‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 121 sur 573 · Var. A quoi peut servir · texte numérisé non relu

Var. A quoi peut servir

Sennons de Bossuet. — V. 9

si droit qui ne parle que de son devoir ? Il n'y a rien de si sec, ni de moins souple, ni de moins flexible ; et il y a tant de choses qu'il ne peut pas faire, qu'à la fin il est regardé comme un homme qui n'est bon à rien et entièrement inutile. C'est pourquoi les hommes du monde ne remarquent rien tant (') [dans] l'homme de bien, sinon qu'il est inutile. Car écoutez comme ils parlent dans le livre de la Sapience : Circu77zveniajnus . . . Justuni, quoniam inutilis est nobis ("") : « Trompons, disent-ils, l'homme juste, parce qu'il nous est inutile. » Il n'est pas propre à notre commerce, il est trop attaché à son droit chemin pour entrer dans nos négoces. Ainsi, étant inutile, on se résout facilement à le mépriser, ensuite à le laisser périr sans en faire bruit, et même à le sacrifier à l'intérêt du plus fort et aux pressantes sollicitations de cet homme de grand secours qui ne ménage rien, ni le saint ni le profane, pour nous servir.

Elevez-vous,, puissances du monde (^) ; voyez comme l'innocence est contrainte de marcher dans des voies serrées ; secourez-la, tendez-lui la main, faites-vous honneur en la protégeant. « C'est (2) pour cela, dit saint Grégoire, que vous êtes grands, afin que ceux qui veulent le bien soient secourus et que les voies du ciel soient plus étendues : » Ad hoc... potestas... cœlitus data est, ut qui bona appetunt adjuventur, ut cœloruin via largius pateat (^'). C'est à vous, ô grands de la terre, d'élargir un peu les voies du ciel, de rétablir ce grand chemin et de le rendre plus facile. La vertu n'est toujours que trop à l'étroit et n'a que trop d'affaires pour se soutenir. C'est assez qu'elle soit aux prises sans

a. Sap.^ n, 12. — Ms... ho7nine7n justum^... est inutilis. — b. Epist. lib. III, Epis t. LXV, ad Maurit. — M s... regnu?n latius pateat.

1. Ms. ne remarquent rien tant Thomme de bien, sinon qu'il est inutile. — Gandar, après Deforis, change tant en dans. Il semble préférable d'ajouter ce dernier mot, tout en conservant le premier. Disons toutefois qu'un ^ qui semblait commencer le mot daîis est effacé au manuscrit. Y aurait-il ici quelque locution insolite ■

2. Tout ceci est entré dans le premier point du sermon sur la Justice. C'étaient des vérités que Bossuet tenait à faire entendre aux puissants. On en peut aussi rapprocher \ Oraisoii funèbre de la Reine d' Aîigleterre [y^ partie), et le sermon sur les Devoirs des rois {2^ point).

3. Phrase effacée : C'est assez que la vertu soit toujours aux prises avec les faiblesses. (Repris et développé plus bas.)

relâche aucune avec tant d'infirmités et [de] mauvaises inclinations de la nature corrompue ; mettez-la du moins à couvert des insultes du dehors, et ne souffrez pas qu'on surcharge avec tant d'excès la faiblesse humaine.

Tel est, messieurs, le devoir et le grand emploi des grands du monde, de protéger hautement le bon droit et l'innocence. Car c'est trahir la justice que de travailler faiblement pour elle, et l'expérience nous fait assez voir qu'une résistance trop molle ne fait qu'affermir le vice et le rendre plus audacieux. Les méchants n'ignorent pas que leurs entreprises hardies leur attirent nécessairement quelques embarras ; mais, après qu'ils ont essuyé une (') légère tempête qui s'est élevée, ils pensent avoir payé tout ce qu'ils doivent à la justice : ils défient après cela le ciel et la terre, et ne profitent de cette disgrâce que pour mieux prendre dorénavant leurs précautions. Ainsi il faut résister à l'iniquité et soutenir la justice avec une force invincible ; et nous pouvons bien le publier devant un roi si juste et si ferme (^), que c'est dans cette vigueur à maintenir la justice que réside la grandeur et la majesté.

Le vulgaire appelle majesté une certaine prestance et une pompe extérieure qui l'éblouit ; mais les sages savent bien comprendre que la majesté est un éclat qui rejaillit principalement de la justice {^) : et nous en voyons un bel exemple dans l'histoire du roi Salomon, dont vous ferez, s'il vous plaît, l'application à nos jours. Ce prince jeune et bien fait «s'assit, dit l'Ecriture, dans le trône du Seigneur en la place de David son père, et il plut à tous : » Sedi^ Salomon sîipe}^ solium Do^nini in regeyn pro David pâtre stco, et cunctis placuit ('*). Voyez en passant, messieurs, que le trône royal appartient à Dieu, et que les rois ne le remplissent qu'en son nom. Mais revenons à Salomon. Voilà un prince agréable qui gagne les cœurs par sa bonne mine et sa contenance royale.

a. I Parai. ^ XXIX, 23. — Ms. ei placuit omnibus.

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