Var. se bien expliquer
5. Anciennes édit. de ne lui servir que... — Deux mots supprimés dans la seconde rédaction.
l66 CARÊME DE SAINT-GERMAIN.
justice qu'il refuse à l'un convainc d'une manifeste partialité celle qu'il se glorifie de rendre à l'autre.
Mais il y a encore une autre raison qui a obligé les jurisconsultes à faire entrer la fermeté dans la définition de la justice : c'est pour l'opposer davantage à son ennemi capital, qui est l'intérêt. L'intérêt, comme vous savez, n'a point de maximes fixes ; il suit les inclinations, il change avec les temps, il s'accommode aux affaires, tantôt ferme, tantôt relâché, et ainsi toujours variable. Au contraire l'esprit de justice est un esprit de fermeté, parce que, pour devenir juste, il faut entrer dans l'esprit qui a fait les lois : c'est-à-dire dans un esprit immortel, qui s'élevant au-dessus des temps et des affections particulières, subsiste toujours égal malgré le changement des affaires.
Concluons donc, chrétiens, que la justice doit être ferme et inébranlable ; mais pour descendre au détail de ses obligations, disons que le genre humain étant partagé en deux conditions différentes, je veux dire entre les personnes publiques et les personnes particulières, c'est le devoir
peur de faire tarir les ruisseaux {var. fontaines — sources) qui entretiennent notre luxe {édit. Gazier : le luxe), on néglige les vieilles dettes, on ruine impitoyablement les anciens amis, amis malheureux et infortunés, devenus ennemis par leurs bons offices, qu'on ne regarde plus désormais que comme des importuns qu'on veut réduire en les fatiguant à des accommiodements déraisonnables, Qw {oublié dans Védit. Gazier J k qm l'on croit faire assez de justice quand on leur laisse après sa mort les débris d'une fortune ruinée et les restes d'un naufrage que les flots emportent. O droit ! ô bonne foi, ô sainte équité ! je vous appelle à témoin contre l'injustice des hommes ; mais je vous appelle en vain (omission dans Védit. Lâchât^ depuis le pronier appelle jusqu^au second) : vous n'êtes presque plus parmi nous que des nom[s] pompeux, et l'intérêt est devenu notre seule règle de justice.
C'est encore pour cette raison qu'il a été nécessaire de faire entrer la fermeté dans la définition de la justice, pour l'opposer davantage à son ennemi capital, qui est l'intérêt. L'intérêt, comme vous savez, n'a point de maximes fixes ; il suit les inclinations, il change avec les temps, il s'accommode aux affaires, tantôt ferme, tantôt relâché, et ainsi toujours variable. Au contraire, l'esprit de justice est un esprit de fermeté, parce que pour devenir juste il faut entrer dans l'esprit qui a fait les lois, c'est-à-dire dans un esprit immortel, qui s'élevant au-dessus des temps et des affections particulières, subsiste toujours égal, malgré le changement des affaires.
Qui pourrait maintenant nous dire par quels artifices (imr. de quelle sorte) l'intérêt attaque l'intégrité de la justice, tente sa pudeur, affaiblit sa force, et corrompt enfin sa pureté ? Ce n'est pas un ouvrage fort pénible que de connaître et de condamner les injustices des autres : nous les voyons détestées par une
commun des uns et des autres de garder inviolablement la justice ; mais que ceux qui ont en main ou le tout ou quelque partie de l'autorité publique, ont cela de plus, qu'ils sont obligés d'être fermes non seulement à la garder, mais encore à la protéger et à la rendre.
Parlons (') premièrement à tous les hommes, et [disons-] leur à tous de la part de Dieu : O hommes, quels que vous soyez et quelque sort qui vous soit échu par l'ordre de Dieu dans le grand partage qu'il a fait du monde (^), soit que sa providence vous ait laissé[s] dans le repos d'une vie privée (^), soit que, vous tirant du pair, elle ait mis sur vos épaules {'^) avec de grandes charges de grands périls et de grands comptes {^) ; puisque vous vivez tous en société
clameur universelle ; mais se détacher de soi-même pour juger droitement de ses actions, c'est là véritablement le grand effort de la raison et de la justice {rédaction primitive effacée : mais quand il faut juger de nous-mêmes, notre intérêt nous aveugle. Intérêt, le plus ancien, le plus décrié et tout ensemble le plus inévitable de tous les trompeurs, tu trompes... voy. ci-après).
Qui nous donnera, chrétiens, non ce point appuyé hors de la terre, que demandait ce grand géomètre pour la remuer hors de son centre, mais un point hors de nous-mêmes, pour nous regarder d'un même œil que nous regardons les autres, et arrêter dans notre cœur tant de mouvements déréglés {var. irréguliers) que l'intérêt y fait naître.'' Quelle horreur aurions-nous de nos injustices, de nos usurpations, de nos tromperies .? Mais, hélas! oi^i trouverons-nous ce point de détachement pour sortir nous-mêmes hors de nous-mêmes, et nous voir d'un œil équitable et d'un regard désintéressé ? La nature ne le donne pas ; nous n'écoutons pas la ^râce : c'est pourquoi c'est en vain que la raison dicte, que la Loi publie, que l'Evangile confirme cette loi si naturelle et si divine tout ensemble : i. Ne faites pas à autrui ce que vous ne voulez pas qui vous soit fait. » (Tob., iv 16 ; Liic.^ VI, 31) : nul ne veut sortir de soi-même pour entrer dans cette mesure commune du genre humain. Celui-là, ébloui de sa fortune, ne peut se résoudre à descendre de sa superbe hauteur pour se mesurer avec personne. Mais pourquoi parler ici de la grandeur 1 Chacun se fait grand à ses yeux, chacun se tire du pair, chacun a des raisons particulières par lesquelles il se distingue (■z/^r.sépare) des autres. Au lieu de cette grande mesure qui enferme notre prochain avec nous dans les mêmes règles de justice, nous introduisons dans ce commerce de la société le plus détestable de tous les abus : deux mesures, deux balances deux poids inégaux ; une grande mesure pour recevoir, une petite mesure pour rendre. Nous voulons qu'on nous fasse justice,nous ne voulons pas la faire aux autres; nous