Var. que de lui
SUR LA JUSTICE. l8l
justice lui met cette parole à la bouche ('') : « Vous donnerez, ô Dieu, à votre serviteur un cœur docile, afin qu'il puisse juger votre peuple et discerner entre le bien et le mal. Car autrement qui pourrait conduire (') cette multitude infinie (') ? »
Vous voyez bien, chrétiens, qu'il sent le poids de sa dignité et la charge épouvantable de sa conscience, s'il se laisse prévenir contre la justice. C'est pourquoi il demande à Dieu ce discernement et ce cœur docile : par où nous devons entendre non un cœur incertain et irrésolu, car la véritable prudence n'est pas seulement considérée, mais encore tranchante et résolutive ; c'est donc qu'il considérait que c'est un vice de l'esprit humain, non seulement d'être susceptible des impressions étrangères, mais encore de s'embarrasser dans ses propres imaginations ; et que ce n'est pas toujours la faiblesse du génie, mais souvent même sa force qui fait que l'homme s'attache plus qu'il ne faut à soutenir ses opinions, sans vouloir jamais revenir {^). De là vient que, regardant avec tremblement les excès où ces violentes préoccupations engagent souvent les meilleurs esprits, il demande à Dieu un cœur docile ; c'est-à-dire, si nous l'entendons, un cœur si grand et si relevé qu'il ne cède jamais qu'à la vérité, mais qu'il lui cède toujours en quelque temps qu'elle vienne, de quelque côté qu'elle aborde,sous quel[que] forme (^) qu'elle se présente.
C'est pour cela, chrétiens, qu'il n'y a rien de plus beau dans les personnes publiques qu'une oreille toujours ouverte et une audience facile. C'est une des principales parties de la félicité du monde ; et \ Ecclésiastique l'avait bien compris, lorsqu'il a dit ces paroles (^) : «Heureux celui qui a trouvé
a. III Reg.^ III, 9. — b. Ecclt.y XXV, 12.