; le Seigneur ira recueillant toutes ses bonnes œuvres, et fera prospérer toutes ses actions. x\h ! qu'il n'en sera pas ainsi des impies! Il les dissipera dans rimpétuosité de sa colère, comme la poudre est emportée par un tourbillon (f). » Cependant les justes se réjouiront avec lui : « il les remplira de l'abondance de sa maison ; il les enivrera du torrent de ses délices ('). » Ah ! Seigneur, qu'il fait beau dans vos tabernacles ! Je ne suis plus à moi quand je pense à votre palais ; mes sens sont ravis et mon
a. Philip.^ ni, 8. — b. Ibid.^ i, 23. — c. Rom., Xll, 12. — d. Ps., i, 1-4. — e. Ps., XXXV, 9.
I. Âfs. Cupio dissolvi... Et plus haut : Existimavi sien t.. .
âme transportée, quand je considère ([ue je jouirai de vous dans la terre des vivants. Je le dis encore une fois et ne me lasserai jamais de le dire : « Il est plus doux de passer un jour dans votre maison, que d'être toute sa vie dans les voluptés du monde (''). » Seigneur, animez nos cœurs de cette noble espérance.
Et vous, âmes bienheureuses, pardonnez-nous, si nous entendons si mal votre grandeur, et ayez agréables ces idées grossières que nous nous formons de votre félicité durant l'exil et la captivité de cette vie. Vous avez passé par les misères où nous sommes : nous attendons la félicité que vous possédez : vous êtes dans le port : nous louons Dieu de vous avoir choisies, de vous avoir soutenues parmi tant de périls, de vous avoir comblées d'une si grande gloire. Secourez-nous de vos prières, afin que nous allions joindre nos voix avec les vôtres, pour chanter éternellement les louanges du Père qui vous a élues, du Fils qui vous a rachetées, du Saint-Esprit qui vous a sanctifiées. Ainsi soit-il à jamais.
a. Pj., LXXXni, 2, II.