‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 105 sur 573 · Var. les abattre · texte numérisé non relu

Var. les abattre

ne prie pas qui, bien loin de s'élever à Dieu, demande que Dieu s'abaisse à lui, et qui vient à l'oraison, non point (') pour exciter l'homme à vouloir ce que Dieu veut, mais seulement pour persuader à Dieu de vouloir ce que veut l'homme. Ce n'est pas que je ne sache que la divine bonté condescende aussi à nos faiblesses ; et que, comme dit excellemment saint Grégoire de Nazianze, l'oraison est un commerce où il faut en partie que l'homme s'élève, et en partie aussi que Dieu descende : mais il est vrai toutefois qu'il ne descend jamais à nous que pour nous élever à lui ; et si cette aigle mystique de Moïse s'abaisse tant soit peu pour mettre ses petits sur ses épaules, ce n'est que pour les enlever bientôt avec elle et leur faire percer les nues, c'est-à-dire toute la nature inférieure, par la rapidité de son vol : Et (^) assumpsit euvi, atque portavit in humeiàs suis {^). Ainsi vous pouvez sans crainte, et vous devez même exposer à Dieu vos nécessités et vos peines. Vous pouvez dire avec Jésus-Christ, qui l'a dit pour nous donner exemple : « Père, que ce calice passe loin de moi i^) ; » mais croyez {^) que ni vous ne connaissez Dieu comme souverain, ni vous ne l'adorez en vérité, jusqu'à ce que vous ayez élevé votre volonté à la sienne et que vous lui ayez dit du fond du cœur avec le même Jésus : « Père, non point ma volonté, mais la vôtre (^). » — « Votre volonté soit faite : » Fiat (^).

Cette haute souveraineté de Dieu a son fondement sur sa bonté. Car comme nous venons de dire que son domaine ('♦) est établi sur le premier de tous ses bienfaits, c'està-dire sur l'être qu'il nous a donné, il s'ensuit que la puissance suprême qu'il a sur nous dérive de sa bonté inhnie, et qu'en cela même qu'il est parfaitement souverain, .il est aussi souverainement bon et bienfaisant. Que s'il nous a donné l'être, à plus forte raison devons-nous croire qu'il

a. Deuter.^ XXXii, 11. — b. Matth.^ XXVI, 39. — c. Lt/c.^ xxii, 42. — d. Ibid.

Page 1