‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 119 sur 573 · VoHS^ ce mot est omis dans l'édition Gandar · texte numérisé non relu

VoHS^ ce mot est omis dans l'édition Gandar

dans le second livre des Chroniques une belle cérémonie qui se pratiquait dans le sacre des rois de Juda. Au jour qu'on les oignait de l'huile sacrée, ainsi que Dieu l'avait commandé, on leur mettait en même temps le diadème sur la tête et la loi de Dieu dans la main : Iniposuerunt ei dz'adema, dederuntque in manu ejus tenendant legern, et constituertuit eu7n regem (^), afin de leur faire entendre que leur puissance est établie pour affermir le règne de Dieu parmi les hommes, et que l'exécution (') de ses saintes lois ne leur doit être ni moins chère ni moins précieuse que leur couronne.

De tous les rois de Juda aucun n'a mieux pratiqué cette divine leçon que Josaphat, prince incomparable, non moins vaillant que religieux, et père de ses peuples autant que victorieux de ses ennemis. L'Ecriture nous fait souvent remarquer que les prospérités corrompent les hommes, enflent leur cœur par la vanité, et leur font oublier la loi de Dieu. Mais au contraire la prospérité, qui donnait de l'orgueil aux autres, n'inspira que du courage à celui-ci pour marcher vigoureusement dans les voies de Dieu et établir son service: Factœque sunt ei infinit œ divitiœ et multagloria, sumpsitque cor ejus audaciam propter vias Do7nini (^). Ce prince, considérant que tout bien lui venait de Dieu et touché d'une juste reconnaissance, entreprit de le faire régner dans tout son empire. Et l'Ecriture remarque que, pour accomplir un si beau dessein, il avait un soin tout particulier de choisir entre les lévites et les ministres de Dieu ceux qui étaient les mieux versés dans sa sainte loi, qu'il envoyait dans les v.illes afin que le peuple fût instruit : Circuibant cunctas urbes Juda, et erudiebant populum (^). Et ce n'est pas sans raison que les anciens Conciles de l'Eglise gallicane (^) ont souvent proposé à nos rois l'exemple de ce grand monarque, dont la conduite fut suivie d'une bénédiction de Dieu toute manifeste. Car écoutez ce que dit l'Ecriture sainte : « Josaphat marchant

a. II Parai., XXIII, il. — Ms et dedenmt... — b. Ibid,, xvil, 5, 6. — Le texte porte : Ctonque sumpsisset cor ejus... — c. Ibid., 9. — d. Concil. Paris., VII, cap. xxill (Labbe, t. VII, col. 1665); Concil. Aquisgran. XI {ibid., col. 1721.)

I. Première rédaction (effacée) : et afin que sa sainte loi trouve dans leurs mains royales une force qui exécute ses divins décrets, et qui fléchisse {var. fasse fléchir) les peuples à {var. sous) l'obéissance qui leur est due.

ainsi dans les voies de Dieu, il le rendit redoutable à tous ses voisins : » Itaque facttis est pavoi^ Doniini super omnia régna terraruDi, qiiœ eraiitper gyrtmijtida (""). Et ce prince s'agrandissait tous les jours, parce que Dieu était avec lui ; tant il est vrai que Dieu prend plaisir à protéger la puissance qui lui rend hommage, et qu'il est le rempart de ceux qui le servent.

Le second soin du roi Josaphat, et le second moyen dont il se servait pour sanctifier la grandeur, fut de pourvoir avec vigilance à l'administration de lajustice. « Il établit des juges, dit l'Ecriture, dans les villes de Judée ; » et, les appelant à lui, il leur prescrivait lui-même en ces termes de quelle manière ils devaient agir : « Prenez garde, leur disait-il, à votre conduite; car ce n'est point lajustice des hommes, mais la justice de Dieu que vous exercez, et tout ce que vous jugerez, vous en serez responsables ; ayez toujours devant les yeux la crainte de Dieu ; faites tout avec diligence ; songez que le Seigneur notre Dieu déteste l'iniquité, qu'il ne regarde point les personnes et ne se laisse point corrompre par les présents i^), » Vous donc qui jugerez en son nom par la puissance que je vous en donne, comme vous exercez son autorité, imitez aussi sa justice (').

Et certainement, chrétiens, si ceux que Dieu a mis dans les grands emplois n'appliquent toute leur puissance à soutenir hautement le bon droit et lajustice, la terre sera désolée et les fraudes seront infinies. Les hommes en général sont intéressés, et ainsi ordinairement ils sont injustes. C'est pourquoi il faut avouer que lajustice est obligée de marcher dans des voies bien difficiles, et que c'est une espèce de martyre que de se tenir régulièrement dans les termes du

a. II Parai. ^ xvn, lo. — b. Ibid.^ XIX, 5, 6, 7.

I. Les éditeurs ajoutent deux phrases, que Bossuet a supprimées par un trait: « Puis, descendant au détail, il règle en cette manière les devoirs particuliers : Amarias, votre prêtre et votre pontife, présidera dans les choses qui regardent Dieu et son service ; et Zabadias, qui est un des chefs de la maison de Juda, aura la conduite de celles qui regarde[nt] le ministère royal (lâid, XVllj 11). C'est ainsi que ce sage prince retenait chacun dans ses bornes, et, empêchant la confusion el les entreprises, faisait que tout concourait et au service de Dieu et à l'utilité des peuples. »

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